•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le GNL, une source marginale d’énergie d’ici 30 ans, selon le CREDD

Un chercheur manipule du gaz naturel liquéfié dans un laboratoire.

Du gaz naturel liquéfié

Photo : GNL Québec

Le Conseil régional de l’environnement et du développement durable (CREDD) du Saguenay-Lac-Saint-Jean balaie du revers de la main le projet de construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel au port de Grande-Anse, à La Baie.

Son directeur général, Tommy Tremblay, a pris la parole devant les membres de la commission d’enquête du BAPE sur GNL Québec, mercredi après-midi. Il a employé plusieurs arguments pour expliquer pourquoi, selon son organisme, le projet ne tient pas la route.

Le CREDD note que l’introduction d’une nouvelle source d’énergie sur le marché entraîne généralement une augmentation de la consommation.

Ainsi, le gaz naturel mis en marché par le projet risque de s’ajouter à la consommation actuelle plutôt que de se substituer à celle déjà disponible, relève Tommy Tremblay.

Le directeur a aussi soulevé le fait qu’aucune clause contractuelle ne peut être ajoutée par GNL Québec pour garantir que ses clients utiliseront bel et bien le gaz naturel en remplacement du mazout ou du charbon.

Avec son projet Énergie Saguenay, l’entreprise souhaite utiliser du gaz naturel provenant de l’Alberta par gazoduc pour le liquéfier et l’exporter. Environ 11 000 tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) seraient acheminées à l’extérieur du pays par voie maritime à partir de méthaniers. Il est estimé qu’entre 160 et 210 navires s’ajouteraient à ceux qui circulent présentement sur le Saguenay et dans l’estuaire du Saint-Laurent.

Source marginale d’énergie

Tommy Tremblay a cité l’Agence internationale de l’énergie pour dire que la demande globale de gaz naturel devrait chuter considérablement au cours des prochaines années, pour devenir une source d’énergie marginale d’ici à 2050.

L’étude du projet Énergie Saguenay de façon morcelée par le BAPE, qui ne se penche actuellement que sur l’usine de liquéfaction et non sur le gazoduc, a été dénoncée à maintes reprises par les participants à la première portion des audiences, tenues en septembre, et par des intervenants qui ont déposé un mémoire depuis l’ouverture des audiences virtuelles lundi.

Le CREDD n’y fait pas exception et pour sa conseillère en environnement, Alexandra Dupéré, il s’agit là d’un non-sens puisque l’exclusion du pipeline des travaux de la commission d’enquête fait en sorte qu’il est impossible d’étudier Énergie Saguenay dans sa globalité.

Il n’est donc pas possible de retrouver un bilan complet des activités et infrastructures connexes, met en relief Alexandra Dupéré, qui s’inquiète aussi des impacts psychosociaux provoqués par un débat aussi polarisé. Ces contrecoups se font déjà sentir sur le terrain, dit-elle, tant sur le plan individuel que collectif.

À l’instar d’autres auteurs de mémoires, la conseillère a fait état des fuites fugitives liées à l’extraction du gaz naturel par fracturation hydraulique, volatiles et difficiles à mesurer, pour réfuter le caractère carboneutre d’Énergie Saguenay. GNL Québec a assuré à maintes reprises qu’elle souhaitait construire le complexe de liquéfaction le plus vert au monde et qu’elle entendait déployer des mesures de compensation pour les gaz à effet de serre générés.

Seul le complexe de liquéfaction de gaz naturel serait carboneutre, ce qui représente seulement moins de 2 % des émissions totales du cycle de vie du projet. De plus, comme le plan de compensation de réduction n’est pas encore défini, la carboneutralité du complexe demeure hypothétique, tranche Alexandra Dupéré.

Saint-Honoré appuie

Si, jusqu’ici, la majorité des quelque 70 mémoires présentés au BAPE l’ont été par des opposants au projet, ceux qui l’appuient font aussi entendre leur voix.

Maire de Saint-Honoré, Bruno Tremblay tient à Énergie Saguenay, un projet selon lui garant de retombées non négligeables pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La ville de 6000 habitants a adopté deux résolutions en faveur des grands projets industriels dans la région et Bruno Tremblay se targue de diriger la première municipalité de la région à avoir publiquement appuyé l’initiative de GNL Québec.

Les retombées économiques pourraient s’élever à 600 millions de dollars par année en période de construction et à 800 millions de dollars par année en phase d’opération. Ce n’est pas rien , dit-il.

Le magistrat croit que les recettes fiscales oscilleraient autour de 100 millions de dollars par année pendant les 4 années de construction et 110 millions de dollars annuellement par la suite.

L’économiste Gilles Bergeron, qui s’est exprimé à titre de citoyen, est venu affirmer qu’il est lui aussi pour le projet, notamment en raison du fait qu’il aurait un impact positif sur l’économie québécoise et sur les finances publiques. Il croit aussi que l’entreprise respectera les législations en vigueur pour compenser ses émissions de gaz à effet de serre.

Ce projet me semble tout à fait pertinent pour contribuer au développement de la région, a-t-il résumé, ajoutant qu’il aurait cependant préféré que des capitaux québécois soient utilisés pour le concrétiser, mais qu’il n’est pas du ressort du gouvernement d’investir des fonds.

Collectif

En début d’après-midi un collectif d’organismes opposés au projet a diffusé un communiqué dans lequel il souligne que les promoteurs d’Énergie Saguenay ne fournissent aucune analyse de l’offre mondiale de GNL dans leur étude de marché.

Parmi les groupes signataires, Nature Québec, la Coalition Fjord, Greenpeace, Eau Secours et la Fondation David Suzuki dénoncent, entre autres, le fait que GNL Québec n’offre, non plus, aucune garantie en cas de faillite ou d’abandon du projet. Les coûts financiers et climatiques sont, selon eux, beaucoup trop élevés pour qu’un tel complexe soit construit.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !