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Stucs naturels, de Symon Henry, finaliste du Prix de poésie 2020

Symon Henry tient des fleurs dans sa main.

Symon Henry est en lice pour le Prix de poésie Radio-Canada 2020.

Photo : Turgeon-Dalpé et Bijuriya

Radio-Canada

Symon Henry, aujourd'hui dans la mi-trentaine, a grandi à Saint-Laurent puis à Cartierville, des quartiers de Montréal qu'ille a fui à 20 ans pour la France et l'Allemagne. Aujourd'hui à Montréal, Symon Henry évolue comme artiste pigiste entre la musique de concert, la poésie et les arts visuels. Le fleuve est devenu le safe space qui est en filigrane de son travail créatif. « Ses sonorités, le vent qui le balaie, son intensité, ses glaces, sa mémoire — à la hauteur de Montréal, Baie-Saint-Paul, Rimouski ou Mont-Louis — me portent quotidiennement. »

Les opinions exprimées par les poètes ne reflètent pas nécessairement celles de Radio-Canada. Certaines personnes pourraient s'offenser du contenu des textes. Veuillez noter que certains textes s'adressent à un public averti.

Une version légèrement différente de ce texte paraîtra dans la revue Mœbius 166, Mais il ne suffit pas de se tenir debout sur l'autre rive du fleuve

stucs naturels

sachez ralentir le souffle
lisse
coulée de nectar aux commissures
notre ennemi·e nous aura
précédé·es

un tronc se froisse
vigilance : la lumière avant-goût
de vinaigres défaillants
vos temporalités s’allongent
haleine d’étoupe rance
bûchers festifs

vos ruines
nous invectivent

d’après
الاطلال - ام كلثوم
El Atlal (Les ruines) — Umm Kulthum




nous n’avons conservé de grand-mère Betty
dont on a oublié le prénom d’origine
       [Badi3a ? Attiat ? Teta ?]
qu’une machette particulièrement originale et efficace
dans toutes les situations quotidiennes de coupe 

comme quand les tapis cloués aux fenêtres pendant les bombardements nocturnes en Égypte

les lignages sont peut-être ailleurs
que dans les territoires




abwwâb, bûyout wa ward
des portes, des maisons et des roses

cheveux sur cuisses
une main enserre un fuit du cactus
entre nos peaux 

abwwâb, bûyout wa ward
des portes, des maisons et des roses

nous nous léchons les joues d’obédience :
la bonne nouvelle éclatera bien assez vite au grand jour




l’arbre poussé croche
khawal – tapette
 habillé·es en femme 
nous dansons notre ventre au monde
notre regard avant le leur

 tu es ma vie dont le matin a débuté avec ta lumière 
cantillonne l’amant·e




grand-mère Imelda détestait son prénom

elle disait  une chance qu’on s’a 
sans demander pourquoi son sofa motifs
parulines jaunes geais bleus
rembourré paille
était devenu notre refuge

 une chance qu’on s’a 
même si l’on ne sait rien des errances qui ont claustré la mère 
ni de celles qui l’ont emmenée à vouloir
se jeter dans le fleuve avec 
nous




le double temps les murs plafonds en stucco
se râper le front dessus les mains le torse
appuyer son dos enfoncer les piques

le sol trop lisse les feuilles vertes dehors les gens
s’embrassent à pleine bouche
nous les regardons de haut ce n’est que l’architecture

une fenêtre laisse passer des oies blanches

langue sur le stucco on frappe à la porte le prêt- 
à-manger
sur le sol
trajectoires
des chaises
je dessine des sons aux murs
je dessine des sons aux murs
ça crie je me
sens 
moins seul·e envahi·e de traces mon
crâne 
les repousse repousse
le sol repousse
le plancher appel
d’air donnez-moi de l’oxygène une notification un prochain souper à
planifier intubez
-moi 

ma peau ne m’appartient
pas je n’écrirai pas 
dans son gras je vieillirai 
d’un jour je respecterai 
les consignes je 
m’achèterai de la crème à mains pour pouvoir dire à ma 
psy que je prends soin de mon corps je
prends soin de mon corps je 
marche je
marche je fais des étirements je 
prends soin de mon corps je 
pourrai dire à ma psy j’ai 
des hauts des bas je prends soin de mon corps les murs se rapprochent je 
suis un·e bon·ne client·e je me fixe des objectifs je 
fixe une pointe je l’appuie sur mon front ma hanche 
j’appuie plus fort 
je prends une douche chaude trop chaude 
je ne laisse pas de traces sur ma peau ma 
peau vieillie d’un jour d’un autre jour ma 
peau qui ne m’appartient pas

danses outremer et or
émerveillement
feulements bouturés :
à nouveau l’envie 
servitude




souffles
larmes
sur 
le 
miroir
sternes ruines opaques 

résistances

jaillissons
nous 
migratoires


Découvrez les autres finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2020

Véritable tremplin pour les écrivaines et écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles (fictions) et poèmes inédits soumis au concours.

Vous aussi, vous écrivez? Participez à nos prix de création!

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