•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Parti populaire du Canada poursuivi pour divulgation d'informations personnelles

Oumer Kinnarath en t-shirt, dans la rue.

Oumer Kinnarath, un militant antiraciste de Winnipeg, dit avoir passé de nombreuses nuits blanches après que certains renseignements personnels auraient été publiés par un compte Twitter lié au Parti populaire du Canada.

Photo : Radio-Canada

Un militant antiraciste de Winnipeg, aidé par le Conseil national des musulmans canadiens, a intenté une poursuite contre le Parti populaire du Canada et plusieurs de ses membres pour divulgation de certains de ses renseignements personnels. Cette pratique est communément appelé doxing.

Dans une déclaration déposée le 8 octobre 2020 devant la Cour du Banc de la Reine du Manitoba, Oumer Kinnarath (qui utilise aussi l’orthographe « Omar », pour son prénom) soutient que le Parti populaire du Canada et plusieurs de ses membres ont divulgué des renseignements personnels à son sujet, en plus de l’avoir qualifié de terroriste.

Il s’agit d’allégations qui font l’objet d’une procédure judiciaire, et aucune d'entre elles n’a été prouvée devant un tribunal.

Le plaignant réclame des centaines de milliers de dollars en dommages et intérêts, ainsi qu'une rétractation complète et des excuses.

Le Conseil national des musulmans canadiens a tenu une conférence de presse au sujet de la poursuite jeudi après-midi. L’avocate de l’organisme, Sameha Omer, est l’un des représentants du plaignant.

[Nous participons à cette poursuite] parce que le plaignant, Oumer Kinnarath de Winnipeg, un militant antiraciste et un musulman canadien, a été qualifié de terroriste et accusé à tort par certains des défendeurs dans cette affaire, y compris un parti politique fédéral, affirme-t-elle.

La poursuite porte des événements présumés qui se seraient déroulés en 2019, en amont de l’élection fédérale.

Le tweet qui met le feu aux poudres

Un autre avocat de M. Kinnarath, Imran Qureshi de la firme Ogilvie LLP à Edmonton résume les faits présumés. Le plaignant a appris que le Parti populaire du Canada tenait un événement dans une galerie d’art de Winnipeg, et il leur a demandé d’annuler la réservation puisque les convictions du parti ne s’alignaient pas avec l’engagement de la galerie d’être un espace inclusif, indique l’avocat.

Le compter Twitter du PPC de Winnipeg a tweeté une image de M. Kinnarath avec le mot "terroriste" en dessous, accompagné de son nom complet, de son adresse et de son numéro de téléphone, poursuit-il.

Une citation indiquait : ce terroriste a stoppé notre rassemblement pour présenter nos candidats du PPC, s'en prenant sur internet à la femme qui nous louait le lieu, ajoute Imran Qureshi, parmi de nombreuses autres déclarations.

En bout de compte, cette affaire porte sur les conséquences [de ce genre d'attaques], et nous allons en cour pour parler de ces conséquences, les conséquences de traiter injustement un homme musulman de terroriste, et de [divulguer ses renseignements personnels], conclut-il.

Les avocats ne voulaient pas indiquer quelles ont été les conséquences de la divulgation des informations du plaignant. Ils ont plutôt indiqué que celles-ci, dont des menaces, allaient être exposées devant le tribunal.

Lors de la conférence de presse, Oumer Kinnarath a cependant fourni certaines indications de l’effet que cette affaire a eu sur sa vie. Il affirme qu’il a passé de nombreuses nuits blanches. J’ai vraiment peur, lance-t-il.

En fin de compte, c’est une question de sécurité. C’est question que moi et ma famille nous puissions nous sentir en sécurité, dit le plaignant. Il affirme qu’il a dû changer son numéro de téléphone, et qu’il prend toujours des trajets différents pour se rendre aux lieux qu’il fréquente.

Il affirme qu’il a dû avoir des conversations difficiles avec son fils, pour lui expliquer pour quelles raisons certaines personnes pensent que son père est un terroriste. Il espère que cette poursuite rendra un sentiment de sécurité à lui et sa famille.

Demander au tribunal de trancher sur le doxing

Cette poursuite est particulièrement importante pour la jurisprudence canadienne, selon l’avocat Imran Qureshi, puisqu’elle demande des clarifications de la cour sur la pratique du doxing, qui est, selon lui, la divulgation de renseignements personnels sans le consentement de la personne concernée, et dans un but malveillant.

Présentement, dans le droit canadien, il n’y a aucun recours qui porte précisément sur le doxing. Dans notre cause, on propose un nouveau tort : la publication malveillante de renseignements personnels, indique-t-il.

Il s’agit donc d’une affaire très importante pour déterminer comment une cour va trancher sur le nouveau tort que l’on propose [...] Même si nous faisons abstraction du caractère d’intérêt public de cette cause, cet aspect de la poursuite requiert une clarification du tribunal, ajoute l’avocat.

Au moment de la publication de cet article, le Parti populaire du Canada n’avait pas répondu à une demande de commentaire de Radio-Canada.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !