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Sipekne'katik : une pêche contestée, qui porte l'espoir de toute une communauté

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Becky Julian, aînée à Indian Brook, en octobre 2020.

L'aînée de la communauté, Becky Julian souhaite un avenir meilleur pour ses petits-enfants.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Olivier Lefebvre

Les membres de la Première Nation micmaque de Sipekne'katik, en Nouvelle-Écosse, observent de loin le déroulement de la pêche au homard de subsistance lancée au mois de septembre à la baie Sainte-Marie.

Le coeur de cette la communauté se situe à Indian Brook, à des centaines de kilomètres du quai de Saulnierville. Trois de ses résidents nous ont aidés à en dresser un portrait.

La liberté n'existe pas ici

Assise dans son salon, bien installée devant une fenêtre plongeant sur la rue, l’aînée de la communauté, Becky Julian, met de côté quelques pétales faits d’écorces de bois sculptées de ses propres mains, qu'elle utilisera plus tard pour fabriquer de belles fleurs décoratives.

Elle veut me faire entrer chez elle. Je dois malheureusement refuser en raison des règles sanitaires en vigueur.

Elle viendra me rejoindre sur le balcon.

Becky Julian prend toutefois le temps de m’exposer, de loin, à travers la porte-fenêtre, une partie de sa collection de paniers tressés. Il y en a des centaines d’autres dans la maison, me dit-elle sur un ton traduisant une grande fierté.

À l’extérieur, au moment de l’entrevue plus formelle, sa voix se transforme. Elle devient plus grave.

Il n’y a malheureusement plus d’utilité pour ces paniers, lance-t-elle avec désolation.

Ses mots sont encore plus durs pour décrire la communauté dans laquelle elle vit.

La communauté de Sipekne'katik.

Certaines résidences de la communauté autochtone d'Indian Brook.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

La liberté n'existe pas ici, dit-elle en comparant le territoire de sa communauté à une prison où les perspectives d'avenir pour les plus jeunes demeurent limitées.

Elle espère un avenir meilleur pour ses petits enfants. Je souhaite qu'ils puissent aller où ils veulent, explique-t-elle.

En d’autres mots, elle veut voir plus de jeunes de sa communauté avoir les moyens de s’installer convenablement, où ils le veulent, pour bâtir leur vie.

Des vélos pour enfants sont rangés devant une maison de la réserve de Sipekne'katik.

Les enfants de moins de 15 ans représentent 28 % de la communauté, selon les données du recensement de 2016 de Statistique Canada.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Définis par l’adversité

Indian Brook est le plus populeux de six territoires qui forment la communauté autochtone de Sipekne’katik, avec un peu plus de 1000 résidents.

Selon les données du recensement de 2016 de Statistique Canada, l’âge médian ici est de 26 ans, par rapport à 46 ans pour l’ensemble de la population de la Nouvelle-Écosse.

Dans les années 1940, le gouvernement du Canada a adopté une politique pour inciter tous les Micmacs à se réinstaller ici ou à Eskasoni au Cap-Breton.

James Michael est un avocat pour la réserve de Sipekne'katik.

James Michael est avocat du conseil de bande de la Première Nation de Sipekne'katik.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

L’avocat du conseil de bande, James Michael, connaît bien les nombreux défis de sa communauté.

Il est sorti de son bureau situé dans un ancien couvent sur la rue principale pour nous parler.

Malheureusement, nous nous définissions dans l'adversité, dit-il.

Un regard sur les statistiques sur l’emploi permet de vite comprendre l’important fossé socio-économique entre celle-ci et la population générale.

Données sur la communauté d'Indian Brook (par rapport à la population générale de la Nouvelle-Écosse)

  • Population : 1075 (923 598)
  • Âge médian : 26 ans (46 ans)
  • Taux d’emploi : 33 % (55 %)
  • Taux de chômage : 19 % (10 %)
  • Revenu d’emploi médian : 13 792 $ (29 979 $)

Source : Recensement 2016 de Statistique Canada

James Michael voit la pêche au homard autogérée lancée à la mi-septembre par la communauté comme une tentative de briser le cycle de la pauvreté, de faire croître la classe moyenne.

Vous verrez les enfants regarder leurs parents, leurs oncles et leurs tantes gagner leur propre salaire, gagner leur chèque de paie. Je pense que cela en dit long sur ce que nous essayons de faire.

James Michael, avocat du conseil de bande

Pêcher là où se trouve la ressource

La communauté d'Indian Brook de la Première Nation micmaque de Sipekne’katik est située à environ 300 kilomètres du quai de Saulnierville, à la baie Sainte-Marie, un des ports d’attache des pêcheurs de la communauté.

Cette carte illustre l'emplacement du quai de Saulnierville et de la communauté d'Indian Brook de la Première Nation micmaque  de Sipekne'katik.

Cette carte illustre l'emplacement du quai de Saulnierville et de la communauté d'Indian Brook de la Première Nation micmaque de Sipekne'katik.

Photo : Radio-Canada

Rosalie Francis est elle aussi avocate. Elle travaille à faire avancer les droits des Autochtones, en particulier ceux de son peuple.

Notre coutume, dit-elle, a toujours été de pêcher, de chasser, de vivre de la terre et des ressources là où elles se trouvent.

La communauté de Sipekne'katik est reconnue pour la défense des droits autochtones.

La communauté de Sipekne'katik est un leader dans la défense des droits des Autochtones.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Les membres de la Première Nation micmaque de Sipekne’katik se donnent comme mandat de défendre les droits issus de traités.

Symbole de ce combat, sur des pierres placées devant les bureaux du conseil de bande sont gravés les traités de paix de 1760 et 1761 garantissant aux Micmacs, notamment, le droit de pêcher sans intervention de la part des Britanniques.

Un droit à une pêche comme moyen de subsistance convenable confirmé par la Cour suprême du Canada en 1999, mais jamais défini avec le gouvernement fédéral.

Un flou pointé à l’unanimité comme responsable des tensions entre pêcheurs cette année et par le passé.

Devant l'édifice du conseil de bande se trouvent des pierres sur lesquelles sont gravés les textes de traités.

Devant l'édifice du conseil de bande se trouvent des pierres sur lesquelles sont gravés les textes de traités.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Les affrontements des dernières semaines ont été décriés par des voix de tous les horizons. L’aînée Becky Julian, observant de loin les événements, tient à ajouter la sienne.

On nous a enseigné, dit-elle, à ne jamais nous battre pour la nourriture, à ne jamais en abuser. On nous disait : si vous vous battez pour la nourriture, elle disparaîtra et je le crois toujours.

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