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Face à la pandémie, les mines des territoires tentent d’avoir une longueur d’avance

La mine Meliadine.

La mine Meliadine au Nunavut a décidé, au début de la pandémie, de renvoyer chez eux tous les employés résidents du Territoire pour ne pas risquer de transmission communautaire du virus.

Photo : Agnico Eagle Mines

Alors que les cas de COVID-19 augmentent partout au pays, les mines, dans lesquelles les travailleurs vivent en vase clos, auraient pu devenir des lieux d’éclosion entraînant des effets dominos majeurs. Pourtant, depuis le début de la pandémie, les mines du nord du pays semblent tirer leurs épingles du jeu.

Au début du mois, la mine de Hope Bay, au Nunavut, confirmait sept nouveaux cas de COVID-19, plus récemment, la mine Ghacho Kué située sur les Territoires du Nord-Ouest annonçait pour sa part un cas de COVID-19. Quelques jours plus tard, c’était au tour de la mine Meliadine du Nunavut d’annoncer deux cas.

Malgré ces annonces rapprochées, au prorata du nombre d’employés, le nombre de cas global de COVID-19 reste bas pour ces entreprises. Un phénomène expliqué par la série de mesures mises en place.

Même si un temps, Agnico Eagle, la société qui opère la mine d’or Meliadine, a pensé cesser son exploitation, le vice-président des opérations du Nunavut, Martin Plante, explique que l’idée a été rapidement abandonnée. On a dû procéder à beaucoup d’ajustements, admet-il, concédant que les décisions ont été prises au fur et à mesure, même si les incertitudes étaient bien présentes.

Mise en place de mesures drastiques

Dès le début, la mine dit avoir voulu mettre en place une politique de non-contact avec les communautés. Une des premières choses qu’on a faite, c’est de renvoyer nos employés résidents du Nunavut chez eux pour ne pas mettre les communautés à risque, on les paie toujours depuis ce temps-là, à 75 % de leur salaire, précise M. Plante.

Une politique qui a nul doute été aidée par la réalité géographique des mines qui sont, en général, éloignées des communautés. Cela leur donne probablement un avantage, car elles ont la possibilité d'être isolées du reste du pays et de laisser entrer les travailleurs par leurs propres moyens de contrôle, abonde Tom Hoefer, directeur de NWT & Nunavut Chamber of Mines.

Martin Plante.

Martin Plante, vice-président des opérations Nunavut pour Agnico Eagle, estime que le développement d’une capacité de diagnostic à la mine Meliadine a été pour la société un changement majeur dans la lutte contre la pandémie.

Photo : Photo envoyée par Agnico Eagle

Mais ce qui a certainement beaucoup aidé la mine, c’est la mise en place d’un laboratoire de tests de dépistage là où décollent les avions empruntés par les employés en provenance du sud du Canada. Les employés se font tester avant de prendre l'avion et, lorsqu’ils arrivent au site, ils sont placés en l’isolement jusqu’à ce que les résultats sortent, détaille le responsable qui précise qu’avant cela, une capacité à tester avait aussi été mise en place à la mine.

Les mines de diamants paient le prix fort

Malgré ces mesures mises en place relativement rapidement, cela n’a pas empêché au secteur de souffrir, mines de diamants en tête. Aux Territoires du Nord-Ouest, tous nos œufs d'exploitation minière sont dans le panier à diamants, donc nous n'avons pas de diversification de l'exploitation, analyse Tom Hoefer.

À ce manque de diversification s’ajoute le fait que les magasins qui vendent ces diamants directement aux consommateurs ont, pour la plupart, fermé à cause de la pandémie.

Les quelques cas qu’on a présentement eus au site ont été détectés avant et non pas dans une situation de symptômes et de transmission communautaire.

Martin Plante, vice-président des opérations Nunavut, Agnico Eagle

Les ateliers qui taillent les diamants bruts, des structures souvent énormes, comme en Inde, où elles emploient des milliers d’ouvriers ont, elles aussi, subi les effets de la pandémie et ont dû fermer.

Le pipeline à diamants s’est retrouvé inondé par un trop grand nombre de diamants sortant des mines sans savoir quoi en faire, rapporte M. Hoefer.

Du diamant.

Les professionnels de l'industrie avouent que les mines de diamants ont été particulièrement touchées par la pandémie, avec une baisse importante de la demande pour le matériau.

Photo : iStock

D’un autre côté, les mines d’or ont, elles, réussi à rester à flot. Les gens achètent de l’or lorsqu’ils ont peur... pendant la pandémie, ils se sont rués pour convertir leur argent en or, car c’est ce qu’on appelle un paradis sûr, explique M. Hoefer.

Une trésorerie en berne

Si les mines d’or ont été moins touchées, l’argent investi pour faire face aux coûts de la pandémie a plombé les finances. Martin Plante rapporte qu’Agnico Eagle a dépensé des millions pour mettre en place les mesures citées plus haut.

Et ils ne sont pas les seuls. Même si l’Association minière du Canada et le ministère Ressources naturelles n’a pas été en mesure de nous communiquer des chiffres pour le moment, nul doute que les sommes engagées sont importantes.

Ces coûts ont pris le secteur par surprise, croit Tom Hoefer. Selon lui, un indicateur bien spécifique le prouve : les coûts d'immobilisation. Chaque année, les mines prévoient des projets de construction pour l’été. Ceux-ci n’ont pas pu avoir lieu cette année. Cela a un effet domino sur les commerces locaux, puisque ce sont eux qui d’habitude sont embauchés pour réaliser ces travaux, affirme-t-il.

Même si les adaptations ont été coûteuses à mettre en place, la société Agnico Eagle se dit satisfaite de ses sacrifices et pense à l'avenir. Le niveau de risque a diminué de façon exceptionnelle et cet apprentissage va nous permettre de passer au travers d’autres crises dans le futur, croit Martin Plante.

Pour Ben Chalmers, de l’Association des mines du Canada, ce qui a sauvé les mines jusqu'à présent c’est surtout leur capacité à se partager les informations au fur et à mesure de la crise. Même s’il ne peut pas parler de réponse coordonnée, pour lui la communication a eu des effets bénéfiques pour le secteur. Une idée partagée par Martin Plante.

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