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Déménager en maison de retraite durant la pandémie

De nombreux aînés déménagent tout de même en maison de retraite en Ontario, malgré la pandémie

Les mains d'une personne âgée serrées par des mains plus jeunes.

La COVID-19 a changé l'opinion d’environ 60 pour cent des Canadiens sur leur intention de vivre dans un tel établissement, d'après un récent sondage.

Photo : iStock

Jean-Loup Doudard

Malgré le confinement de la première vague de la pandémie, de nombreux aînés ont déménagé dans des maisons de retraite et des foyers cette année. Un processus éprouvant, mais qui l’était déjà avant la COVID-19.

Germaine Girard, 95 ans, s’est frappé la tête en tombant chez elle le 20 mai 2019.

Emmenée d’urgence à l’hôpital de Cochrane, elle y demeure toujours près d’un an et demi plus tard. C’est qu’il n’y a plus de place dans les foyers de soins de longue durée de sa communauté.

Pourtant, des places se libèrent régulièrement, mais son cas n’est pas jugé suffisamment sévère pour la qualifier, indique sa fille, Denise Chartrand.

À chaque fois, elle attend, puis à chaque fois il y a quelqu’un d’autre qui rentre.

Denise Chartrand, mère de Germaine Girard

Alors que le confinement s’amorce en mars, Denise et ses frères se relaient pour héberger leur mère afin qu’elle ne soit pas cloîtrée des mois durant.

Germaine Girard et sa fille, Denise Chartrand.

Germaine Girard et sa fille, Denise Chartrand.

Photo : Courtoisie / Denise Chartrand

Mais une fois les restrictions relaxées, Germaine Girard retourne à l’hôpital, puisque le foyer est toujours plein.

Je n’aime pas la voir là, mais je ne peux pas en prendre soin. Elle a besoin de plus de soins que je pourrais lui donner, en fait d’hygiène et tout ça, dit Denise Chartrand.

La surcapacité dans les foyers n’est pas un phénomène nouveau. Même avant la pandémie, de nombreux foyers affichaient de longues listes d’attentes.

Ces listes se sont rallongées cette année, notamment en raison des protocoles sanitaires entourant les tournées dans les foyers et les maisons de retraite, indique Nicole Blais, directrice de Ghoshenite Seniors Services.

Une maison de retraite de Sudbury a une liste d'attente de 300 noms, dit-elle.

Son entreprise offre une gamme de services afin de faciliter la transition des personnes âgées et des aînés dans un nouveau mode de vie, qu’il s’agisse d’un centre de soins de longue durée ou d’un simple besoin de transport.

Nicole Blais consulte des documents assise à son bureau.

Nicole Blais accompagne les personnes âgées dans leurs démarches pour déménager dans une maison de retraite depuis plusieurs années.

Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

La nécessité d'avoir un diagnostic négatif à la COVID-19 et l'obligation de prendre rendez-vous pour aller visiter les maisons de retraite compliquent le travail de Nicole et ses employés, qui accompagnent bien des aînés et leurs familles dans ce processus.

Une chose qu’on dit, c’est que c’est bien d’aller faire ces tournées pendant que vous êtes encore capables et indépendants. N’attendez pas qu’il y ait une crise dans la maison.

Nicole Blais, directrice de Goshenite Seniors Services

Pourtant, la pandémie semble changer les attitudes des Canadiens quant à l’idée d’aller vivre dans une maison de retraite ou un foyer.

Les résultats d’un sondage mené en juillet par le National Institute of Aging (NIA) démontre que la COVID-19 a changé l'opinion d’environ 60 pour cent des Canadiens, et presque 70 pour cent des Canadiens âgés de 65 ans et plus, sur leur intention de vivre dans un tel établissement.

De plus, 91 pour cent des Canadiens de tous âges et presque la totalité des Canadiens de 65 ans et plus prévoient demeurer à la maison le plus longtemps possible, d’après le même sondage.

C’est une vraie prise de conscience pour les gens quant à ce qui se passe lorsqu’on devient moins mobile à un âge avancé, et les lacunes actuelles du système de soins de longue durée, dit Bonnie-Jeanne MacDonald, directrice de la recherche sur la sécurité financière pour le NIA.

Même si la pandémie a exposé ces réalités, Bonnie-Jeanne MacDonald craint que les aînés ne s’y préparent pas, financièrement parlant.

Nicole Blais fait écho à ces inquiétudes. Une grande partie de ses clients ne savent pas du tout comment s’y prendre pour amorcer cette transition dans leur vie.

Avez-vous un plan d’affaires si quelque chose arrive à Maman ou Papa ? Souvent, ils n’ont pas de plan d’affaires, dit-elle.

Pas toujours noir

Malgré tous ces défis, certains aînés ont pu changer leur mode de vie en douceur cette année.

C’est le cas de Rose-Hélène Génier, de Cochrane. Deux ans et demi après le décès de son mari, celle qui ne s’est jamais trouvée assez vieille pour vivre dans une maison de retraite à commencer à examiner ses options.

Tenir maison devenait difficile pour moi parce que je comptais sur l’aide de plusieurs personnes, dit-elle.

Rose-Hélène Génier sourit

Rose-Hélène Génier apprécie sa vie sociale à la résidence Cadence de Cochrane.

Photo : Facebook

Les maisons de retraite dans sa ville étant pleines, elle cherche à Timmins, puis à Sudbury. Finalement, c’est son premier choix qui la rappelle, la résidence Cadence de Cochrane.

En quelques jours, elle vend sa maison et déménage dans son nouvel appartement donnant sur le terrain de stationnement, d’où elle peut voir les gens passer et garer sa voiture. Elle y habite depuis début septembre.

La pandémie n’a en aucun cas joué dans sa décision, elle qui suit les protocoles de santé publique. Elle se sent en sécurité dans un établissement qui prend sa température deux fois par jour, et qui vient de fournir des vaccins contre la grippe à tous les résidents qui le veulent.

J’ai jamais été inquiète, je fais attention ! À ma connaissance, il n’y a pas eu [de cas de COVID-19] ici.

Rose-Hélène Génier, résidente de Cochrane

Bien que la perspective de déménager dans une maison de retraite peut effrayer, elle recommande à tous de tenter le coup.

Essayez, parce qu’on n’est pas dans une prison, on peut sortir quand on veut. On n’est pas dans une maison de soins de longue durée ici, dit-elle.

L'hôpital Lady Minto de Cochrane.

L'hôpital Lady Minto à Cochrane

Photo : Hôpital Lady Minto

À quatre coins de rue de là pourtant, Germaine Girard demeure toujours à l’hôpital 17 mois après son accident.

Elle est satisfaite de ses conditions de vie: sa fille lui rend visite presque tous les jours et elle peut participer aux activités du foyer attenant.

Mais Denise Chartrand ne trouve pas la situation satisfaisante : elle veut que le gouvernement provincial en fasse plus.

Je me demande toujours pourquoi le gouvernement ne bâtit pas des [foyers] plus grands, parce que c’est une grande nécessité à Cochrane, un grand besoin, dit-elle.

S’il y avait une vingtaine de lits de plus, ça serait rempli ou presque rempli, je suis sûre.

Avec les informations de Marie-Pierre Héroux et Sam Juric

Consultez notre dossier : Vieillir avec dignité

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