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Liberté d’expression : Trudeau partisan du « oui, mais »

Portrait de Justin Trudeau.

Pour Justin Trudeau, la liberté d'expression doit s'exercer dans un esprit de responsabilité sociale.

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Maud Cucchi

La liberté d’expression : oui, mais dans les limites de la cohésion sociale. Ainsi pourrait se résumer la position du premier ministre Justin Trudeau, qui a enfin précisé publiquement sa conception de l’épineux sujet, deux semaines exactement après l’assassinat de l’enseignant français Samuel Paty, qui a montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves.

D’abord, nous allons toujours défendre la liberté d’expression, a commenté avec solennité Justin Trudeau. C’est un droit protégé dans nos chartes des droits et libertés, c’est une valeur et un principe fondamental pour toute société libre.

Mais la liberté d’expression n’est pas sans limites, a-t-il nuancé. On n’a pas le droit, par exemple, de crier "au feu!" dans un cinéma bondé de monde.

Questionné sur le lien entre son exemple et les caricatures de Mahomet qui continuent de faire des victimes, le premier ministre a rétorqué qu’il y a toujours des limites à la liberté d’expression.

Sa prise de position tranche avec celle du président Emmanuel Macron, qui, lors de l’hommage national rendu le 21 octobre, n'a pas manqué de souligner le combat pour la liberté de Samuel Paty. Nous continuerons, professeur. Nous défendrons la liberté que vous enseigniez si bien et nous porterons la laïcité, avait-il proclamé à la Sorbonne.

Je le dis avec beaucoup de clarté une fois encore aujourd'hui : nous n'y céderons rien, a-t-il lancé jeudi, après l'attentat de Nice.

Rappelons que Samuel Paty a été décapité par un assaillant islamiste le 1er octobre près de son collège, à Conflans-Sainte-Honorine, après avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet, précisément lors d’un cours sur la liberté d'expression.

Liberté calculée

Dans une société pluraliste, diverse et respectueuse comme la nôtre, nous nous devons d’être conscients de l’impact de nos mots, de nos gestes sur d’autres, particulièrement ces communautés, ces populations qui vivent énormément de discrimination encore dans un système qui continue de discriminer, a commenté Justin Trudeau.

C’est une question de respect, de ne pas chercher à déshumaniser ou à blesser délibérément.

Justin Trudeau, premier ministre

Tout en condamnant de nouveau les actes terroristes, le premier ministre a également évoqué un débat à avoir sur de possibles exceptions. Dans une société qui se veut basée sur le respect de l’autre, l’écoute et l’apprentissage, ayons ces conversations complexes d’une façon responsable, a-t-il suggéré.

Conception bien personnelle

La liberté d’expression expliquée vendredi par Justin Trudeau a étonné le professeur Pierre Trudel, du Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal.

C’est aberrant de la présenter comme subordonnée à la délicatesse des uns et des autres, soutient-il. On est dans l’univers de la convenance, de la politesse, de la bienséance; pas du droit.

Contrairement aux dires du premier ministre, la liberté d’expression n’est pas encadrée juridiquement par l’interdiction de choquer, précise M. Trudel.

Il n’y pas de règles, de lois au Canada qui nous interdisent de publier des caricatures de Mahomet.

Pierre Trudel, professeur au Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal

La position du premier ministre relève donc d’un parti pris personnel, et en aucun cas d’un passage de la charte qu’il évoque, assure le professeur de droit, qui rappelle que le Canada a même aboli l’interdit de blasphème en 2016.

Le caricaturiste du journal Le Droit Bado reconnaît que certaines limites sont difficilement franchissables au sein des rédactions canadiennes soumises à des impératifs publicitaires. Tu constates au lieu de prendre position, concède celui qui sévit au quotidien de la région Ottawa-Gatineau depuis 1981.

À Charlie Hebdo, il n’y a pas d’annonceurs qui peuvent les boycotter, fait remarquer le dessinateur, dont certaines propositions ont pu être rejetées par ses superviseurs. Il faut ménager la chèvre et le chou.

Reste la titillation d’une ligne éditoriale qu’on essaie de franchir, confie Bado. Ou le recueil des dessins refusés au fil des ans dans une publication diffusée plus discrètement.

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