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Les tournants et rebondissements du référendum sur la souveraineté du Québec

Une pancarte du camp du oui et du camp du non sur un poteau sur un boulevard au centre-ville de Montréal.

Le 30 octobre 1995, le Québec tenait un deuxième référendum sur sa souveraineté.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y a 25 ans, les Québécois étaient convoqués à un deuxième référendum sur la souveraineté du Québec. À travers nos archives, revivez quelques moments clés de cette campagne référendaire effervescente.

Les prémisses de la campagne référendaire

L’entente tripartie

La date du référendum non plus que le libellé de la question ne sont encore connus, mais pour le reste, on peut presque dire que la campagne référendaire est lancée avec cette signature officielle de l'entente, annonce Bernard Derome au Téléjournal du 12 juin 1995.

Le projet de loi sur l’avenir du Québec prend forme alors que le premier ministre Jacques Parizeau forme une alliance avec Mario Dumont, chef de l’Action démocratique du Québec (ADQ), et Lucien Bouchard, qui dirige le Bloc québécois (BQ) sur la scène fédérale.

Cette entente tripartie leur assure un rôle important dans le comité du oui que Jacques Parizeau compte diriger lors de la future consultation populaire.

Réaliser la souveraineté du Québec au cours de l’année 1995, c’est un engagement que le Parti québécois (PQ) a pris lors de son élection l’année précédente.

L’option du non l’a emporté lors d’un premier référendum sur cette question en 1980.

L’échec de l'accord du lac Meech en 1990 et le rejet pancanadien de l'accord de Charlottetown en 1992 ont toutefois ravivé la ferveur des nationalistes québécois et préparé le terrain pour ce deuxième référendum.

Le préambule au projet de loi sur la souveraineté du Québec

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Téléjournal, 6 septembre 1995

Le 6 septembre 1995, à la veille d’annoncer la question référendaire, Jacques Parizeau réunit un millier de souverainistes au Grand Théâtre de Québec dans une cérémonie empreinte d’émotion.

Comme en témoigne ce reportage de Gilles Morin au Téléjournal, Gilles Vigneault et Marie Laberge y font la lecture solennelle d’un préambule au projet de loi sur la souveraineté.

Inspirée de la Constitution américaine, cette déclaration de souveraineté établit les valeurs fondamentales qui prévaudraient dans un Québec devenu pays.

Nous proclamons notre volonté de vivre dans une société de langue française.

La coauteure du préambule Marie Laberge

Affichez ce texte dans votre région, demande Jacques Parizeau aux partisans du oui, dans un endroit où un grand nombre de citoyennes et de citoyens pourront en prendre connaissance.

Au lendemain de sa lecture publique, le texte est déposé à l'Assemblée nationale avec le projet de loi sur la souveraineté et la question référendaire.

La question référendaire

La question à laquelle les Québécois doivent répondre lors du référendum de 1995.

La question du référendum de 1995 fixée par le PQ est adoptée à l'Assemblée nationale sans ajout ni amendement.

Photo : Radio-Canada

Un débat de 35 heures sur la question référendaire s’amorce le 11 septembre 1995. Le premier ministre Jacques Parizeau y annonce dans le même souffle la date fixée pour le référendum : 30 octobre 1995.

Le 20 septembre 1995, la question référendaire est adoptée l’Assemblée nationale sans ajout ni amendement à sa formulation initiale. Les deux chefs des partis clôturent ensuite le débat.

Voter non, affirme le premier ministre Jacques Parizeau, c'est mettre l'avenir des Québécois entre les mains de Jean Chrétien.

Voter oui, dit le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) Daniel Johnson, ne ferait qu'empirer la situation difficile que traversent les Québécois.

7 octobre 1995 : Renverser la vapeur avec Lucien Bouchard

La campagne référendaire est officiellement lancée le 1er octobre 1995.

Jacques Parizeau, qui dirige le du camp du oui, et Daniel Johnson, celui du non, adressent tour à tour un message télévisé aux Québécois et exposent leur plan de campagne.

Les souverainistes amorcent leur campagne référendaire en accusant un certain recul dans les sondages.

Une semaine plus tard, ils révisent ainsi leur stratégie.

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Téléjournal, 7 octobre 1995

On veut donner un nouveau souffle à la campagne en accordant une place centrale au chef du Bloc québécois Lucien Bouchard, annonce la présentatrice Michèle Viroly au Téléjournal du 7 octobre 1995.

Lors d’un rassemblement à Montréal, le premier ministre Jacques Parizeau déclare que Lucien Bouchard serait le négociateur en chef du Québec dans le cas d’une victoire du oui.

Les fédéralistes répètent qu’ils ne voudront jamais négocier, affirme le journaliste Gilles Morin dans ce reportage, mais la nomination du chef du BQ peut ajouter de la crédibilité au partenariat avec le Canada proposé par les souverainistes.

Le camp du oui fait le pari qu’avec son éloquence et sa popularité, Lucien Bouchard saura convertir les indécis et soulever les foules.

22 octobre 1995 : Une chaude lutte dans les sondages

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Référendum 1995, 22 octobre 1995

Vous dire à quel point c’est serré, vraiment, c’est extraordinaire, déclare Bernard Derome à l’émission spéciale Référendum 95 le 22 octobre 1995.

Les sondeurs comme les médias assistent à une campagne référendaire enlevante qui place le oui et le non au coude-à-coude dans les intentions de vote.

Vous pourriez monter une boîte de scénario de cinéma parallèlement à votre boîte de sondage, propose l’animateur à ses trois invités des maisons CROP, SOM et Léger & Léger.

Tous s’entendent pour dire que la joute est particulièrement excitante à la vue des derniers sondages de la semaine.

Ce qui est assez phénoménal actuellement, c’est que l'effet Bouchard permet de grignoter des votes supplémentaires qui étaient des votes du non, affirme Jean-Marc Léger, de la maison Léger & Léger.

Le directeur de la maison SOM abonde dans le même sens, bien que son sondage ait donné une légère avance au non.

C'est clair qu’il y a actuellement une remontée du oui semaine après semaine, sondage après sondage, soutient Gilles Therrien. On n’est pas certain encore qu'on a atteint le maximum.

On assiste à une campagne qui est très émotive et l'émotion a pris le pas sur la statistique, croit Jean-Marc Léger.

On peut avoir encore des surprises, déclare pour sa part le directeur de la maison CROP Claude Gauthier, qui s’inquiète de la marge d’erreur des sondages avec un si mince écart.

25 octobre 1995 : le premier ministre du Canada Jean Chrétien prend les ondes

À cinq jours du référendum sur la souveraineté du Québec, le premier ministre du Canada Jean Chrétien prononce un discours à la nation sur tous les réseaux de radio et de télévision à travers le pays.

C’est la première fois depuis le début de son mandat que le premier ministre Jean Chrétien s’adresse ainsi à tous les Canadiens, annonce d’entrée de jeu la présentatrice Michèle Viroly au Téléjournal du 25 octobre 1995.

C’est aussi la première fois qu'un premier ministre oblige tous les réseaux de télévision générale à diffuser son discours à la nation, souligne à son tour le journaliste Guy Gendron dans son reportage.

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Téléjournal, 25 octobre 1995

C’est un discours exceptionnel pour une situation exceptionnelle, explique le premier ministre du Canada dans son allocution.

Sur un ton sombre, il en appelle au cœur et à la raison des Québécois. Un oui mènerait à l’échec du rêve canadien et à la destruction d’un pays qui fait l’envie du monde entier, soutient-il.

Aux fédéralistes déçus qui seraient tentés de prendre leur revanche pour les échecs constitutionnels du passé, Jean Chrétien assure qu’il prend les choses en main.

J’ai aussi entendu la voix du changement qui s’élève du Québec et de partout, partout.

Le premier ministre Jean Chrétien

Au cours de cette journée, les premiers ministres des autres provinces multiplient aussi les appels au Québec pour voter non.

Invité à prendre les ondes à son tour dans un message préenregistré, Lucien Bouchard brandit pour sa part la une d’un journal qui rappelle la nuit des longs couteaux, un triste épisode de l’histoire canadienne.

Merci pour les alliances, nous les avons déjà goûtées

Le chef du BQ Lucien Bouchard
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Téléjournal, 25 octobre 1995

Le 25 octobre 1995 coïncide aussi avec le plus important ralliement de campagne dans le camp du oui, auquel assiste la journaliste Christine St-Pierre.

Près de 10 000 partisans du oui se rassemblent à l’auditorium de Verdun, à Montréal, pour écouter les chefs Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Mario Dumont.

Avec la tournure des événements, ils regardent aussi en direct l’allocution du premier ministre Jean Chrétien qu’ils huent abondamment.

Leur tour venu sur la scène de l’auditorium de Verdun, les leaders souverainistes ne manquent pas de faire référence au discours de Jean Chrétien, qu’ils jugent vide et sans engagement concret.

Même quand Jean Chrétien promet, il ne livre pas. Imaginez-vous quand il ne promet pas!

Le chef du BQ Lucien Bouchard

27 octobre 1995 : le love-in des fédéralistes

Le 27 octobre 1995, à 72 h du référendum, le camp du non organise un immense rassemblement en plein centre-ville de Montréal.

C’est le plus grand ralliement de la campagne référendaire et probablement le plus marquant.

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Téléjournal, 27 octobre 1995

Des milliers de Canadiens venus des quatre coins du pays sont venus demander aux Québécois de rester dans le Canada, explique la journaliste Louise Lafontaine.

Pour venir appuyer le camp du non à Montréal, ils ont voyagé à bord d’avions et d’autobus nolisés pour lesquels ils ont peu ou pas déboursé.

J'ai la fierté nationaliste et je veux que le Canada reste ensemble comme pays, exprime un jeune Torontois à bord d’un autobus du camp du non en route vers le Québec.

Certains travailleurs ont pris une journée à leurs frais pour se rendre à cette manifestation. D’autres ont profité d’un congé payé par leur entreprise.

Je pense que c'est tout à fait bien de la part de notre employeur de nous permettre de participer, soutient un partisan du non. C'est quand même un événement assez important. C'est un point décisif dans l'histoire.

Des Québécois et des Montréalais rejoignent sur l’heure du midi la foule joyeuse qui brandit des drapeaux du Canada, du Québec et des différentes provinces.

Sur la place du Canada, les chefs fédéralistes Jean Chrétien, Daniel Johnson et Jean Charest prononcent des discours qui renvoient au message d’unité canadienne.

Nos adversaires disent que le reste du Canada vous rejette, déclare le chef du Parti progressiste-conservateur Jean Charest. Voilà devant eux aujourd'hui la preuve qu'ils se trompent!

Je ne me suis jamais senti aussi fier aujourd'hui d'être Québécois et être aussi fier d'être Canadien. Vive le Québec. Vive le Canada!

Le premier ministre du Canada Jean Chrétien

Regardez ce qu'est la solidarité. Regardez ce qu'est l'amitié. Vous la voyez aujourd'hui, ici, à Montréal!

Le chef du PLQ Daniel Johnson

Le journaliste Guy Gendron interroge quelques passants qui ne participent pas au grand rassemblement et qui sont probablement ceux qu’il vise à influencer.

Ceux-ci ne semblent pas très touchés par cet ultime appel au cœur.

J'étais un non jusqu'à hier. Maintenant, je suis un oui, affirme un Montréalais pris dans une vive altercation avec des partisans du non. C'est épouvantable parce qu'ils n'ont pas le droit de nous dire quoi faire. On est chez nous ici!

30 octobre 1995 : L’heure du choix pour les Québécois

Le 30 octobre 1995, les Québécois fracassent tous les records de participation. 5 087 009 électeurs sont inscrits pour voter au deuxième référendum sur la souveraineté du Québec qui atteint un taux de participation de 93,52 %.

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Le choix, 30 octobre 1995

À la télévision de Radio-Canada, le chef d’antenne Bernard Derome pilote la soirée référendaire Le choix.

À 22 h 20, il annonce que si la tendance se maintient, c'est l'option du non qui remportera ce référendum.

Une majorité de Québécois, pour la deuxième fois en quinze ans, rejette l'idée que le Québec devienne un pays souverain et choisit que le Québec demeure dans le Canada.

Le chef d’antenne Bernard Derome

À droite de l’écran, on peut voir les partisans du non qui célèbrent au Métropolis.

Les troupes du non l'ont échappé belle, souligne Bernard Derome. C'est une victoire à l'arraché, mais une victoire quand même.

Le chef d’antenne offre comme première analyse l’idée qu’un grand nombre d’indécis se soient tournés vers l’option de la prudence, l’option du non.

Dans la portion droite de l’écran apparaissent les partisans du oui réunis au Palais des congrès. Silencieux, consternés. Certains versent une larme, d’autres se font l’accolade.

Il n’y a pas de mots pour décrire leur déception, la blessure qui leur est infligée, décrit Bernard Derome. Ils ont cru comme jamais dans les deux dernières semaines que le jour serait arrivé.

Plusieurs ont dit que le oui avait gagné la campagne référendaire, mais ils ont perdu la bataille.

Le chef d’antenne Bernard Derome

Le résultat du référendum de 1995 est très chaud : 50,58 % pour le non, contre 49,42 % pour le oui.

À 22 h 57, une fois le dépouillement terminé, les chefs souverainistes montent sur l’estrade du Palais des congrès pour saluer la foule.

D’abord Lucien Bouchard, qui remercie Mario Dumont dans son discours, puis Jacques Parizeau.

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Le choix, 30 octobre 1995

Mes amis, c'est raté, mais pas de beaucoup, lance le premier ministre Jacques Parizeau après avoir été accueilli par une ovation.

On a raté par une petite marge, quelques dizaines de milliers de voix. Dans un cas comme ça, qu'est-ce qu'on fait? On se crache dans les mains et on recommence!

Jacques Parizeau

Restons calmes mes amis. Résistons aux provocations, déclare le chef du camp du oui pour préparer ses partisans aux contrecoups de cette défaite.

C'est retardé un peu, pas longtemps, assure-t-il. On n’attendra pas quinze ans cette fois-là.

C'est vrai qu'on a été battus, au fond, par quoi? Par l'argent, puis des votes ethniques.

Jacques Parizeau

Au lendemain du référendum, deux sujets sont sur toutes les lèvres : le suspense incroyable de cette soirée référendaire et les propos controversés de Jacques Parizeau, qui démissionne de son poste de premier ministre.

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