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Québec presse Ottawa de financer ensemble le projet Laurentia pour 180 M$

Gros plan du premier ministre du Québec, François Legault.

Le premier ministre du Québec, François Legault

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le gouvernement de François Legault s'impatiente à son tour envers le fédéral concernant le projet de terminal de conteneurs Laurentia, à Québec. Le premier ministre presse Ottawa de confirmer sa participation financière, alors que ses ministres réclament une réévaluation « dès que possible » du statut du bar rayé du Saint-Laurent.

Le Québec passe à l'offensive sur plusieurs fronts dans le dossier Laurentia.

Au terme d'une rencontre avec Mario Girard, PDG de l'Administration portuaire de Québec (APQ), le premier ministre a décoché une flèche vers le gouvernement Trudeau. À mots à peine voilés, François Legault a demandé au fédéral de s'engager financièrement.

Nous attendons une réponse du gouvernement fédéral depuis le 9 juin 2020, a-t-il écrit sur les réseaux sociaux mercredi après-midi. Le premier ministre faisait ainsi référence à l'engagement demandé à Ottawa pour boucler le budget du terminal de conteneurs projeté à la baie de Beauport.

Le premier ministre souhaite également que son homologue fédéral se prononce sur le projet lui-même.

1000 emplois

La facture totale du projet est évaluée à 775 millions. Dans son montage financier, l'APQ espère une participation de 180 millions de dollars de la part des gouvernements provincial et fédéral. Le reste serait assumé par des partenaires privés, dont le Canadien National et Hutchison Ports.

Dans ce même message publié mercredi, François Legault a pris soin de vanter le projet, lequel créerait 1000 emplois à plus de 60 000 $ par année à Québec. M. Legault nous a confirmé que ce projet correspond aux besoins économiques du Québec et qu’il s’inscrit dans la relance économique du Québec, a pour sa part affirmé Mario Girard.

Les doléances du premier ministre surviennent deux mois après celles du maire de Québec, Régis Labeaume, qui a lui aussi dénoncé la lenteur du fédéral à se prononcer sur le projet.

Le maire avait accusé les élus fédéraux de se cacher derrière les études environnementales et d'acceptabilité, lesquelles sont toujours en cours. Le processus d'évaluation est en marche depuis 2015 à l'Agence d'évaluation d'impacts du Canada. L'APQ dit y avoir investi plus de 12 millions de dollars jusqu'à maintenant.

Le bar rayé

La bataille du Québec est aussi engagée sur le front environnemental.

Les ministres Pierre Dufour (Forêts, Faune et Parcs) et Benoit Charette (Environnement et Lutte contre les changements climatiques) ont récemment interpellé le ministre fédéral de l'Environnement, Jonathan Wilkinson, au sujet du bar rayé.

En raison de son statut légal d'espèce en péril, le poisson est un obstacle aux visées de l'Administration portuaire dans la baie de Beauport, identifiée comme l'une des deux frayères pour la reproduction.

Un bar rayé.

Le bar rayé du Saint-Laurent est désigné espèce « en voie de disparition » selon la Loi sur les espèces en péril.

Photo : Pêches et Océans Canada/Meghan Wilson

Se basant sur des données produites par le Québec, les ministres soutiennent que la population de bars rayés du fleuve Saint-Laurent se porte bien. La province, disent-ils, a même cessé ses ensemencements en 2019 pour ne pas surcharger l'habitat.

La population est malgré tout considérée comme en voie de disparition en vertu de la Loi sur les espèces en péril, une loi fédérale. Ce statut s'accompagne de la désignation et de la protection de son habitat essentiel, qui inclut la baie de Beauport.

Québec croit qu'il est temps pour le fédéral de se mettre à jour. Nous vous demandons de procéder dès que possible à une réévaluation du statut du bar rayé du Saint-Laurent, exigent les élus québécois dans une lettre adressée à M. Wilkinson et dont Radio-Canada a obtenu copie.

Projet d'extension du terminal de conteneurs dans la baie de Beauport.

L'ajout de 610 mètres de ligne de quai du terminal est prévu dans la baie de Beauport.

Photo : Administration portuaire de Québec

Dans leur missive datée du 26 octobre, les représentants provinciaux soulignent les impacts du statut actuel du poisson sur des projets de développement économique importants, évoquant au passage le terminal de conteneurs Laurentia.

Québec prévient qu'il cessera de produire des avis fauniques ou d'acceptabilité tant que le fédéral n'aura pas réévalué la situation du bar rayé et qu'il ne tiendra pas compte des nouvelles observations sur son abondance dans le fleuve.

Les deux ministères cesseront de produire des analyses et des avis à l'égard du bar rayé du Saint-Laurent, pour de tels projets, tant que le statut n'aura pas été mis à jour à la Loi sur les espèces en péril.

Extrait de la lettre des ministres Pierre Dufour et Benoit Charette

Lent processus

Le changement de statut d'une espèce est un processus relativement long, d'autant plus que le cas du bar rayé du Saint-Laurent est complexe.

Pour la petite histoire, le bar rayé avait complètement disparu du fleuve Saint-Laurent durant les années 60. Il a été réintroduit en 2002 grâce à un programme d'ensemencements piloté par le ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs.

En parallèle, le Comité sur les espèces en péril au Canada (COSEPAC) a évalué son statut à trois reprises depuis sa réintroduction. Ce comité est chargé de fournir des recommandations au gouvernement fédéral, lequel doit ensuite en tenir compte pour dresser la liste des espèces protégées par la Loi sur les espèces en péril.

Voyant des signes soutenus de croissance de la population dans le fleuve ces dernières années, tout le monde s'attendait à ce que le statut du bar rayé du Saint-Laurent s'améliore. Mais lors de sa plus récente évaluation, en novembre 2019, le COSEPAC a plutôt corrigé une erreur du passé et a désigné la population comme étant disparue.

Des bars rayés.

Le bar rayé du Saint-Laurent cause des maux de tête aux scientifiques, au gouvernement et aux acteurs politiques.

Photo : iStock

Les scientifiques sont d'avis que la population réintroduite ne pouvait être considérée comme la population d'origine. En d'autres mots, les bars rayés qui nagent dans le fleuve appartiennent à une nouvelle population (sans statut) aux yeux du COSEPAC.

L'avis final du COSEPAC a été remis cet automne au ministre Jonathan Wilkinson. En septembre, Pêches et Océans Canada affirmait qu'il faudrait des mois de travail avant de trancher sur le sort du bar rayé du Saint-Laurent.

Le ministre [Wilkinson] publiera une déclaration sur le registre public des espèces en péril. Cette déclaration détaillera les activités qui seront menées pour documenter les recommandations reçues, expliquait un porte-parole du ministère fédéral.

Et en attendant la décision d'Ottawa, la Loi sur les espèces en péril continue de s'appliquer. Tant que ce processus n’est pas terminé, la population actuelle de bar rayé du fleuve Saint-Laurent continue d’être protégée.

Une réévaluation complète des populations de bars rayés au Canada est prévue par le COSEPAC en 2022, y compris pour la population réintroduite du fleuve Saint-Laurent.

Avec la collaboration d'Olivier Lemieux

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