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Analyse

Les querelles de l'opposition à Ottawa profitent aux libéraux

Il est debout à la Chambre des communes.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le Nouveau Parti démocratique (NPD)? « On leur parle pas », lance le chef du Bloc. L’esprit de collaboration aux Communes bat de l’aile, au grand plaisir des libéraux.

Une des forces cachées du gouvernement minoritaire de Justin Trudeau, en ce moment, n’est pas liée à sa gestion de la pandémie. Elle n’est pas liée non plus au fait que les libéraux semblent prêts à mettre leurs sièges en jeu pour éviter une enquête embarrassante ni à une stratégie parlementaire particulièrement astucieuse.

La force cachée des libéraux est de profiter de la bisbille qui règne au sein de l’opposition.

Les libéraux minoritaires dictent le rythme aux Communes comme s’ils étaient majoritaires, entre autres parce que les partis d’opposition sont souvent incapables d’accorder leurs flûtes et de jouer à l’unisson.

À preuve, la déclaration du chef du Bloc québécois à propos de sa relation avec le NPD. On leur parle pas, a-t-il lâché en point de presse mercredi matin. Yves-François Blanchet a ajouté que des événements récents démontrent que les néo-démocrates ne sont pas dignes d'une communication entre adultes.

Il parle en faisant un geste de la main droite.

Le chef du Bloc québécois, Yves-Francois Blanchet, en conférence de presse, mercredi, à Ottawa

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Deux partis, qui représentent ensemble un sixième des députés, sont donc en ce moment incapables de dialoguer. On est loin du partenariat entre partis d’opposition, comme à l’époque où MM. Harper, Layton et Duceppe s’étaient ligués contre Paul Martin, ou encore quand les Dion-Layton-Duceppe parlaient d’un gouvernement de coalition pour remplacer Stephen Harper.

Des désaccords qui favorisent le gouvernement

Si le NPD a aidé le gouvernement à survivre la semaine dernière, c’était peut-être – en partie – en raison de canaux de communication mal établis.

Le cœur de la motion, il ne faut pas l’oublier, portait sur la création d’un comité embarrassant pour les libéraux, afin d’enquêter sur le contrat accordé à l'organisme UNIS (WE Charity). Selon certains néo-démocrates, la motion aurait pu passer la rampe – et n’aurait probablement jamais été transformée en vote de confiance par les libéraux – si les conservateurs avaient négocié dès le début avec le NPD, pour ajuster la portée de l’enquête et retirer le mot corruption du libellé. (Les conservateurs affirment qu’ils ont discuté avec tous les partis avant de présenter leur motion.)

Il pose une question à la Chambre des communes.

Erin OToole, chef de l'opposition officielle, lors de la période de questions au Parlement à Ottawa

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Si aucun comité n’a encore vu le jour pour faire la lumière sur l'affaire UNIS, c’est peut-être aussi en raison du manque de communication entre le Bloc et le NPD. La députée bloquiste Julie Vignola a voté par erreur contre la création d’un tel comité cette semaine. Si les partis d’opposition collaboraient mieux au quotidien, ce genre d'erreurs pourrait peut-être être évité.

Il faut ajouter qu’en raison de la pandémie, bon nombre de députés travaillent à distance et ne sont pas venus à Ottawa depuis des mois. Cela réduit les rencontres impromptues entre collègues de différents partis, surtout pour les nouveaux députés, et peut avoir un effet sur l’esprit de camaraderie qui existe entre les élus.

Quoi qu’il en soit, les libéraux entretiennent cet apparent manque de cohésion de l'opposition, afin de diviser et de mieux régner.

Il y a quelques mois, ils négociaient avec le Bloc et les conservateurs pour faire avancer leurs projets de loi. Puis ils se sont appuyés sur le NPD pour faire passer leur discours du Trône, pour ensuite forcer la main de ces mêmes néo-démocrates lors du vote de confiance. 

Racisme et mot en n

Les principaux désaccords entre le NPD et le Bloc semblent surtout tourner autour de la question du racisme et du mot en n.

En juin, le NPD a voulu faire adopter une motion sur le racisme systémique dans la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Le Bloc a voté contre. Jagmeet Singh a alors accusé un député du Bloc d’être raciste, ce qui a mis toute la députation bloquiste en furie.

Jagmeet Singh, debout, lève le bras en posant une question à la Chambre des communes.

Jagmeet Singh, chef du NPD, pose une question à la Chambre des communes.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Autre irritant entre les deux partis : le chef du NPD s’est prononcé contre l’utilisation du mot en n, peu importe le contexte. De son côté, le Bloc avance une position plus nuancée sur son usage dans un cadre pédagogique. Défendre un tel mot, c’est défendre la suprématie blanche, a alors réagi le député néo-démocrate Matthew Green, lui-même noir.

Pour le Bloc, c’était le clou dans le cercueil.

Quand le torchon brûle

On peut comprendre que, pour des raisons politiques, il y ait des désaccords publics entre les deux chefs. Or, on pourrait s’attendre à ce qu’en coulisse, les canaux de communication demeurent ouverts. Pourtant, ce n’est pas le cas. 

Les leaders parlementaires du Bloc et du NPD, qui jouent le rôle d’agents de liaison entre les partis, ne se sont pas parlé seul à seul depuis plusieurs semaines, selon de nombreuses sources.

Dans d’autres gouvernements minoritaires, tant au fédéral que dans les provinces, les partis d’opposition se parlent, se consultent et affûtent ensemble une partie de leur stratégie, malgré des désaccords publics. Même l’équipe de Jack Layton était capable de discuter avec celle de Stephen Harper quand les deux étaient dans l’opposition.

Aujourd’hui, si le Bloc a des désaccords avec le Parti conservateur – notamment sur la demande d'excuses fédérales pour la crise d’Octobre –, Yves-François Blanchet affirme tout de même être encore capable de dialoguer avec l’équipe d’Erin O’Toole. Pourquoi? Parce que les conservateurs savent vivre, contrairement, selon lui, au NPD.

La porte de la coopération vient de se fermer sec. Et derrière, on entend un peu le rire de satisfaction des libéraux.

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