•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Quel est l'impact environnemental des chaufferettes de terrasses?

Des chauffe-terrasses allumés.

Les chaufferettes pour les terrasses seront interdites en France à la fin de l'hiver 2021.

Photo : Radio-Canada

En attendant la levée des restrictions, de nombreux restaurants ont dû adapter leur terrasse pour accueillir des clients malgré le froid. Ces aménagements ont un coût, ainsi qu'un impact environnemental.

Pascal Geffroy est le propriétaire du restaurant Le Batifole, dans l'est de Toronto. Il a investi 10 000 $ pour construire sa terrasse en bois dans l'allée à côté de son restaurant. Celle-ci est bien isolée et même ensoleillée. Mais il ne se fait pas d'illusions : avec le froid qui arrive, même les petits chauffages et les couvertures dont il s'est muni ne suffiront pas.

On s'est équipés de chauffages à gaz pour le patio, mais on est au Canada et, avec les températures négatives qui vont arriver, ça va être compliqué de servir les gens à l'extérieur. Sans compter que les plats sont froids quand ils arrivent. Ce n'est vraiment pas idéal, souligne-t-il.

La plupart des villes ont autorisé la prolongation des terrasses cet hiver et, surtout, qu’elles soient équipées pour apporter un peu de chaleur aux clients.

un patio en bois dans une allée

Le patio du restaurant Le Batifole. Le propriétaire a tout construit dans l'allée adjacente au restaurant en mai dernier.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Nombreux sont donc les restaurateurs qui se munissent de tentes, de chauffages et construisent presque, pour certains, de véritables restaurants extérieurs, mais couverts.

Je vois des gens qui couvrent les patios, mais là je ne vois plus l'intérêt de manger dedans ou dehors : on est à l'intérieur d'une bulle, mais on est couverts, observe M. Geffroy.

Il se demande aussi à quel point tous ces nouveaux investissements valent la peine pour un petit restaurant familial comme le sien.

On part dans quelque chose de très onéreux... alors qu'on est plutôt dans une politique de minimiser nos coûts parce qu'on a perdu 90 % de nos revenus. Investir là-dedans, c'est prendre un risque de plus sans savoir où on va.

Pascal Geffroy, propriétaire du restaurant Le Batifole
Un homme pose avec une chemise et une écharpe devant un restaurant sur un petit patio

Pascal Geffroy, propriétaire du restaurant Le Batifole

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Quel impact sur l'environnement pour les chauffe-terrasses?

Les chauffe-terrasses font partie de la solution de survie de plusieurs restaurateurs. Beaucoup d’entre eux brûlent toutefois des combustibles fossiles pour, essentiellement, chauffer l’extérieur.

Même si les chauffe-terrasses ne représentent qu'une très petite portion de nos émissions de gaz à effet de serre à l'échelle du pays, leur utilisation n'est pas sans conséquence, rappelle le directeur de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie d'HEC, Pierre-Olivier Pineau.

On parle d'un chauffe-terrasse qui émet, pour 1 h d'utilisation, 2 kg de gaz à effet de serre. Pour donner une image, si on utilisait un chauffe-terrasse pendant 5000 heures d'affilée, ça serait l'équivalent des émissions pour une personne en Ontario ou au Québec. Dans une année, on a 8760 heures, dit-il.

bombonnes à gaz

Le restaurateur a aussi acheté des petites bombonnes à gaz pour faire fonctionner les chaufferettes.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Le groupe de réflexion énergétique français Negawatt estime que l’utilisation de cinq appareils de chauffage au propane pour chauffer un patio d’environ 800 pieds carrés de novembre à mars émettra autant de CO2 qu’une voiture faisant trois fois le tour de la Terre.

La France, qui a la culture du patio chauffé bien ancrée depuis plusieurs années, va d’ailleurs interdire ces appareils d’ici la fin de l’hiver prochain, y compris les radiateurs électriques. La ministre française de l’Écologie, Barbara Pompili, estime qu'il s'agit de mettre fin aux pratiques écologiquement aberrantes qui conduisent à une consommation d’énergie totalement injustifiée.

Pierre-Olivier Pineau abonde dans le même sens.

Pierre-Olivier Pineau, expert en politiques énergétiques et professeur à HEC Montréal, devant un paysage de montagne et forêt.

Pierre-Olivier Pineau est expert en politiques énergétiques et professeur à HEC Montréal.

Photo : Radio-Canada

Il y a des éléments comme les piscines chauffées et les chauffe-terrasses qui vont devoir être éliminés parce que ce n'est pas compatible avec des politiques énergétiques et climatiques qui sont cohérentes avec une lutte contre les changements climatiques.

Pierre-Olivier Pineau, directeur Chaire de gestion du secteur de l'énergie - HEC

Mais dans un contexte de pandémie, certains y voient une manière de survivre pour de nombreux restaurateurs, comme le directeur de l'Institut de l'Énergie Trottier à Polytechnique Montréal, Louis Beaumier.

On parle de plus en plus de faire une transition juste et il y a des considérations économiques et sociales à prendre en compte, rappelle-t-il.

Ce qui est paradoxal c'est qu'on parle de l'importance de relancer l'économie en temps de pandémie et les gouvernements sont prêts à alléger des processus environnementaux avec des projets autrement plus polluants et sur une plus grande période, mais ici, si on interdisait ces appareils, on viendrait mettre la responsabilité sur le consommateur.

Louis Beaumier, directeur de l'Institut de l'Énergie Trottier
un homme avec des lunettes et une barbe

Louis Beaumier, directeur de l'Institut de l'Énergie Trottier

Photo : Radio-Canada

À quand la levée des restrictions?

L'association Restaurants Canada demande pour sa part plus d'aide financière des gouvernements et, surtout, la levée des restrictions pour que les salles à manger puissent rouvrir.

Les restaurateurs ont des dépenses telles que le loyer, l'électricité, les impôts et si nous pouvions obtenir de l'aide du gouvernement, ce serait une vraie assistance, indique James Rilett, vice-président de Restaurants Canada.

L'organisme estime que les fermetures de restaurants intérieurs imposées en Ontario ont jusqu'à présent abouti à des pertes de ventes pouvant atteindre 80 % pour les restaurants à service complet et plus de 40 % pour les restaurants à service rapide.

M. Geffroy rappelle de son côté que les normes de sécurité sont bien mises en place dans les restaurants et qu'il faudrait que le gouvernement élabore un plan clair pour la reprise de l'industrie, sinon ils seront nombreux à devoir mettre la clé sous la porte.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !