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Des clients sont assis sur une terrasse.

Des clients sont assis sur une terrasse de Bordeaux, en France, pendant que le président Emmanuel Macron annonce à la télévision un nouveau confinement.

Photo : AFP / PHILIPPE LOPEZ

Les sonnettes d’alarme ont été tirées depuis plusieurs mois, les mesures restrictives sont allées crescendo depuis la rentrée. Pourtant, la France est forcée de se reconfiner. La faute à qui? La question est sur plusieurs lèvres dans un pays qui oscille ce matin entre colère et désarroi.

Le souhait français était simple : il fallait apprendre à vivre avec le virus, selon l’expression employée par le président. Oui, nous serons prêts à affronter une deuxième vague, avait-il promis le 14 juillet.

Depuis le déconfinement, le gouvernement a assuré avoir tout mis en œuvre pour éviter par-dessus tout le reconfinement , qui serait catastrophique, aux yeux du premier ministre Jean Castex.

Il fallait éviter de remettre le pays à l’arrêt. Et pourtant, c’est ce qui se produira dès vendredi. Un choc pour bien des Français, convaincus d’avoir suivi les consignes.

Il faut dorénavant un coup de frein brutal, a expliqué Emmanuel Macron, parce que nous sommes submergés par l’accélération soudaine de l’épidémie.

Dans la bouche du président, le virus a pris de court les Français et bien des Européens. Même les prévisions les plus pessimistes n’auraient pas anticipé une telle flambée des contaminations.

Peut-être. Pourtant, bien des signaux étaient visibles depuis le mois de juin. Certains ont été ignorés. D’autres n’ont pas suscité de réactions assez vives.

La faute du gouvernement?

Jean Castex après une vidéoconférence avec le président et les maires au palais de l'Élysée à Paris.

Le premier ministre français Jean Castex (archives)

Photo : Getty Images / GONZALO FUENTES

Selon bien des Français et des partis d’opposition, les autorités détiennent une grande part de responsabilité pour ce reconfinement. C’est de l’imprévoyance absolue, ont critiqué certains, d’autres y voient une absence de stratégie cohérente dès la fin du premier confinement.

Chef de service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon de Paris, Gilles Pialoux assigne deux blâmes au gouvernement. Deux raisons pour lesquelles on a complètement perdu le contrôle du virus, et sa circulation, ce qui est hallucinant.

D’abord, une stratégie de dépistage toujours déficiente, mal ciblée et mal comprise. En septembre, les délais trop longs ont miné la pertinence du dépistage et saboté les efforts pour briser les chaînes de contamination.

Puis, il y a la rentrée de septembre mal anticipée, aux yeux du spécialiste, qui parle de probable erreur politique. C’est avec le retour des Français en classe et au travail, dans les métros et les restaurants que le nombre de contaminations s’est envolé.

Les universitaires sont retournés en classe dans des auditoriums bondés, les travailleurs, dans des bus et des métros souvent très pleins. Fin août, les messages du gouvernement sont demeurés flous, les consignes peu strictes. Le télétravail n’était qu’une suggestion.

En septembre, les premiers tours de vis ont été mal reçus, notamment à Marseille. Une réaction qui semble avoir refroidi les volontés du gouvernement à imposer davantage de restrictions.

Tout au long de cette crise, le gouvernement a hésité entre protéger la santé et préserver l’économie. C’est toute la difficulté de vouloir vivre avec le virus.

La faute des Français?

Tableau statistiqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Si les Français portent le masque en public dans une proportion importante, ils sont beaucoup moins nombreux à éviter les regroupements et les réunions en face-à-face.

Photo : Radio-Canada

Les Français ont aussi leurs torts. Dans les derniers mois, ils sont nombreux à avoir baissé la garde (et le masque). À cet égard, les données de Santé publique France sont bien claires.

Depuis la fin du confinement, les poignées de mains se sont échangées plus souvent, les bises ont refait leur apparition dans les rencontres.

Les Français se sont regroupés et, souvent, à moins d’un mètre les uns des autres. Parfois au restaurant, à des tables trop rapprochées, mais toujours très convoitées.

Des comportements peut-être prévisibles pour un peuple qui aime se rassembler, boire et manger en bonne compagnie et qui a été forcé de rester à la maison durant deux mois au printemps.

Les Français ont très fortement accepté de mettre un masque. Il n’est pas toujours porté correctement, mais il est là, malgré les complaintes initiales. Et il a peut-être permis de se sentir faussement en sécurité.

Même chose pour la jeunesse, souvent touchée de manière moins forte par la maladie, et qui a multiplié les fêtes et les rencontres ces derniers mois, faisant la sourde oreille aux avertissements.

De tels relâchements étaient déjà visibles à la fin juin, mais il n’a pas provoqué d’importants rebonds des contaminations. Il était alors facile d’en déduire – à tort – que la situation était maîtrisée, et la crise, derrière nous.

À la fin de l’été, les conseillers scientifiques du gouvernement s’inquiétaient de l’abandon des mesures barrières par de nombreux Français. Ils réclamaient déjà des mesures difficiles qui n’ont pas vraiment été prises à l’époque.

Les avertissements lancés aux Français ont été nombreux. Mais aussi les encouragements à continuer de vivre avec le virus. Des encouragements venant parfois des dirigeants français eux-mêmes...

La faute du coronavirus?

L'homme, derrière un comptoir, écoute un discours retransmis sur un téléviseur.

Cet employé d’un café de Marseille écoute le discours à la nation du président français Emmanuel Macron.

Photo : AFP / CHRISTOPHE SIMON

L’ennemi demeure aussi méconnu des scientifiques. Les dirigeants n’ont pas la tâche facile devant un adversaire invisible et très contagieux.

La soudaine flambée des cas semble avoir pris bien des experts de court. Pas seulement en France et en Espagne, mais aussi dans des pays qui avaient mieux géré la première vague, comme l’Allemagne et la Suisse.

On est en train de voir que la température un peu fraîche favorise la retransmission, explique le virologue Bruno Lina, aussi sur le Conseil scientifique français.

Une hypothèse qui n’explique pas tout, puisque la flambée observée en Espagne s’est produite alors qu’il faisait encore très chaud là-bas.

Peu importe, il serait trop facile pour les autorités de faire porter le blâme au virus.

Ce deuxième confinement doit surtout être perçu comme un échec collectif. Un échec qui, au vu de l’ampleur mondiale de cette deuxième vague, n’est pas que français, mais partagé par bien des nations.

Un échec qui souligne une incapacité à bien mesurer la menace et à expliquer clairement les problèmes.

Un échec qui souligne aussi une difficulté à demeurer vigilant durant de longs mois, à limiter nos contacts et à changer nos habitudes les plus chères.

Cette crise est un révélateur de ce que nous sommes, a dit le président Macron. Il pensait à la résilience et à l’unité de la société française, oubliant qu’elle révélait aussi certaines de ses faiblesses.

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