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L’expansion de Trans Mountain n’est plus nécessaire, disent des chercheurs

L’idée de pouvoir financer une transition écologique avec des retombées du pipeline est un leurre, croit un économiste.

Des travailleurs sur le chantier du pipeline Trans Mountain.

Des travailleurs sur le chantier du pipeline Trans Mountain.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Le projet d’expansion du pipeline Trans Mountain excédera les besoins et n’est plus nécessaire, soutient un rapport du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA).

Les prévisions qui ont mené à l’engagement de 12,6 milliards de dollars du gouvernement fédéral pour augmenter la capacité de l’oléoduc ne tiennent plus la route en 2020, conclut le géologue David Hughes dans l’étude publiée jeudi.

La capacité augmentée du pipeline excédera les besoins et ne donnera pas la majoration de prix espérée pour les producteurs canadiens, note le scientifique, qui compte des décennies de travail à la Commission géologique du Canada.

Une infrastructure qui n’est pas rentable

Si on va tout de même de l’avant avec le projet et qu’on le termine, on va être pris avec une infrastructure qui ne va pas être rentable et dont on va devoir subventionner l’existence, croit l’économiste et professeur à l’Institut des sciences de l’environnement et à l’UQAM, Éric Pineault.

Une partie des analyses du rapport publié par le CCPA provient de ses recherches.

Ce qui est clair, c’est que chaque tuyau qu’on ajoute coûte plus cher. On pourrait sauver de l’argent en arrêtant tout ça là.

Éric Pineault, économiste, professeur à l’Institut des sciences de l’environnement et à l’UQAM
Des tuyaux sur un chantier de Trans Mountain à Edson, en Alberta.

Les coûts de construction estimés du projet d’expansion de l’oléoduc sont passés de 7,4 milliards à 12,6 milliards de dollars au cours de la dernière année.

Photo : Radio-Canada / Terry Reith

Un leurre

En approuvant l’expansion de l'oléoduc Trans Mountain en 2019, le gouvernement fédéral a affirmé qu’il investira chaque dollar généré par ce projet dans la transition écologique du Canada.

Pour M. Pineault, l’idée que l’État pourrait financer la transition écologique avec des revenus qu'il pourrait tirer du pipeline est un leurre.

On aurait dû prendre cet argent-là et la mettre dans la transition [écologique] plutôt que de prendre ce détour un peu problématique.

Éric Pineault, économiste, professeur à l’Institut des sciences de l’environnement et à l’UQAM

Après l'achat de l'oléoduc, le gouvernement fédéral expliquait sa décision en citant notamment les avantages du projet pour les Canadiens. Selon le gouvernement, plus de 2000 travailleurs ont été embauchés et près de 5500 personnes devraient être mises à contribution au plus fort de la construction.

Ottawa espère tirer 46 milliards de dollars de l'exploitation de Trans Mountain et générer 73 milliards de dollars de revenus pour les producteurs pétroliers.

Le gouvernement fédéral et Trans Mountain n'ont pas encore répondu aux demandes d'entrevues.

Des chargements de tuyaux près de Kamloops avec le désert en arrière-plan.

La capacité doit être presque triplée entre Edmonton, en Alberta, et Burnaby, en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Kyle Bakx

Planifier une transition verte

Le rapport survient alors que des économistes et des experts demandent la réévaluation de la rentabilité du projet d’expansion de Trans Mountain.

Ce qui est clair, dit M. Pineault, c’est que le gouvernement doit s'asseoir avec les provinces qui dépendent de l’industrie des hydrocarbures et établir un plan de transition qui soutient ces provinces, et surtout les travailleurs, pour déplacer la base de ces industries.

Une telle manoeuvre ne survient pas en coupant simplement un pipeline, illustre-t-il, mais elle se planifie.

Tant qu’on est dans ce genre de projet de pipeline, on perpétue l’illusion que c’est un secteur d’avenir quand on sait que ce ne l’est pas.

Éric Pineault, économiste, professeur à l’Institut des sciences de l’environnement et à l’UQAM

Qu’un gouvernement mette de l’avant un projet qui va être à perte, ça se peut pour des raisons économiques, et c’est souvent nécessaire, reconnaît-il.

Mais on n'est pas devant un secteur qui a besoin d’un levier en termes de développement économique, on est dans un secteur qu’on doit, tranquillement fermer.

Vue aérienne du terminal de Burnaby

La Ville de Burnaby où est situé un terminal de Trans Mountain s'oppose depuis longtemps au projet d'agrandissement du pipeline. Il augmenterait de beaucoup la circulation de pétroliers dans les eaux de la municipalité.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

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Des pertes de 4 à 6 $ du baril

L’objectif de l’expansion de Trans Mountain est de s'assurer que nous avons des options [d’exportation], explique Richard Masson, du forum de l'industrie pétrolière et gazière World Petroleum Council.

Lorsque vous n'avez pas d'option, vous êtes à la merci de vos clients. Lorsque vous avez des options, vous pouvez envoyer votre pétrole là où vous obtiendrez une plus grande valeur, fait-il valoir.

Pour l’industrie des hydrocarbures, avoir l’option d’envoyer du pétrole du côté du Pacique, par rapport aux options actuelles, est intéressant, admet M. Pineault.

Or, l'étude révèle que ce réseau ne sera pas aussi occupé que ce à quoi l'industrie s’attendait.

Le rapport prévoit que les revenus tirés de chaque baril exporté vers l'Asie seront de 4 à 6 $ plus bas que ceux que l'industrie obtiendra du pétrole acheminé vers le marché américain.

Contrairement aux affirmations voulant que l’acheminement de pétrole lourd vers les zones côtières aux fins d’exportation vers l’Asie permette d’obtenir un prix supérieur à celui des marchés américains.

M. Masson soutient que le rapport se concentre sur l’Asie, alors que Trans Mountain cherche également à envoyer son pétrole sur la côte ouest des États-Unis et dans les raffineries californiennes équipées pour traiter le pétrole lourd.

Le rapport base ses conclusions sur les récentes prévisions de production, les expansions annoncées d’oléoducs existants, notamment d’Enbridge, l’augmentation des coûts et les prix du pétrole sur les marchés américains et asiatiques.

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