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Les parcs provinciaux du Manitoba sont-ils en voie d'être privatisés?

Un paysage vallonné avec un lac en arrière-plan.

Le parc provincial de Spruce Woods attire chaque année des milliers de visiteurs pour son fameux « désert ».

Photo : Radio-Canada / Dominique Gauthier

Un appel d’offres récemment publié par Voyage Manitoba pour revoir la gestion des parcs provinciaux a mis en alerte plusieurs groupes de Manitobains qui y voient un début à une éventuelle privatisation de ces espaces naturels.

C’est le chef du Parti libéral du Manitoba, Dougald Lamont, qui a été l’un des premiers à alerter l’opinion publique. À la mi-octobre, il mettait en garde contre la destruction de « l’esprit des parcs et de la valeur des parcs ».

L’inquiétude est partie d’un appel d’offres (Nouvelle fenêtre) d'une valeur de 200 000 $ publié le 13 octobre par Voyage Manitoba, auquel ont répondu neuf entreprises selon l'organisation de promotion du tourisme.

Celui-ci veut évaluer les parcs provinciaux. Parmi les tâches demandées à l’entreprise qui a remporté l’appel d’offres, il lui est demandé d'identifier des opportunités pour attirer des investissements privés et philanthropiques pour moderniser les équipements et d’étudier comment les parcs peuvent attirer des investissements privés et philanthropiques pour améliorer les équipements ou lancer des programmes innovants.

Contrairement à une privatisation, qui entraîne le transfert de propriété d’un bien d’un gouvernement vers le secteur privé, les investissements privés relèvent d’entreprises ou d’organisations qui sont faits à la place du gouvernement. Ce dernier reste propriétaire du bien en question, que ce soit un parc, un terrain ou tout autre bien.

Selon des données de la province, plus de 180 entreprises privées opèrent déjà dans les parcs provinciaux du Manitoba.

Le but premier est de regarder comment cela se passe dans d’autres juridictions, comment elles gèrent leurs parcs provinciaux et voir s’il n’y a pas de meilleures façons de faire, assure le PDG de Voyage Manitoba, Colin Ferguson.

Les regards se tournent vers l’Alberta

Immédiatement, les regards se tournent vers l’Alberta. En début d’année, le gouvernement du Parti conservateur uni de Jason Kenney a décidé de privatiser ou fermer plusieurs parcs provinciaux.

Notre inquiétude, c’est de perdre la désignation d’aires protégées. Ces terres deviendront vacantes et pourront avoir du développement commercial, fait savoir Taylor Maton, coordinatrice de la sensibilisation à la conservation à la Société pour la nature et les parcs du Canada. Et cela, dit-elle, pourrait réduire l’accès aux Albertains à cause d’une barrière financière.

L’Alberta n’a pas encore fait d’annonce plus particulière concernant les partenariats que la province veut mettre en place pour certains parcs, mais la Franco-Albertaine note qu’il n’y a pas eu de consultations avec la population et les municipalités, donc on ne sait pas quels groupes sont intéressés ni s’ils ont la capacité de reprendre les parcs.

24 millions de dollars de pertes pour les parcs provinciaux du Manitoba

Il est encore trop tôt pour savoir si le Manitoba se tournera vers une approche semblable à celle de l’Alberta, mais Colin Ferguson est catégorique. Que ce soit clair : le but n’est pas de privatiser les parcs provinciaux.

L’appel d’offre demande tout de même une évaluation financière des parcs. Il stipule que l’étude devra évaluer le potentiel d’amélioration de la satisfaction des visiteurs et accroître leurs dépenses tout en améliorant la stabilité financière et la durabilité.

Selon un porte-parole de la province, au cours de l’année financière se terminant le 31 mars 2020, le Manitoba a dépensé 42,6 millions de dollars dans la gestion des parcs, pour des revenus atteignant 18,8 millions de dollars, soit une différence de près de 24 millions de dollars.

L’étude est, pour nous, une opportunité de regarder notre système de parcs, de voir les services offerts, l’état de nos infrastructures et voir ce que les clients veulent et trouver des manières d’améliorer les expériences et les produits de nos parcs provinciaux pour répondre aux visiteurs.

Colin Ferguson, PDG de Voyage Manitoba

Une aberration qui va à l’encontre du système

Si Colin Ferguson met la crainte d’une privatisation des parcs sur le compte d’une mauvaise interprétation de l’appel d’offres, d’autres sont plus sceptiques.

L’environnementaliste Roger Turenne considère cette manoeuvre comme une aberration qui va à l'encontre du principe de l'existence des parcs.

Dès les premières lignes de la Loi sur les parcs provinciaux, on a : "attendu que les parcs provinciaux sont des endroits spéciaux qui jouent un rôle important dans la protection des terres naturelles et dans la qualité de vie des Manitobains". Il n’y a rien là qui parle de [rentabilité], dit-il.

L'analyste politique Roger Turenne

Roger Turenne

Photo : Radio-Canada

On a fait un appel d'offres pour faire une étude, non pas pour analyser comment les parcs devraient être gérés, mais pour analyser uniquement du point de vue de la rentabilité. Or, certains parcs ne sont jamais rentables et les parcs, en général, ne devraient pas être rentables, poursuit-il.

La province, par l’entremise d’un porte-parole, assure de son côté que la supervision de nos parcs sera toujours dans le domaine public.

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