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La plus grande ferme laitière du Québec veut deux fois plus de vaches

Des citoyens s’inquiètent de l’impact sur le prix des terres et pour l’autonomie alimentaire.

Les cinq silos de la ferme Landrynoise derrière le bâtiment principal.

La ferme Landrynoise est la plus grande au Québec.

Photo : Radio-Canada

Thomas Deshaies

Les projets d’augmentation des cheptels de la plus grosse ferme laitière du Québec, la ferme Landrynoise, ainsi que d’une seconde, la ferme Lansi, à Saint-Albert dans le Centre-du-Québec, inquiètent certains citoyens.

Ces projets font actuellement l’objet d’une analyse par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Des citoyens estiment que l'agrandissement des fermes pourrait nuire à l’atteinte de l’autonomie alimentaire et compliquer l’accès à la terre de la relève agricole. Le prix de certaines terres agricoles a parfois doublé, voir triplé en seulement quelques années dans la MRC d’Arthabaska.

Selon l’une des requérantes de l’audience publique du BAPE, Camille O’Byrne, les projets d’agrandissements des fermes Lansi et Landrynoise ne pourraient qu’aggraver la situation. C’est une question d’offre et de demande, s’exclame-t-elle. Il y a une course à l’achat des terres et une concurrence entre les grosses fermes qui veulent toutes s’agrandir.

Ce sont des fermes qui sont déjà très grosses. Le fait de les voir s’agrandir encore, ça contribue au phénomène d’augmentation du prix des terres. Ce genre de projet empêche la relève non apparentée de s’établir.

Une citation de :Camille O’Byrne, citoyenne

Pour la relève agricole du secteur, il peut parfois sembler impossible d’acquérir une terre, comme en témoigne Sarah Lamontagne, qui tente depuis des années de devenir propriétaire. Elle a aussi réclamé une audience publique du BAPE sur les projets des fermes Lansi et Landrynoise.

Le bâtiment tout bleu de la ferme Lansi.

La ferme Lansi souhaite agrandir son cheptel.

Photo : Radio-Canada

Le prix de 85 000 $ qui était convenu avec l’ancien propriétaire est passé à 200 000 $, nous explique-t-elle, au sujet de la terre qu’elle est forcée de louer pour la cultiver, tout en ayant un autre emploi pour subvenir à ses besoins.

Écart de la valeur des terres au Centre-du-Québec

  • Écart 2014-2015 : +9 %
  • Écart 2015-2016 : +13 %
  • Écart 2016-2017 : +26 %
  • Écart 2017-2018 : -4 %
  • Écart 2018-2019 : données non disponibles

(Source : Bulletins Transac-Terre 2016, 2017, 2018, 2019)

Une consolidation nécessaire, selon les promoteurs

Le conseil municipal de Saint-Albert ne partage pas les mêmes craintes que les requérantes du BAPE. Le prix de la terre, ça ne dépend pas de Landrynoise ni de Lansi, tranche le maire suppléant, Dominic Poulin. Oui, la valeur des terres augmente, mais partout la propriété immobilière connaît une croissance importante.

Pour les entreprises, la taille devient presque une nécessité à long terme par rapport à la compétition étrangère, principalement des États-Unis.

Une citation de :Dominic Poulin, maire suppléant de Saint-Albert
Le maire est devant la ferme Landrynoise.

Dominic Poulin est le maire suppléant de Saint-Albert.

Photo : Radio-Canada

Les promoteurs ont expliqué lors de l’audience du BAPE que leurs projets sont nécessaires pour leur assurer une meilleure qualité de vie et faire face à la compétition. En ayant une grande ferme, on peut avoir une qualité de vie, a expliqué Carl Landry de la ferme Landrynoise à l’audience du BAPE du 14 octobre. On peut se remplacer, se relayer.

À l’échelle mondiale, ces deux fermes laitières sont une goutte d’eau, selon la ferme Lansi. C’est unique au Québec d’avoir de si petites fermes, a précisé Sylvain Landry lors de son allocution au BAPE.

Les promoteurs ont aussi justifié leur agrandissement en raison des brèches causées par les gouvernements par des accords de libre-échange. Les petites fermes, sans les dénigrer, va falloir qu’elles soient rentables, première des choses, a déclaré Carl Landy en audience. L’achat de biens et d’équipement se rentabilise à un certain volume.

Les représentants des deux fermes n’ont pas souhaité nous accorder d’entrevue.

Une menace à l’autonomie alimentaire?

La ferme Landrynoise souhaite doubler son nombre de vaches et avoir un total de 5200 bêtes d’ici 10 ans, alors que la ferme Lansi passera de 570 à 2 670 unités animales.

Augmentation du cheptel des fermes Lansi et Landrynoise

Ferme Landrynoise (période 10 ans)

  • 5200 bêtes, dont 2300 vaches laitières, 400 vaches taries et 2500 veaux

Ferme Lansi (en 15 ans)

  • 2400 vaches laitières et 675 veaux

Source : BAPE

Les entreprises n’auront d’autre choix que d’acheter d’autres terres pour nourrir le bétail et étendre le lisier. On risque d’avoir plein de fermes qui disparaissent au profit de celles qui vont grossir, s’inquiète Camille O’Byrne.

On ne fait pas juste boire du lait et manger du fromage. On a besoin de toutes sortes de sources alimentaires pour une région.

Une citation de :Camille O’Byrne, citoyenne

Selon Sarah Lamontagne et Camille O’Byrne, les fermes industrielles de ce genre nuisent à la volonté d’autonomie alimentaire du Québec. On est dans le bastion de l’agriculture biologique au Québec ici avec l’Institut de l’agriculture biologique du Québec, s’exclame Mme Lamontagne. Je trouve que c’est contradictoire qu’on puisse continuer à tolérer l’agrandissement d’exploitation industrielle en sachant pertinemment que ça va rendre indisponible ces terres à une multitude de projets.

Sarah et Camille sont dans un champ.

Les citoyennes Sarah Lamontagne et Camille O'Byrne s'interrogent sur l'agrandissement des deux très grandes fermes laitières au Québec.

Photo : Radio-Canada

Camille O’Byrne juge que la monoculture peut fragiliser une région. Si on continue de se spécialiser dans la production laitière, bien on tasse toutes les autres productions. On diminue notre capacité à nourrir la population avec des légumes, des céréales, etc., souligne-t-elle.

La municipalité de Saint-Albert appuie les projets

La municipalité de Saint-Albert appuie quant à elle les projets d’augmentation du cheptel. On est très favorables à l’expansion des deux entreprises, on est fiers de les compter parmi nous parce qu’elles contribuent à notre développement , souligne le maire suppléant, Dominic Poulin.

Elles contribuent à notre rayonnement et c’est comme cela qu’on le perçoit à Saint-Albert.

Une citation de :Dominic Poulin, maire suppléant de Saint-Albert

Selon Sarah Lamontagne, les promoteurs et elles partagent certains objectifs, dont l’importance d’oeuvrer pour le développement économique de la région. On a parfois les mêmes arguments, mais on n’a pas la même vision sur comment les appliquer, conclut-elle.

La deuxième partie de l’audience du BAPE s’amorcera le 10 novembre prochain.

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