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« L’histoire des Noirs, c’est l’histoire canadienne » : l’appel à un enseignement inclusif

Une image en noir en blanc, montrant un livre ouvert dans lequel tout a été rayé en noir.

L'Ontario Black History Society a caviardé toutes les pages d'un manuel d'histoire qui ne font pas mention de l'histoire des Noirs au Canada pour une campagne de sensibilisation.

Photo : Ontario Black History Society

Prenez un manuel d’histoire canadienne de 8e année. Retirez toutes les pages qui ne font aucune mention de l’histoire des Noirs. Sur 255, il n’en restera qu’une dizaine.

C’est l’exercice auquel s’est prêté l’Ontario Black History Society. L’image de ce livre scolaire presque entièrement caviardé est au centre d’une récente campagne (Nouvelle fenêtre) de sensibilisation, #BlackedOutHistory.

Dans ce qui reste du livre, on ne parle même pas de pages complètes. Ce sont de courtes mentions, des sous-sections, ou des références seulement à l’esclavage, décrit Mawuli Chai, vice-président de l’OBHS.

L’organisme appelle ainsi à une révision en profondeur du curriculum scolaire.

C’est simple : l’histoire des Noirs, c’est l’histoire du Canada. C’est 400 ans d’un riche héritage auquel on doit porter attention.

Une citation de :Mawuli Chai, vice-président, Ontario Black History Society

Des demandes de longue date

Personnellement, on ne m’a pas enseigné l’histoire des Noirs une seule fois à l’école, rapporte Stephen Mensah, qui est le porte-parole en éducation du Toronto Youth Cabinet (TYC), un groupe consultatif et de défense des intérêts des jeunes.

Peut-être quand c’était le Mois de l’histoire des Noirs, il y a eu une petite référence dans l’un des mes cours. Mais on ne devrait pas avoir à attendre le mois de février chaque année pour aborder le sujet. C’est tragique, mais j’ai dû faire mon propre apprentissage.

Le TYC a publié cette semaine une lettre (Nouvelle fenêtre) à l’intention du ministre ontarien de l’Éducation Stephen Lecce, qui demande une série de changements au système d’éducation afin de combattre le racisme. Cette lettre comprend une demande de révision du curriculum pour y inclure l’histoire autochtone et des Noirs dans les cours obligatoires, de la maternelle à la 12e année.

Les autres demandes du TYC :

  • que les conseils scolaires commencent à recueillir des données raciales sur les élèves d’ici la fin 2021;
  • l’abolition complète des filières en 9e et 10e année;
  • la suspension du programme des agents scolaires, afin d'éliminer la présence policière dans les écoles.

Ces derniers mois, des pétitions ont aussi circulé pour demander un curriculum plus inclusif. Et les requêtes de ce type ne sont pas nouvelles.

Il y a une vingtaine d’années, j’avais écrit un curriculum d’histoire des Noirs en 7e et 10e année pour le Conseil scolaire de Toronto. Mais il n’est rien arrivé avec ça, note Afua Cooper, qui est professeure à l’Université Dalhousie, spécialiste de l’histoire des Noirs, autrice, et engagée depuis longtemps dans le monde éducatif.

Il y a aussi eu un curriculum écrit par des experts en éducation en 1977! Ça fait des décennies d’agitation, de demandes d’inclusion.

Une femme de profil.

L'historienne Afua Cooper.

Photo : CBC / Ed Hunter

La professeure estime que le moment est à nouveau propice au changement, après des mois de manifestations pour la justice sociale et alors qu’on parle de plus en plus de racisme systémique.

Les parents noirs en ont assez. Avec la pandémie, ajoute-t-elle, des parents qui se sont d’ailleurs retrouvés à faire l’école à la maison ont réalisé qu’ils pouvaient écrire leur propre curriculum et enseigner eux-mêmes l’histoire des Noirs à leurs enfants. Pour ne pas perdre ces élèves, elle clame qu’il est grand temps que l’école change.

Obligatoire et explicite

En Ontario, le programme des différentes matières scolaires est périodiquement révisé. En 2018 par exemple, des modifications ont été apportées pour refléter davantage les réalités autochtones, à la suite de la Commission de vérité et réconciliation.

Le gouvernement affirme que les thèmes de l'inclusivité et de l’équité se retrouvent partout dans les différentes matières scolaires.

Chaque élève – indépendamment de la couleur de sa peau, de sa foi, son héritage et son orientation – mérite toutes les occasions de réussir en classe, écrit Caitlin Clark, porte-parole du ministre de l’Éducation, dans une déclaration à Radio-Canada.

Elle souligne que le gouvernement a aussi posé des gestes pour combattre le racisme dans les écoles, notamment en s’engageant à éliminer les filières (le choix entre des cours  appliqués  et  théoriques ) en 9e année et les suspensions discrétionnaires d’élèves, et avec des formations obligatoires pour le personnel et l’embauche d’éducateurs de la diversité.

Mais l’OBHS, le TYC et d’autres disent que la province doit être plus explicite, et préviennent que l’histoire des Noirs, des Autochtones ne doit pas juste venir comme un ajout à l’histoire principale dans le curriculum.

Un homme assis dans un appartement, en vidéoconférence

Mawuli Chai est vice-président de l'OBHS.

Photo : Zoom

À l’heure actuelle, soulignent-ils, ces thèmes font essentiellement partie du matériel facultatif, dans des exemples et des pistes de réflexion suggérées, et la matière peut alors grandement varier d’un enseignant à l’autre.

C’est souvent des paragraphes à la fin des chapitres qui disent : "Oh en passant, suite à l’histoire de la majorité voici ce que les Juifs vivaient, les Noirs, les Autochtones", observe Francis Thériault, qui est enseignant d’histoire au secondaire.

Personne ne bénéfice qu’on enseigne que certains membres de nos communautés ont vécu une histoire en parallèle.

Ce qu’on veut voir c’est un curriculum qui place aussi l’histoire des Noirs au centre. On peut tous venir au centre à différents points de l’histoire, si vous faites pivoter le centre.

Une citation de :Afua Cooper, professeure d'histoire

Christine Pagé, qui est enseignante au secondaire à Val Caron et Autochtone, estime qu’il est grand temps pour la province de mettre des outils à la disposition des enseignants pour qu’ils abordent ces thèmes. Elle fait remarquer qu’un livre utilisé en ce moment en 10e dans les écoles date de 2001. Il reflète une vieille façon d’enseigner l’histoire. Mme Pagé consacre d'ailleurs un travail de maîtrise à l’histoire des cours d’histoire.

C’est absolument un bon temps de revoir nos ressources!

Diversité d’histoires

Et ce n’est pas juste le négatif qui doit s’y retrouver, insistent Stephen Mensah et Mawuli Chai, qui constatent que l’histoire des Noirs reste souvent résumée au narratif de l’esclavage.

Parlons de l’honorable Jean Augustine, de Rosemary Brown, des pionniers qui ont eu un impact énorme sur la société canadienne

Une citation de :Stephen Mensah, représentant en éducation, Toronto Youth Cabinet

Des gens comme Lincoln Alexander, Donovan Bailey, Viola Desmond qui est maintenant sur nos billets de 10 $, Lucie Blackburn, pour n’en nommer que quelques-uns, renchérit M. Chai.

Notre campagne ne sera pas la panacée, reconnaît-il. Mais il estime qu’elle peut servir de porte d’entrée pour des conversations nécessaires.

Viola Desmond est une militante néo-écossaise pour les droits des Noirs

La Néo-Écossaise Viola Desmond, pionnière des droits civiques

Photo : Contribution : Banque du Canada

Nous avons les ressources, la capacité et le capital intellectuels, le matériel pour que les choses se passent maintenant. On n’a pas à attendre un autre 20 ans. C’est tout de suite, ce soir, demain, conclut pour sa part la professeure Cooper.

Et j’ai un peu d'optimisme avec mes élèves, ajoute Christine Pagé. Parce que tu vois chez les jeunes une volonté d’avoir une société juste et équitable, ils ont une grande d’ouverture d’esprit à apprendre. Mais il faut des choses en place au niveau du système, où on peut rejoindre tous les élèves et pas juste ceux qui sont intéressés.

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