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Témoignage : Matthew Raymond se croyait attaqué par des démons pendant la fusillade

Matthew Vincent Raymond sort d'un fourgon cellulaire vêtu de vêtements orange.

Matthew Raymond lors d'une comparution à Fredericton le 11 décembre 2018.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Radio-Canada

L’auteur de la fusillade de 2018 à Fredericton se croyait harcelé par des démons et a passé des heures à noter dans un cahier le temps qui passait, a-t-on entendu mercredi au procès de Matthew Raymond, qui témoignait pour une deuxième journée.

Sur un ton dénué d'émotion, Matthew Raymond a raconté mercredi après-midi avoir ouvert le feu au matin du 10 août 2018 parce qu'il se croyait attaqué par des démons, qu'il a décrits comme des entités possédant un ADN différent de celui des êtres humains.

Matthew Raymond, 50 ans, est accusé des meurtres au premier degré de Bobbie Lee Wright, Donnie Robichaud, Robb Costello et Sara Burns le 10 août 2018 au 237, promenade Brookside, à Fredericton au Nouveau-Brunswick.

L’accusé a admis avoir tué les quatre victimes. La défense essaie de prouver qu'il n’est pas criminellement responsable, pour cause de troubles mentaux.

Racontant mercredi après-midi sa version des événements du 10 août, Matthew Raymond a parlé d’une douzaine de démons autour de son appartement, et de sa conviction que d’autres allaient surgir.

J’ai cru que j’étais attaqué. J’ai vu un démon et j’ai tiré.

Matthew Raymond, lors de son témoignage le 28 octobre 2020

Il a raconté avoir vu certains de ces démons accroupis près d’une voiture, mais ne pas avoir ouvert le feu en une direction. Il a affirmé avoir tiré sur les démons qu’il voyait aux fenêtres des autres appartements, et a cru les avoir atteints.

Lorsque son avocat, Nathan Gorman, lui a demandé pourquoi il s’était mis à tirer, Matthew Raymond a rétorqué : Pour mettre fin à l’attaque, pour les tuer.

Il a déclaré qu'au moment de poser ces gestes, il ne croyait pas que ce qu'il était en train de faire était mal. Je devais me défendre, a-t-il dit au tribunal. J'étais seul et j'étais attaqué.

Démons et fin des temps

À son procès mercredi matin à Fredericton, Matthew Raymond a expliqué son état d’esprit dans la semaine précédant la fusillade. Il en était venu à croire que la fin des temps était sur le point d’arriver, a-t-il raconté.

Il en était convaincu, car il croyait qu’un de ses voisins, un homme qu’il a qualifié d’islamique, avait commandé à son jeune fils de le menacer.

Matthew Raymond a affirmé avoir entendu cet enfant lui dire Viens dehors pour jouer, bébé (Come out and play, baby) par la fenêtre de son appartement.

M. Raymond maintient que le garçon a prononcé ces paroles même si le père de l'enfant dit que celui-ci ne parlait pas anglais.

Après avoir entendu le garçon proférer cette soi-disant menace, Matthew Raymond a raconté s’être barricadé dans son appartement et avoir chargé ses armes à feu : une carabine semi-automatique Simonov SKS et un fusil de chasse à pompe de calibre 12.

Il a mentionné que dans les jours précédant le 10 août, il avait à deux reprises failli tirer sur deux hommes, mais ne l'avait pas fait.

Une arme semi-automatique et un fusil à pompe dans une boîte en bois.

Les armes de Matthew Raymond présentées à la Cour du Banc de la Reine, le 15 septembre 2020 à Fredericton au Nouveau-Brunswick.

Photo : CBC / Hadeel Ibrahim

Mercredi, M. Raymond a expliqué à la cour qu’il croyait que les gens qui habitaient le même immeuble résidentiel que lui étaient des démons envoyés pour le tuer. Il a affirmé avoir entendu des coups dans les murs et dans les portes.

Selon Matthew Raymond, les gens de son immeuble le menaçaient parce qu’ils avaient découvert qu’il avait manifesté en 2017 contre la motion 103 du gouvernement fédéral, une motion non juridiquement contraignante condamnant l’islamophobie et toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques.

En juin 2017, Matthew Raymond avait notamment manifesté devant l’Assemblée législative à Fredericton, portant une affiche d’homme-sandwich sur laquelle était écrit No sharia law (Non à la charia).

Son avocat, Nathan Gorman, lui a demandé pourquoi il pensait que cette manifestation dérangeait les démons.

À cause des lois qu’ils ont, la charia. J’ai pensé que les démons aimaient [la charia] et la voulaient, a-t-il répondu. L’accusé a affirmé qu’il y avait de bonnes chances que les musulmans étaient principalement des démons.

M. Raymond a aussi dit croire que son propriétaire était un démon qui était entré dans son appartement sans sa permission pour l’espionner.

L’accusé a aussi souligné qu’il pensait que sa propre mère était un démon.

Sur le lit de Matthew Raymond, des journaux avaient été retrouvés. Au marqueur noir, le mot canular est écrit sur deux d'entre eux, et les mots serpent homo sur un autre journal rapportant l'élection de Justin Trudeau au lendemain de l'élection fédérale de 2015.

Trois journaux sur un lit. Des mots sont écrits dessus au marqueur noir.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les journaux retrouvés sur le lit de Matthew Raymond après la fusilade d'août 2018.

Photo : Cour du Banc de la Reine, Nouveau-Brunswick

Matthew Raymond a expliqué que ces messages étaient censés faire comprendre aux démons qu’il était au courant de leurs manigances.

À plusieurs reprises, mercredi, Matthew Raymond a affirmé qu’il ne croyait maintenant plus à l’existence des démons.

L’avocat Nathan Gorham a aussi déposé en cour, mercredi, un cahier de notes trouvé dans l’appartement de l’accusé.

Une page d'un cahier remplie de mots et de chiffres qui ne semblent pas avoir de sens.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le cahier de notes appartenant à Matthew Raymond est l'un des éléments de preuve dans cette affaire.

Photo : Cour du Banc de la Reine, Nouveau-Brunswick

M. Raymond avait apparemment consacré plusieurs heures à la rédaction de ces notes les 6 et 7 août 2018. Par exemple, le 7 août au milieu de la nuit, il a rempli plusieurs pages sur lesquelles il avait noté l’heure par intervalles de quelques minutes.

À la barre des témoins, M. Raymond a dit ne pas se souvenir de la raison pour laquelle il avait pris toutes ces notes.

Je ne sais pas ce que ce charabia signifie, a-t-il déclaré. Ça m'est sorti de l'esprit. Je ne crois plus à cela maintenant.

Le procès doit se poursuivre jusqu’au 31 octobre.

D’après le reportage d’Hadeel Ibrahim, de CBC, et de La Presse canadienne

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