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Donald Trump, Kamala Harris et la COVID-19 : le Michigan à quelques jours des présidentielles

La Maison-Blanche, à Washington.

La Maison-Blanche, à Washington.

Photo : iStock

Les États-Unis sont à quelques jours seulement d’un scrutin dans lequel le Michigan devrait jouer un rôle important. En 2016, l’État avait été remporté par Donald Trump alors qu'il avait penché pour Barack Obama les deux fois précédentes.

Les démocrates veulent éviter que le scénario de 2016 ne s’y reproduise. Les démocrates ont été traumatisés par les résultats des élections précédentes, explique Mamba Hamissi, un résident de Détroit.

Il y a aussi beaucoup de gens qui ne vont pas aller voter parce qu’ils disent qu’il y a beaucoup de choses que les démocrates n’ont pas faites pour les Noirs alors qu’ils devaient les faire.

Mamba Hamissi, résident de Détroit

M. Hamissi est d’origine burundaise. Il vit à Détroit depuis cinq ans déjà, mais ne peut pas encore voter, ce qu’il regrette. Il constate autour de lui, au sein l’électorat noir, une certaine hésitation. Il affirme que de nombreuses personnes sont partagées sur la question du vote, et sur son utilité.

J’ai des amis qui se demandent si c’est vraiment important de voter, indique-t-il.

La peur du syndrome du sondage raté

Cette hésitation naîtrait du fait qu’une partie de l’électorat noir n’est pas très optimiste sur la capacité des démocrates à agir. Selon Mamba Hamissi, ces électeurs sont désabusés et continuent à reprocher à l’administration Obama de n’avoir pas apporté des changements considérables dans leur vie.

Pour Mamba Hamissi, les démocrates ont peur que les sondages ne se trompent cette année encore.

Mamba Hamissi

Photo : Mamba Hamissi

M. Hamissi souligne que des campagnes de sensibilisation démocrates veulent contrer ce scepticisme en essayant de convaincre le plus de personnes possible d’aller voter. Pour lui, cette technique peut marcher, car il estime que certaines personnes décideront de voter non pas pour Joe Biden, mais contre Donald Trump.

J’ai des amis qui se disent que s’ils ne votent pas, les Républicains seront encore au pouvoir, et ça ne va pas nous faciliter la tâche. Ces gens pensent qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils doivent voter, ajoute-t-il.

Pour certains électeurs, Donald Trump est un personnage clivant. Dans une ville comme Détroit, où réside une forte communauté afro-américaine, certaines personnes sont motivées par les événements récents et par les prises de position polémiques du président américain.

Il y a des gens qui disent qu’ils doivent voter cette année en raison des crises racistes qu’on a eues récemment, précise Mamba Hamissi.

Ces personnes craignent également une espèce de syndrome 2016, lorsque les sondages, qui prédisent en ce moment une victoire des démocrates, n’avaient pas vu venir la victoire de Donald Trump.

Il y a encore de la confusion. En 2016 c’était la même chose. Il y a des gens qui disaient que les démocrates vont passer. Cette année, les sondages nous montrent que les démocrates vont passer, mais on attend, ajoute-t-il.

Le vote par correspondance : la grande vedette des élections

Mamba Hamissi affirme également que de nombreux électeurs de Détroit ont opté pour le vote par correspondance et par anticipation.

Au Michigan, le vote par correspondance n’est pas le seul fait des habitants de Détroit. Steven Kurtz poursuit des études de doctorat et enseigne à l’Université du Michigan, située à Ann Arbor, une ville à 45 minutes à l'ouest de Détroit.

Il a grandi dans le Minnesota, mais réside aujourd'hui dans le Michigan. Il a donc voté par correspondance. J’ai envoyé mon bulletin il y a quelques semaines. Tout de suite après l’avoir reçu, je l’ai rempli et je l’ai renvoyé, indique-t-il.

Steven Kurtz pense que l’État a fait en sorte que tous les électeurs du Michigan puissent voter par correspondance. Il ne craint pas beaucoup les abstentions, même s’il admet vivre dans une ville estudiantine très politisée dont les électeurs votent fortement démocrates.

Tous mes étudiants ont déjà voté, ou ont leurs plans pour voter la semaine prochaine, ajoute-t-il.

Des raisons de voter contre Trump

Selon Steven Kurtz, les habitants de Ann Arbor sont d’autant plus mobilisés que le président américain leur a donné, ces derniers mois, des raisons de voter contre lui. Avec tous les événements de cet été [les tensions raciales], il y a eu une très forte mobilisation partout au pays. Ça ne m’étonnerait pas que ça joue pour ces élections, explique-t-il.

Avec la nomination de Coney Barrett à la Cour suprême, on a peur pour nos droits.

Steven Kurtz, résident de Ann Arbour
Égoportrait de Steven Kurtz

Steven Kurtz, qui poursuit des études de doctorat et enseigne à l’Université du Michigan, craint pour les droits de la communauté LGBTQ.

Photo : Steven Kurtz

Si la question raciale est un vecteur de mobilisation pour la gauche américaine, les questions telles que le droit à l’avortement ou les droits de la communauté LGBTQ le sont tout autant, selon M. Kurtz.

Ainsi, la nomination par le président Donald Trump de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême est un signal pour les démocrates qu’il faut voter.

Elle [Amy Coney Barrett] a une histoire qui suggère qu’elle est contre l’homosexualité. Donc, de ce point de vue là, on encourage vraiment les gens à voter puisqu’on voit les conséquences à la Cour suprême, indique Steven Kurtz.

Steven Kurtz ne se fait cependant pas trop d’illusions. Il considère que la communauté LGBTQ ne constitue probablement pas une réserve de voix pour les républicains parce qu’elle est déjà naturellement encline à voter pour défendre ses droits.

J’ai l’impression que pour la communauté LGBTQ dont je fais partie, ça n'a pas beaucoup changé. J’ai l’impression que ces communautés sont toujours mobilisées pour les élections, ajoute-t-il

Des tensions à l’approche dans la dernière ligne droite

La recherche de ce réservoir de voix par les deux camps peut parfois causer des tensions. C’est ce qu’a constaté Roxan Tardif, un Canadien qui réside au Michigan depuis une vingtaine d’années. Il ne peut pas voter parce qu’il n’est pas citoyen américain.

Il note toutefois une détérioration de l’atmosphère politique, notamment lorsqu’il s’agit des jeunes.

Dans certains groupes, si tu n’as pas la même opinion que moi, ton opinion ne compte pas. Ils commencent à appeler les gens par des noms. Je vois ça surtout dans la génération un peu plus jeune, ajoute-t-il.

Paradoxalement, en dépit de la dureté des échanges, M. Tardif constate la multiplication des conversations autour de la politique, ce qui n’était que rarement le cas lors des élections précédentes.

D’habitude, on n’a pas plusieurs conversations à propos de la politique. Les gens gardent ça pour eux-mêmes. Mais là, la plupart de gens partagent des choses, que ce soit un petit morceau d’information en passant, ou alors plusieurs articles ou vidéos, explique-t-il.

Pour Roxan Tardif, les groupes pro-Trump sont particulièrement vocaux. Ils sont visibles aux grandes intersections et non loin des centres commerciaux avec des pancartes, et cela depuis le printemps.

La question de la COVID-19 est souvent au centre des discussions de ces personnes, notamment parmi les électeurs républicains que Roxan Tardif côtoie.

La plupart de ces personnes ne croient pas qu’on devrait annuler les événements et empêcher les gens de se déplacer. Pour eux, ça n'a pas beaucoup de sens. Ils disent qu’il n’y a pas beaucoup de science derrière ça, ajoute-t-il.

Kamala Harris en cheval de Troie

Si les restrictions qu’entraîne la pandémie constituent un problème pour les électeurs républicains, les convictions de Kamala Harris, colistière de Joe Biden, semblent encore plus préoccupantes pour les électeurs républicains.

Ils pensent que ça ne prendra pas beaucoup de temps avant qu’on ne le déclare incapable d’être président et que la vice-présidente devienne la chef de l’État.

Roxan Tardif, résident du Michigan

M. Tardif pense que les électeurs républicains se méfient des idées de Joe Biden, mais plus encore de celles de Kamala Harris, qu’ils jugent beaucoup trop à gauche.

La désignation de Joe Biden n’aurait donc été, selon eux, qu’un stratagème pour porter l’extrême gauche au pouvoir.

Considérant la santé de Biden et tout le stress qu’une présidence peut amener, la croyance c’est que Biden a été nominé afin d’amener la vice-présidente à la tête du pays, explique-t-il.

En 2016, Donald Trump avait remporté le Michigan de justesse avec 47,3 % des voix, contre 47 % pour Hillary Clinton.

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