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La COVID, un « tsunami » pour les personnes souffrant d'alzheimer

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Pierre Perron assis sur son fauteuil.

Pierre Perron constate que l'évolution de la maladie s'accroit en raison de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Félix Morrissette-Beaulieu

Perte de stimulation cognitive, isolement prolongé et baisse de services : les conséquences de la pandémie déferlent sur les personnes atteintes d’alzheimer. C'est le cas du Dr Pierre Ferron, véritable sommité de la médecine, qui voit sa maladie progresser plus rapidement.

Pierre Ferron a reçu un diagnostic de la maladie d'Alzheimer, combinée à un trouble cérébrovasculaire, en 2019.

Pour le chirurgien à la retraite, renommé pour avoir inséré un implant cochléaire chez un enfant de 5 mois — une première mondiale —, le choc a été immense.

Le deuxième choc est venu plus tard, lorsque l'homme de 83 ans a dû interrompre toutes ses activités sociales à l'extérieur, en raison de la pandémie.

J'ai été coupé de certaines stimulations que j’avais avec la Société d’alzheimer. J’appartenais à un groupe. Il y avait beaucoup de stimulations, c’était extraordinaire. On a perdu ça à cause de la pandémie, témoigne le Dr Ferron.

Au début, le médecin retraité était réticent à participer à ce genre d’activité. Aujourd’hui, il s'en ennuie.

Je passais aussi une autre journée avec le centre Bonne Entente. Les stimulations qu'on avait là-bas, c'était fantastique, souligne le Dr Ferron, qui a aussi installé le premier implant cochléaire au Canada.

Résultat : plusieurs stimulations ont cessé d’exister, les pertes cognitives se sont accélérées.

J’ai eu l’impression que la maladie évoluait plus vite. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas juste la mémoire qui est attaquée. On se fatigue plus vite. Tous nos petits bobos deviennent plus gros.

Dr Pierre Ferron

Le Dr Ferron a bien beau avoir eu quelques rencontres sur Zoom, la stimulation n’est pas la même. C’est bien, mais ce n’est pas les rencontres là-bas.

Pierre Ferron et sa femme Francine jouent avec au scrabble.

La femme de Pierre Ferron, Francine, l'accompagne sept jours sur sept depuis le début de la deuxième vague.

Photo : Radio-Canada

Tsunami

Tsunami. C’est le terme qu’utilise la médecin en santé publique et professeure à l’Université McGill, Isabelle Vedel, pour décrire l’impact de la pandémie pour les personnes atteintes d’alzheimer.

Ce qu’on a appris, c’est que la COVID a un impact sur les personnes qui vivent avec la maladie d'Alzheimer ou d’autres maladies apparentées, ainsi que sur leurs aidants familiaux, indique la docteure.

Le Dr Vedel pointe particulièrement un autre angle mort de la pandémie: le taux de mortalité important chez les personnes souffrant d’alzheimer.

C’est que durant la première vague, la grande majorité des décès est survenue dans les CHSLD, rappelle la médecin.

Environ 80 % des résidents en CHSLD souffrent de troubles cognitifs et de maladie d’Alzheimer. On peut vraiment facilement imaginer que la grande majorité des décès sont des personnes qui ont la maladie d’Alzheimer ou des troubles cognitifs.

Dr Isabelle Vedel
Le Dr Pierre Ferron en salle de chirurgie (Archives)

Le Dr Pierre Ferron en salle de chirurgie (Archives)

Photo : Radio-Canada

Les proches aidants touchés

Si le Dr Ferron réussit à garder une certaine stimulation cognitive, c’est en raison, notamment, de sa femme Francine, qui constate les changements à son état de santé.

J'ai ressenti que son anxiété montait, il était vraiment à fleur de peau. Il n’était pas vraiment le même, explique-t-elle.

J'ai nettement vu que oui, il y avait une diminution au niveau de sa mémoire. Ça, ce n’est pas longtemps après, je dirais un mois plus tard, a poursuivi l'épouse du Dr Ferron, qui a constaté cette dégradation de l'état de son mari après le confinement.

Elle aussi a subi les conséquences de la pandémie.

Lorsque j’ai vu la deuxième vague arriver, c’est comme si le ciel m’était tombé sur la tête.

Francine, conjointe de Pierre Ferron

Elle n’a plus le répit d’avant puisque Pierre ne va plus à la Société d’alzheimer. C’est difficile pour moi. Je trouve que nous, les proches aidants, on nous a comme oubliés. On se sent comme abandonnés.

Son bénévolat avec moi, c’est 24 h par jour, illustre le Dr Ferron. Je suis bien entouré. C’est une aidante exceptionnelle. Je suis chanceux.

Ça prend quatre grandes qualités lorsque quelqu’un a cette maladie : la douceur, l’amour, la résilience et la patience, répond Francine.

Avec les informations de Nicole Germain

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