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Des préposés aux bénéficiaires réclament la protection de leur titre professionnel

Une préposée aux bénéficiaires en train d’aider une patiente.

Les préposés aux bénéficiaires constituent 58 % des effectifs des centres de soin de longue durée en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pressé par la pandémie, le gouvernement de l'Ontario cherche des solutions rapides afin de pallier la pénurie de préposés aux bénéficiaires. Des acteurs du milieu, frustrés d'avoir tiré la sonnette d'alarme pendant 10 ans, soutiennent qu'il faut aussi protéger le titre de la profession afin d'attirer de nouveaux employés à long terme.

Notre société se sent coupable de la situation, alors on lance de l’argent sur le problème en espérant qu’il disparaisse, lance sans détour Ian DaSilva, directeur des ressources humaines de l’Association des préposés aux services de soutien personnel de l'Ontario.

Depuis le début du mois, le gouvernement offre une prime temporaire de 3 $ l’heure aux préposés aux services de soutien personnel (PSSP) œuvrant dans les centres de soin de longue durée. En collaboration avec les collèges, il subventionne également le développement de programmes d'éducation rapide menant à la profession.

Je comprends [l’urgence de la situation], mais c’est une solution à court terme , martèle Ian Da Silva. Il soutient que cela ne fait rien pour valoriser la profession, un défi qui gangrène le domaine depuis plus de 10 ans.

Pour lui, le fait que le titre de PSSP ne soit pas protégé, contrairement à celui d'un infirmier, par exemple, est au cœur de la pénurie de main d'œuvre.

Des gens se déguisent en infirmier à l’Halloween et le premier novembre ils se présentent dans un foyer de soin de longue durée et deviennent l’équivalent d’un préposé aux bénéficiaires.

Ian DaSilva, directeur des ressources humaines de l’Association des préposés aux services de soutien à la personne de l’Ontario

Ian DaSilva estime que le métier de PSSP est trop souvent vu comme une jobine plutôt qu'une profession. Ainsi, les préposés aux bénéficiaires ayant complété un certificat d'études collégiales se retrouvent à compétitionner avec du personnel moins qualifié pour des tâches semblables.

Si vous voulez que des gens deviennent préposés aux bénéficiaires pour toute leur vie, il leur faut une association qui les protège ainsi que leur patient. Quelque chose qu’ils peuvent porter comme un insigne d’honneur, ajoute-t-il.

Tirer sa révérence

En Ontario, quatre préposés aux bénéficiaires sur dix quittent la profession dans l'année suivant l'obtention de leur diplôme, selon un rapport de l’Enquête publique sur les foyers de soins de longue durée publié en juillet.

Et alors qu'ils représentent plus de la moitié des effectifs des maisons de soins de longue durée, le quart des PSSP ayant plus deux années d'expérience quittent le secteur chaque année.

Monique Langlois en fait partie. Épuisée, elle a quitté son emploi en juin pour offrir des soins à domicile à son compte. Mon corps ne suivait plus, mon cœur ne suivait plus, avoue-t-elle à contrecœur.

Elle peine à cacher sa frustration à l’égard des récentes annonces gouvernementales : on veut amener plein de nouveaux employés, mais qu’en est-il de ceux qui sont là depuis des années? Qui travaillaient fort fort fort fort fort ?

C’est comme dire “ton job est si facile qu’on va entraîner quelqu’un en 2 jours puis le payer 5000 $ de plus par année".

Monique Langlois, préposée aux services de soutien personnel
Monique Langlois.

Monique Langlois a longtemps oeuvré dans les foyers de soins de longue durée.

Photo : Monique Langlois

Monique Langlois milite également pour la protection du titre de préposé aux bénéficiaires. Selon elle, seules les personnes ayant obtenu une formation autorisée par le gouvernement devraient pouvoir faire les tâches leur étant traditionnellement réservées.

Croyez-le ou non, j’ai côtoyé des gens qui ne savaient pas qu’il fallait nettoyer le visage avant les fesses, raconte-t-elle.

Pas de recommandation

Selon les chiffres du gouvernement, 58 % des 100 000 employés des maisons de soins de longue durée sont des préposés aux bénéficiaires. Les infirmiers autorisés arrivent au second rang, avec 25 % des effectifs. Ceux-ci ont un ordre professionnel encadrant leur profession.

Dans son rapport de juillet, l’Enquête publique sur les foyers de soins de longue durée écrit qu'un certain nombre de nos recommandations visent à faire reconnaître et à appuyer le rôle essentiel des PSSP. Toutefois, il faudrait envisager d’autres façons de professionnaliser davantage le rôle des PSSP dans le secteur des soins de longue durée.

Il ne recommande toutefois pas spécifiquement la protection du titre de préposé aux bénéficiaires.

Le ministère de la Santé indique quant à lui ne pas avoir pris de décision quant à la nécessité d'un tel titre. Il soutient vouloir trouver un équilibre entre les risques liés au travail de préposé aux bénéficiaires et les charges réglementaires qu'imposent les différents mécanismes de surveillance aux patients et aux préposés.

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