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Manoir Liverpool : une douzaine de décès sous la loupe du coroner

Des policiers se sont présentés à la résidence privée de Lévis il y a quelques semaines pour saisir les dossiers.

La résidence pour personnes âgées le Manoir Liverpool de Lévis, vue de l'extérieur en mars 2020.

Le Manoir Liverpool

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

Radio-Canada a appris que le Bureau du coroner se penche sur tous les décès de résidents du Manoir Liverpool survenus au printemps. Qu’ils aient contracté la COVID-19 ou pas. Seulement deux milieux de vie pour aînés au Québec se retrouvent dans cette situation.

Il y a eu plusieurs signalements en très très peu de temps , explique d'entrée de jeu le coroner en chef adjoint, Luc Malouin.

Dans la foulée de la diffusion du reportage de Radio-Canada, révélant des lacunes dans les soins et services offerts au Manoir depuis son ouverture en 2016, cinq décès ont été signalés au Bureau du coroner, en quelques jours.

Quatre d’entre eux sont survenus au printemps, au moment où la résidence privée pour aînés de Lévis était aux prises avec une éclosion majeure de COVID-19. Aucun de ces résidents n’avait contracté le virus.

Corridor avec inscription Bureau du coroner.

Le Bureau du coroner de la province de Québec

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Un homme se serait notamment étouffé le 26 avril en fin de journée. Selon nos informations, il aurait été laissé sans surveillance avec de la nourriture alors qu’il aurait dû être supervisé. Parmi les autres décès, on compterait au moins un cas de chute et un autre de déshydratation.

Si ces décès se retrouvent sous investigation, c’est qu’il y a suspicion de négligence. Le but c'est de faire la lumière et clarifier les circonstances de ces décès-là, explique Me Malouin.

Signalement tardif

L’autre décès remonte à l’été 2018. Une résidente du Manoir Liverpool est décédée quelques jours après avoir été transportée à l’hôpital dans un état de déshydratation.

Le coroner en chef adjoint rappelle d’ailleurs que toute personne qui croit qu'un décès doit être examiné par un coroner peut le signaler à n’importe quel moment.

Dans notre loi, on a trois motifs d'intervention. Lorsqu’il y a un décès violent, un décès obscur ou un décès à la suite d'une négligence.

Une citation de :Luc Malouin, coroner en chef adjoint
Un homme aux cheveux gris debout dans un parc.

Me Luc Malouin, coroner en chef adjoint du Québec

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Ce dernier admet cependant que ces enquêtes sont toujours plus complexes. Parce qu'on n'a plus de corps. On ne peut pas faire d'autopsie, de toxico, il n’y a aucune expertise possible, explique-t-il.

Le Bureau du coroner estime qu’environ 1000 décès par année ne lui sont pas signalés alors qu’ils auraient dû l’être. Depuis un an et demi, on est en train de mettre en place des mesures pour récupérer ces cas-là et les traiter , dit Me Malouin.

Tous les décès COVID aussi

Un seul coroner a été désigné pour traiter les cinq dossiers. Il s’agit de Me Sophie Régnière.

Au moins sept autres décès ont été portés à son attention à la suite d'une vérification faite par le CISSS de Chaudière-Appalaches, soit tous les résidents du Manoir Liverpool ayant succombé au virus lors de la première vague.

Il est important de préciser que le Bureau du coroner n’intervient pas systématiquement pour tous les décès liés à la COVID-19. À moins qu’il y ait suspicion de négligence, ces décès sont considérés d’origine naturelle.

Le seul autre milieu de vie pour aînés au Québec dont tous les décès survenus au printemps — sans exception — sont sous investigation, et confiés à un seul coroner, est le CHSLD Herron, dans la région de Montréal. Des dizaines de résidents y sont décédés en quelques semaines.

Le Manoir Liverpool et le CHSLD Herron sont deux des trois milieux de vie pour aînés qui ont dû céder leur gestion aux autorités publiques au printemps. Le troisième est le CHSLD de Sainte-Dorothée, à Laval.

La devanture du CHSLD Herron, à Dorval.

Des fleurs ont été déposées devant le CHSLD Herron, à Dorval, où des dizaines de résidents sont décédés ce printemps lors de la première vague de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La coroner en chef a d’ailleurs ordonné la tenue d’une enquête publique sur certains décès survenus dans les CHSLD, résidences privées pour aînés (RPA) et autres milieux d’hébergement pour personnes vulnérables ou en perte d’autonomie.

En plus des 51 décès survenus au CHSLD Herron, la coroner qui présidera l'enquête publique, Géhane Kamel, analysera des dossiers provenant d'autres milieux de vie pour aînés au Québec, lors de la première vague de la pandémie.

Selon nos informations, quelques cas provenant du Manoir Liverpool ont été soumis à cette enquête publique et l'un d'eux aurait été retenu. Les autres seront tout de même examinés.

Recours aux policiers

À la demande de la coroner Régnière, des policiers se sont présentés au Manoir Liverpool il y a quelques semaines pour saisir tous les dossiers des résidents concernés.

L’avocat des propriétaires du Manoir Liverpool, Me Jean-François Bertrand, a fait parvenir une lettre aux autorités policières qui, selon nos sources, remettait en question la saisie par des policiers.

Invité à commenter, Me Bertrand répond par courriel qu’il s’agit d’une simple demande d'information pour connaître les détails du processus qui avait été enclenché. Nous avons encore une fois réitéré notre entière collaboration aux autorités concernées, ajoute-t-il.

Me Jean-François Bertrand

Me Jean-François Bertrand, avocat.

Photo : Radio-Canada

Sans commenter le cas précis du Manoir Liverpool, Luc Malouin admet que cette façon de faire est plutôt rare dans ce genre de situation. Il explique qu’un coroner utilise généralement ce pouvoir quand on veut s'assurer d'avoir le dossier vraiment complet ou quand on n'a pas de collaboration par exemple.

Rapport d’enquête attendu

Le Manoir Liverpool a été le principal foyer d’éclosion de COVID-19 dans Chaudière-Appalaches lors de la première vague.

Après avoir cédé la gestion des lieux aux autorités publiques pendant plusieurs semaines, les propriétaires ont repris les rênes de la résidence , mais le CISSS de Chaudière-Appalaches assure toujours une étroite surveillance.

Les résultats de l’enquête interne sur la qualité des soins et des services offerts à la résidence, déclenchée à la suite de la diffusion du reportage de Radio-Canada, se font d’ailleurs toujours attendre.

Précision

Après avoir vu sa certification de RPA réexaminée, le Manoir Liverpool a conservé sa certification puisque les propriétaires se sont engagés à apporter des correctifs importants aux lacunes observées sur place par le CISSS de Beauce-Appalaches.

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