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« Pour que GNL Québec soit rentable, il faut miser sur l’échec de l’Accord de Paris »

Portrait de Sylvain Gaudreault.

Sylvain Gaudreault, député de Jonquière

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

L’investissement visant à créer un terminal de liquéfaction du gaz naturel à Saguenay est « un projet dont la mort est déjà annoncée », selon le député de Jonquière. En entrevue à Zone économie mercredi soir, Sylvain Gaudreault a déclaré que le projet Énergie Saguenay est un « éléphant blanc » que le gouvernement du Québec ne doit pas approuver.

Après avoir exprimé publiquement son opposition au projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel Énergie Saguenay de GNL Québec en 2019, le député Sylvain Gaudreault va déposer jeudi un mémoire dans le cadre des travaux du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) à propos ce sujet. Il est d’avis que le projet ne doit pas être approuvé par le gouvernement du Québec.

Dans un document de 26 pages portant sur les répercussions à prévoir d’Énergie Saguenay, il déplore, d’abord, que le travail du BAPE ne se concentre que sur l’usine et non sur l’ensemble du projet, de l’extraction du gaz dans l’ouest du pays au transport par gazoduc jusqu’à son exportation par navire.

La réglementation en cours au Canada sur les projets énergétiques qui traversent plusieurs provinces prévoit que l’analyse soit réalisée par la Régie canadienne de l’énergie, qui a pour mission de surveiller la construction, l’exploitation et la cessation d’exploitation des pipelines, des lignes interprovinciales et des lignes internationales, selon les termes exposés sur le site web de l’organisme.

Une fausse bonne solution écologique

Pour que GNL Québec soit rentable, il faut miser sur l’échec de l’Accord de Paris, écrit notamment Sylvain Gaudreault dans son mémoire.

Loin d’être une énergie de transition, le gaz naturel contribuerait plutôt à freiner les efforts de décarbonisation dans le monde en mettant sur le marché une autre énergie fossile et en occupant une place dans les réseaux électriques que pourraient prendre les énergies renouvelables.

Selon GNL Québec, le gaz naturel transporté et liquéfié au Saguenay permettrait de réduire les émissions de 28 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) par année. Rien n’est pourtant certain quant au potentiel de réduction réel de GES d’Énergie Saguenay, de l’avis de Sylvain Gaudreault, puisque GNL Québec n’a pas encore confirmé de contrats fermes.

Face à tant d’incertitudes, GNL Québec est incapable de garantir que son projet, sur l’ensemble de son cycle de vie, ne mènera pas à une augmentation nette de GES, croit Sylvain Gaudreault. Elle pourrait même fortement les augmenter. GNL Québec joue à la roulette russe avec le climat. À l’heure de l’urgence climatique, il est complètement irresponsable de prendre de tels risques.

Sylvain Gaudreault est d’avis qu’il serait illusoire de croire que le permis d’exploitation du terminal Énergie Saguenay serait renouvelé au-delà de 2050, étant donné la baisse attendue de la demande pour les énergies fossiles au cours des prochaines décennies.

Si le projet Énergie Saguenay voit le jour, le Saguenay–Lac-Saint-Jean pourrait être rapidement pris avec des infrastructures obsolètes qui laisseront à ses habitants et habitantes un lourd passif environnemental.

Sylvain Gaudreault, député de Jonquière

Il ajoute que dans l’histoire du développement d’une région, 24 ans c’est très court (de 2026 à 2050). L’industrie de l’aluminium est active au Saguenay–Lac-Saint-Jean depuis les années 1920, tandis que celle de la foresterie a mené ses premières opérations dès la deuxième moitié du XIXe siècle. L’avenir ne réserve pas à Énergie Saguenay cette même longévité, ce qui limite grandement son effet structurant potentiel pour la région, comparativement aux deux autres.

Un marché en déclin

L’investissement total de 14 milliards de dollars dans l’ensemble du projet est un pari risqué, selon le député, puisque les prévisions de marché laissent entrevoir une baisse de la consommation de gaz naturel en Europe, un marché que vise GNL Québec.

Dans les économies avancées, écrit-il, la demande en gaz naturel devrait déjà avoir atteint son sommet, selon le Sustainable Development Scenario. La diminution de la demande et de la consommation de gaz naturel s’observerait donc dès les prochaines années.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, la consommation de gaz naturel en 2040 sera plus que 10 % en dessous des niveaux de 2019. Cette réalité du marché explique possiblement la décision, l’hiver dernier, de la société Berkshire Hathaway, fondée par le milliardaire Warren Buffett, de renoncer à investir dans GNL Québec.

On évoquait toutefois à l’époque les blocages ferroviaires au pays pour expliquer le retrait du fonds d’investissement. Le niveau d’incertitude pour de grands investisseurs était alors jugé comme étant trop élevé.

Sur 45 grands projets d’exportation de gaz naturel liquéfié dans le monde, affirme Sylvain Gaudreault, 20 feraient actuellement face à des retards dus à des enjeux de financement. Andrew McDowell, vice-président de la Banque européenne d’investissement, a même affirmé à l’agence de presse Reuters, en 2020, que les investissements dans les terminaux de gaz naturel liquéfié deviennent de plus en plus risqués.

Ce serait faire preuve de pensée magique d’affirmer que cette situation pourrait radicalement changer. Le milieu financier se sensibilise rapidement aux demandes sociales et à l’importance de la cible de l’Accord de Paris, dont l’atteinte est incompatible avec des projets comme Énergie Saguenay.

La Commission d’enquête du BAPE dit avoir reçu un total de 2550 mémoires sur le projet Énergie Saguenay.

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