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Québec ne veut pas manquer le train des minéraux stratégiques

Utilisés dans la fabrication de batteries, d’appareils électroniques, ou encore, d’équipements médicaux, ces minéraux proviennent en grande partie d’Asie à l’heure actuelle.

Des cristaux transparents sur fond bleu

Des cristaux d'hydroxyde de lithium, un des matériaux utilisés pour les batteries.

Photo : Radio-Canada

Hugo Lavallée

Le gouvernement de François Legault investira 90 millions de dollars au cours des cinq prochaines années afin de stimuler l’exploitation et la transformation de minéraux critiques et stratégiques au Québec.

À terme, ce qu’on souhaite dans mon plan stratégique, c’est l’augmentation des investissements. Mais on veut des investissements à valeur ajoutée au Québec, pas un investissement où on vient exploiter un gisement pour l’extérieur. Exploiter un gisement, transformer [en créant de la] valeur ajoutée, et recycler, dit le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, en entrevue à Radio-Canada.

Jonatan Julien

Jonatan Julien, ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le gouvernement veut mieux cartographier les ressources dont dispose le Québec, promouvoir son potentiel minéral à l’échelle internationale et élaborer des outils de gestion environnementale. Il souhaite surtout appuyer la recherche et le développement dans l’extraction, la transformation et le recyclage des minéraux critiques et stratégiques.

Il ne faut pas voir les minéraux critiques et stratégiques comme une exploitation d’un gisement traditionnel. C’est sur toute la chaîne qu’on doit travailler. On ne doit pas oublier le gisement. Mais la grande valeur ajoutée pour le Québec, c’est la transformation et le recyclage, et la transformation, ça veut dire [faire appel à] une expertise de pointe. C’est notre force au Québec. On n’a pas la force du nombre, mais on a celle de l’expertise et c’est dans la transformation qu’on va y arriver, fait valoir le ministre Julien.

Exemples de minéraux critiques et stratégiques :

  • cobalt
  • lithium
  • graphite
  • niobium
  • titane
  • vanadium
  • éléments de terres rares


Source : ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles

Une demande en forte croissance

Au cours des prochaines années, la demande pour certains minéraux critiques et stratégiques quintuplera, selon des projections du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles. Cette dernière sera notamment alimentée par l’électrification de l’économie, promue par un grand nombre d’États dans leur plan de relance économique post-pandémie.

Évolution de la demande pour certains minéraux critiques et stratégiques d’ici 2050

  • Cobalt : +460 %
  • Lithium : +488 %
  • Graphite : +494 %


Source : ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles

Le gouvernement anticipe aussi une augmentation exponentielle du nombre de voitures électriques. À l’heure actuelle, environ 80 000 de ces véhicules circulent sur les routes du Québec, un nombre qui devrait atteindre le million d’ici 2030. La croissance devrait être du même ordre à l’échelle internationale.

Déjà, il faut penser à la manière dont on recyclera ces minéraux une fois ces voitures arrivées en fin de vie. Le recyclage du lithium, aujourd’hui, ce n’est pas si important que ça, mais c’est certain que ça va devenir majeur [...] Si on ne se positionne pas au Québec maintenant [...] on va manquer le train, quand le temps va être venu, où le marché va être plus mature, et ça va aller très vite, fait valoir le ministre.

Une batterie lithium-ion

Une batterie lithium-ion comme on en retrouve aujourd'hui dans de nombreux appareils électroniques.

Photo : AFP/Getty Images / AIZAR RALDES

Vers la fin d’une « certaine hypocrisie »?

Pour le moment, une bonne part des minéraux critiques et stratégiques utilisés en Amérique du Nord, comme les éléments de terres rares, proviennent d’Asie, où les conditions d’exploitation ne sont pas toujours optimales.

C’est un choix politique. Dans les années 1980, considérant les coûts environnementaux et sociaux associés à la production, la plupart des pays se sont désengagés de la production et la Chine a fait un choix politique d’investir massivement dans cette production, dit Thomas Pabst, professeur au Département des génies civil, géologique et des mines à Polytechnique Montréal.

Selon lui, le Québec, avec ses normes environnementales strictes, pourrait se démarquer sur la scène internationale. Jusqu’à présent, on a vécu dans une certaine hypocrisie par rapport à ces nouvelles technologies que l’on dit plus propres, moins polluantes : les voitures électriques, les éoliennes, les panneaux solaires... Mais derrière tout ça, cela nécessite ces fameux minéraux stratégiques qui, eux, sont, au moment de leur production, extrêmement polluants en fait. Donc, tout ce qu’on a fait en utilisant ces nouvelles technologies propres, c’est de délocaliser la pollution, fait valoir le professeur Pabst.

Une roche gris argenté

Du spodumène, principal minerai de lithium, en Abitibi

Photo : gracieuseté Sayona Mining

Des connaissances à acquérir

Pour Georges Beaudoin, professeur au Département de géologie et de génie géologique de l’Université Laval, le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles fait bien d’investir pour parfaire ses connaissances.

Le gouvernement fait des efforts de cartographie dans les régions nordiques, mais le territoire est très vaste et il y en a pour beaucoup d’années encore à atteindre un niveau de connaissance qui pourrait être comparable à celui qu’on a au sud du Québec, par exemple en Abitibi, fait-il valoir.

Il ajoute qu’il y a aussi beaucoup à apprendre sur le recyclage des minéraux, la chimie à l’origine de certains composés étant de plus en plus complexe. Les manufacturiers utilisent des procédés différents ou des assemblages différents, donc il y a beaucoup de variations dans la nature du matériel à recycler, ce qui complique beaucoup la chose.

Selon lui, il n’y a pas de temps à perdre : les outils technologiques évoluent rapidement et les minéraux nécessaires à leur fabrication changent. Il y a quelques années, les batteries au lithium, ce n’était pas la batterie de choix, mais la densité qu’on est capable de mettre dans ces batteries aujourd’hui fait que c’est le type le plus efficace pour transporter l’énergie. Mais il n’y a rien qui nous dit que quelqu’un ne va pas découvrir dans cinq ans une autre recette qui va être encore plus miraculeuse et peut-être qu’il n’y aura plus de besoin pour le lithium, conclut le professeur Beaudoin, soulignant que l’industrie minière répond à un besoin. Elle ne le crée pas.

À l’échelle du pays, des gisements de minéraux critiques et stratégiques ont notamment été découverts en Ontario et en Colombie-Britannique, mais ces provinces n’ont pas encore développé de politique leur étant spécifiquement dédiée.

Quelques applications des minéraux critiques et stratégiques :

  • batteries et stockage d’énergie
  • appareils électroniques
  • équipements médicaux
  • composantes aérospatiales

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