•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Eau potable dans les communautés : le Canada en voie de manquer ses cibles

Une femme remplit un verre d'eau

La Première Nation Neskantaga, en Ontario, est sous un avis de faire bouillir l'eau depuis 1995 (archives).

Photo : Radio-Canada / Martine Laberge

Le gouvernement Trudeau fait du surplace dans la gestion de l'eau potable dans les communautés autochtones, montrent des données obtenues par Radio-Canada auprès de Services aux Autochtones Canada. À cinq mois de l'échéancier fixé par le gouvernement Trudeau pour éliminer tous les avis à long terme qui touchent des réserves, 60 avis restent en vigueur au pays.

Il s’agit d’une diminution d’un seul avis depuis février 2020, le gouvernement fédéral prévoyait de réduire leur nombre à 41 à la mi-année, puis à 11 à la fin de 2020.

En février dernier, selon les données du ministère des Affaires autochtones, il restait 61 communautés autochtones toujours aux prises avec un avis d’ébullition de l’eau d’une durée de plus de 9 mois sur son territoire.

Les plus récentes données affichées sur le site de Service aux Autochtones Canada sont celles du 15 février 2020, alors que le site était mis à jour mensuellement avant cette date. Contacté par Radio-Canada, le ministère fédéral a partagé les plus récentes données dont il dispose, qui montrent que le nombre d'avis à long terme qui touchent les communautés autochtones au pays est passé de 61 en février à 60 en octobre.

Il faut noter que, durant cette période, le gouvernement fédéral a quand même vu son nombre d’avis d’ébullition résolus augmenter de 8, passant à 96, ce qui signifie que 7 avis d’ébullition à long terme se sont ajoutés au décompte.

Un avis d'ébullition à long terme est comptabilisé lorsqu'un avis est en place depuis au moins 12 mois consécutifs. 

Les efforts du ministère d’implanter des infrastructures de traitement de l'eau potable n’ont pas toujours connu une progression linéaire depuis 2015.

Deux hommes de chaque côté d'une pancarte sur laquelle est écrit « S'il vous plaît, plus de promesses brisées, assez c'est assez. »

Les résidents de Neskantaga, une communauté autochtone du Nord de l'Ontario, sont aux prises avec un avis d'ébullition de l'eau depuis février 1995.

Photo : Avec la permission de Sol Mamakwa

En octobre 2019, le ministère avait abaissé le nombre d’avis à 56, mais quelques mois plus tard, il y avait 61 avis d’ébullition à long terme.

L’Ontario est la province qui compte le plus de ces avis : 44 des 60 avis au pays touchent un total de 26 communautés autochtones. Mais cinq communautés du Manitoba, huit de la Saskatchewan et trois de la Colombie-Britannique sont également touchées par de tels avis.

Mars 2021, un échéancier en péril?

Le gouvernement du Canada a fixé à mars 2021 la fin des avis à long terme sur la qualité de l'eau potable touchant les réserves pour porter à zéro le nombre d’avis d'ébullition à long terme dans les communautés autochtones.

Mais la pandémie de COVID-19, de l’aveu du ministère, pourrait avoir un impact encore insoupçonné sur les opérations d’infrastructures d’eau dans les communautés.

Un homme en complet devant des drapeaux.

Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Selon la porte-parole du bureau du ministre Marc Miller, il est encore trop tôt pour déterminer le plein impact de la COVID-19 sur les échéanciers reliés aux infrastructures pour l’eau potable.

Le ministère affirme que son travail est constant pour atteindre l'objectif du printemps, mais ajoute que le travail sur les infrastructures reliées à l’eau potable ne se concentre pas uniquement sur le court terme et ne prendra pas fin au printemps 2021.

La pandémie

Le bureau du ministre Miller évoque aussi le fait que certaines Premières Nations ont choisi de restreindre l'accès à leur communauté durant la pandémie de COVID-19.

Comme pour la plupart des compagnies et des organismes, la pandémie a certainement eu un effet sur les activités du ministère des Services aux Autochtones, croit le directeur général de l’organisme non gouvernemental Water First John Millar.

Il estime par ailleurs que la pandémie a probablement ajouté des défis de plus aux démarches du gouvernement.

Mais M. Millar ajoute que l’objectif du gouvernement fédéral était au départ très ambitieux.

Pour lui, de nombreuses communautés autochtones pourraient voir la qualité de leur eau se dégrader au cours des prochaines années.

Plusieurs communautés se retrouvent dans des situations précaires. Peut-être qu’aujourd’hui leur eau est potable, mais qu’hier elle ne l’était pas, explique-t-il.

Les avis d’ébullition liés au sort de l’environnement

Mais selon Jesse Cardinal, directrice générale de l’organisme autochtone Keepers of the Water, le gouvernement n’atteindra pas son objectif, en raison de la dégradation de la qualité de l’eau dans plusieurs communautés.

Ces événements vont continuer de se produire tant et aussi longtemps que le gouvernement ne prendra pas de mesures contre les changements climatiques et ce qui cause les changements climatiques, explique-t-elle.

Une affiche montrant un robinet barré

Cet avertissement est affiché dans toutes les salles de classe de l'école élémentaire de la Première Nation de Neskantaga, en Ontario, afin de rappeler aux élèves de ne pas boire l'eau du robinet.

Photo : CBC/Christina Jung

Elle explique que, pour de nombreuses communautés autochtones, la pollution des sources d’eau potable par les entreprises près des communautés est la cause de ces avis d’ébullition à long terme.

L’exploitation industrielle n’est pas à la baisse, elle est en augmentation, explique-t-elle, ajoutant que la pandémie a servi d’excuse pour augmenter l’exploitation industrielle.

Elle prend l’exemple de l’Alberta, qui a utilisé la COVID-19 comme excuse pour retirer les restrictions sur l’extraction du charbon et les sables bitumineux dans l’objectif de relancer l’économie.

Tant et aussi longtemps qu’il y aura une extraction extrême des ressources et l’utilisation de produits toxiques et dangereux, ces avis d’ébullition vont continuer de se produire, prétend-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !