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Le rapport de la vérificatrice générale sur le F.-A.-Gauthier sera déposé aujourd'hui

Le traversier navigue sur le fleuve, devant l'Île d'Orléans. Un petit remorqueur est à ses côtés.

En décembre 2018, un bris majeur des propulseurs a forcé l’arrêt du F.-A.-Gauthier trois ans et demi seulement après son inauguration. (archives)

Photo : John Mcleod

L'audit particulier sur la gestion de la conception et de la construction du traversier F.-A.-Gauthier sera déposé jeudi à 11 heures à l'Assemblée nationale, à Québec. Un rapport fort attendu qui pourrait répondre aux nombreuses questions soulevées par l'émission Enquête en septembre 2019.

Même si le Parti québécois réclamait une telle enquête depuis des mois, ce n'est que le 13 septembre 2019, au lendemain du reportage de Radio-Canada que le gouvernement Legault a finalement demandé à la VGQ de se pencher sur les irrégularités lors de la construction du navire en Italie, au coût de 150 M$.

Selon nos informations, des enquêteurs ont rencontré les deux lanceurs d'alerte qui ont fait état des vices de construction du F.A.-Gauthier et du contrôle de qualité déficient.

Plusieurs autres témoins ont aussi été interrogés, mais le bureau de la VGQ refuse de dire combien.

Nous pouvons vous assurer que le Vérificateur général du Québec a eu accès à la documentation nécessaire pour mener à bien son audit, a mentionné la conseillère en communication du bureau de la VGQ, Andréane Lespérance.

Précisons que la VGQ dispose aussi du pouvoir de forcer un témoin à lui divulguer des documents dans le cadre de son travail.

Loi sur le vérificateur général du Québec

Le vérificateur général, ou le représentant qu’il désigne par écrit, peut, dans l’exercice de ses fonctions, interroger toute personne sous serment et l’obliger à produire tout document; il est investi, à cette fin, des pouvoirs et de l’immunité d’un commissaire nommé en vertu de la Loi sur les commissions d’enquête, sauf du pouvoir d’imposer une peine d’emprisonnement.

Source : Gouvernement du Québec

Attentes élevées

Le navire aux abords du quai de Baie-Comeau.

Le F.-A.-Gauthier a finalement pu recommencer à traverser le fleuve le 26 janvier 2020.

Photo : Radio-Canada

J'imagine qu'il sera question de négligence, d'incompétence, est-ce qu'il y aura de malversation? En tout cas, je m'attends d'avoir l'heure juste, mentionne le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier.

C'est clair qui je m'attends à un rapport qui va être cinglant.

Réjean Porlier, maire de Sept-Îles

Réjean Porlier croit que le rapport permettra de mettre en lumière la culture d'entreprise déficiente de la Société des traversiers, du moins, celle de l'époque. Ces gens-là ( les enquêteurs du bureau de la VFG ) ce sont des gens rigoureux qui vont au fond des choses et qui font des recommandations.

Pour sa part, le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé souhaite que le rapport puisse permettre de mieux comprendre ce qui s'est passé.

Trouver des responsables qui sont imputables, s'assurer que ça en se reproduise plus, mais surtout, assurer la desserte entre Matane et la Côte-Nord.

Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia et chef parlementaire du Parti québécois

La Société des traversiers du Québec (STQ) avait accueilli favorablementl'annonce de cette enquête il y a 13 mois et avait assuré son entière collaboration.

La STQ, qui refuse depuis ce moment de répondre aux questions des journalistes concernant le F.-A.-Gauthier, pourrait réagir après le dépôt du rapport. Le PDG Stéphane Lafaut devrait d'ailleurs être sur place, à l'Assemblée nationale.

Les trois hommes sont assis devant une caméra, dans la timonerie du F.A.-Gauthier, lors du tournage du reportage d'Enquête.

De gauche à droite : Gilles Gagné, qui était VP aux immobilisations, Stéphane Lafaut, PDG de la STQ et Benoît Cormier alors chef du bureau de projets lors de leur passage à l'émission Enquête.

Photo : Radio-Canada

Lorsqu'elle formait le deuxième parti d'opposition, en 2016, la Coalition Avenir Québec (CAQ) elle-même avait réclamé cette enquête de la vérificatrice générale. Le parti de François Legault avait déposé une motion en ce sens à l'Assemblée nationale.

Par contre, lors de son arrivée au pouvoir en 2018, la CAQ avait subitement changé d'avis, et ce, jusqu'aux divulgations d'Enquête, un an plus tard.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, qui a toujours fait porter le fardeau du F.-A.-Gauthier sur les gouvernements précédents convoquera lui aussi la presse après le dépôt de l'audit.

Quelques points à surveiller

L'invitation faite aux médias mentionne que l'audit portera sur la gestion de la conception et de la construction du traversier NM F.-A.-Gauthier. C'était d'ailleurs la suggestion du gouvernement.

Le bureau de la vérificatrice générale du Québec est toutefois indépendant et n'a pas à se soumettre à des commandes politiques. La VGQ a donc le loisir d'enquêter sur ce qu'elle veut, sans demander la permission.

Dans ce contexte, est-ce que le rapport se limitera à ce qui est décrit dans son titre?

Le navire Apollo sur le fleuve Saint-Laurent, en hiver.

L'Apollo avait été acheté par la STQ en janvier 2019, au coût de 2,1 millions de dollars, après que le F.-A.-Gauthier eut été cloué à quai en raison de problèmes de propulseurs.

Photo : Radio-Canada

L'achat sans inspection de l'Apollo, alors que la CAQ était au pouvoir, fera-t-il l'objet d'une section particulière?

Cette saga dans la saga a coûté 5,5 millions de dollars pour 17 jours de navigation.

On peut se demander aussi si la vérificatrice générale s'est intéressée à la gestion de la crise qui a suivi la mise au rancart du F.-A.-Gauthier pendant plus d'un an.

Gouvernance

Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé espère que les dirigeants de l'époque ont été rencontrés par les enquêteurs de l'État.

Il fait surtout allusion au PDG de la STQ lors de l'octroi du contrat, Georges Farrah, qui n'a jamais voulu s'exprimer publiquement sur le dossier, et au conseil d'administration de la Société.

Le conseil d'administration était informé certainement de comment ça se passait et on a pas entendu beaucoup ces administrateurs parler.

Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia à l'Assemblée nationale

Un membre du conseil d'administration de l'époque avait d'ailleurs mentionné à Radio-Canada que son rôle consistait surtout à souscrire aux décisions prises plus haut et que son pouvoir était à peu près nul.

Octroi du contrat

Selon un rapport dont Radio-Canada a obtenu copie, le chantier italien Fincantieri a été sélectionné par la STQ non pas parce qu'il s'agissait du plus bas soumissionnaire, mais parce que les autres offres avient été jugées non conformes.

Le chantier Fincantieri était donc le seul à avoir respecté l'appel d'offres, selon ce qu'on peut lire dans le rapport du vérificateur du processus de sélection, réalisé par l'ingénieur Denis Carette.

En 2012, le chantier naval Fincantieri de Castellamarre di Stabia a ainsi obtenu le contrat de construction du plus gros navire jamais construit pour la STQ, pour 148 M$, un rabais considérable car la STQ avait planifié une somme d'environ 220 millions de dollars pour la construction du traversier.

Or, l'inspecteur René Lebrun a vite remis en question la qualité des matériaux utilisés par le chantier italien. Il dit avoir constaté l'installation d'équipements complètement rouillés, par exemple des conduits de ventilation.

Ce que j'appréhende dans le futur, c'est une dégradation accélérée, avait-il mentionné à la journaliste Marie-Maude Denis.

Vices de construction

Le lanceur d'alerte René Lebrun avait également révélé à Enquête avoir observé des vices de construction. Il y a eu beaucoup de problèmes de soudure, de problèmes d’alignement des éléments de construction, d’opérations de sablage et de peinture, etc. , expliquait-il en entrevue.

Autre fait troublant : le pont principal du F.-A.-Gauthier n’était pas complètement soudé lors de la mise à l’eau. Deux architectes navals ont confirmé à Enquête qu’il s’agit là d’un risque pour l’intégrité du navire.

Contrôle de qualité

La STQ a fait confiance au contrôle de qualité interne du chantier Fincantieri ainsi qu’à la société de classification qui a certifié le navire. Seule une équipe réduite a donc été envoyée sur le terrain.

Pour moi, le plus important, c'est le manque de contrôle de qualité qui fait que certaines étapes ont été un peu vite, mentionnera pourtant le capitaine Martin Saint-Pierre, chargé de surveiller les travaux.

Il a aussi affirmé à Enquête que l’unique employé de Fincantieri attitré au contrôle de la qualité était plus que discret lors de la construction du navire.

Le rôle de Luc Martin, chargé de projet et homme de confiance de la STQ en Italie demeure aussi nébuleux. Soit le chargé de projet bloquait nos demandes, soit il les transmettait et elles n'étaient pas réalisées par Fincantieri, avait mentionné René Lebrun, qui dit avoir soulevé 450 avis de non-conformités alors qu'il était déployé au chantier naval italien.

Transparence

En plus de refuser de répondre à toutes questions concernant le F.-A.-Gauthier depuis le 13 septembre 2019, la STQ a aussi refusé de divulguer plusieurs documents aux journalistes.

Par exemple, l'équipe d'Enquête a tenté d’obtenir, sans succès, plusieurs documents concernant la construction du F.-A.-Gauthier en Italie. La STQ a fait valoir que ces documents appartiennent en partie au chantier naval Fincantieri.

La STQ a eu recours à 16 articles différents de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels pour justifier ses refus de transmettre des documents. L’un d’eux indique que la divulgation de l’information pourrait porter atteinte à la sécurité de l’État.

Comme mentionné plus haut, la vérificatrice générale dispose du pouvoir de contraindre la STQ à produire ces documents.

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