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Les nouvelles restrictions au Manitoba ne vont pas assez loin, disent des médecins

L'extérieur de l'Hôpital Saint-Boniface, à Winnipeg.

Les soins intensifs de l'Hôpital Saint-Boniface, à Winnipeg, sont en surcapacité depuis jeudi.

Photo : Radio-Canada / Trevor Brine

Radio-Canada

Des médecins de Winnipeg doutent que les nouvelles restrictions sanitaires annoncées par le Manitoba vendredi soient suffisantes pour endiguer la transmission du virus.

Vendredi, les autorités sanitaires ont annoncé 480 nouveaux cas de COVID-19 et 104 hospitalisation en raison de la maladie, un record. Cela pousse la province à imposer de nouvelles restrictions à Winnipeg dès lundi, dont la fermeture de tous les bars et restaurants, et des nouvelles limites sur la capacité des commerces.

Le médecin de l'unité de soins intensifs au Centre des sciences de la santé de Winnipeg et spécialiste des maladies infectieuses, Anand Kumar, croit que ces mesures sont insuffisantes.

On saura dans deux ou trois semaines [...] C’est risqué. Je crois que la probabilité, dans le meilleur des cas, est un ralentissement de la progression de l’épidémie, affirme-t-il

Je crois que nous allons quand même devoir nous confiner. On finira par être confiné dans trois ou quatre semaines, peut-être cinq, plutôt que dans deux semaines. Cela va retarder les choses, mais je crois qu’on va se retrouver [confinés]. Malheureusement, si nous sommes dans cette situation dans six semaines, Noël, c’est fini, fait valoir le médecin.

Le Dr Anand Kumar.

Le Dr Anand Kumar est un spécialiste des maladies infectieuses et médecin dans un service d'urgence.

Photo : La Presse canadienne / John Woods

Il croit que si le Manitoba continue sur sa lancée et enregistre 200 ou 250 cas chaque jour,e Manitoba dépassera très rapidement sa capacité de fournir des soins intensifs. Le cas échéant, les patients n’auront plus accès à de l’équipement médical spécialisé, comme des respirateurs artificiels.

Lorsqu’on n’a plus la capacité de traiter des patients aux soins intensifs, chaque patient supplémentaire va mourir. C’est une situation que personne ne veut envisager, résume-t-il, en ajoutant qu’il souhaite que la province impose le confinement le plus vite possible. Il a d’ailleurs signé une lettre ouverte à ce sujet.

J’ai un peu plus de confiance

Un autre signataire de la lettre, le microbiologiste médical et médecin à l’Hôpital Saint-Boniface, Philippe Lagacé-Wiens, se montre un peu plus optimiste quant aux nouvelles restrictions. Je suis content d’entendre ça. Ça fait quand même plusieurs journées que je demande que ce soit fait. Évidemment, mon inquiétude, c’est que ça s’est passé peut-être un peu trop tard. On aurait peut-être dû faire ça un peu d’avance, indique-t-il.

J’aurais peut-être voulu qu’on annonce que certains commerces qui sont moins essentiels soient fermés d’une façon plus rigoureuse, mais [les restrictions déjà prises pour les bars et restaurants] c’est une bonne chose pour la situation dans laquelle on se trouve, soutient le médecin.

Il dit qu’une liste des commerces essentiels qui peuvent rester ouverts, tel qu’il existait au printemps, serait utile.

Philippe Lagacé-Wiens porte un masque et une visière.

Philippe Lagacé-Wiens, microbiologiste médical rattaché à l'Hôpital Saint-Boniface, à Winnipeg.

Photo : Philippe Lagacé-Wiens

J’ai un peu plus de confiance avec l’annonce du gouvernement qu’il y a un plan qui a été développé. On aurait peut-être dû communiquer ça un peu plus tôt. Je me sens un peu mieux parce que c’est assez critique, il y a un vrai manque de lits, particulièrement dans les soins intensifs, remarque Philippe Lagacé-Wiens.

Il note que l’annulation d’opérations chirurgicales peut sembler inquiétante, que c’est une chose qu’il faut absolument faire, afin de libérer des places aux soins intensifs et du personnel pour traiter les patients atteints de la COVID-19.

Il tient aussi à rappeler l’important de suivre les recommandations de la Santé publique, bien que le respect de celles-ci n’est pas imposé par une ordonnance sanitaire.

Les recommandations sont tout aussi importantes que la loi. Dans ce cas-ci, il faut vraiment écouter ces recommandations-là, ce qui veut dire réduire les contacts d'une façon dramatique, affirme Philippe Lagacé-Wiens.

Communication inadéquate des élus, dit une médecin

Une spécialiste de médecine interne à Winnipeg, Jillian Hortan, pense elle aussi que la province aurait dû annoncer des mesures plus restrictives, notamment pour assurer que les hôpitaux puissent gérer les nouvelles infections.

Nous essayons de raisonner avec le virus. [...] C’est comme si nous essayions de négocier. Les chiffres aujourd’hui montrent que nous avons largement dépassé ce point-là, nous n’allions jamais pouvoir négocier, lance-t-elle.

Jillian Horton.

Jillian Hortan est une spécialiste de médecine interne à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada

Elle souligne le fait que les églises et autres lieux du culte peuvent rester ouverts. Selon les mesures annoncées vendredi pour la région métropolitaine de Winnipeg, les rassemblements religieux sont limités à 15 % de la capacité du lieu, jusqu'à un maximum de 100 personnes.

La médecin pense aussi que certains commerces de détail non essentiels devraient fermer.

Jillian Hortan croit que la communication de la part du premier ministre du Manitoba Brian Pallister et le ministre de la Santé Cameron Friesen est inadéquate. Ni l’un ni l’autre n’était présent vendredi lors de la conférence de presse annonçant une hausse de cas et un nombre d’hospitalisations record.

Elle soupçonne qu’ils ne comprennent pas la gravité de la situation à laquelle est confronté le Manitoba.

Il n’est pas question de ce que nous voulons. C’est une urgence! C’est une crise, et si nous voulons nous pencher sur les choses que nous voudrions ravoir, la vie que nous voudrions ravoir, cela requiert des mesures très drastiques, soutient-elle.

Avec les informations de Chloé Dioré de Périgny et de Karen Pauls

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