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Face au Sénat américain, les géants du web sortiront la carte de la liberté d'expression

Un montage de deux photos. Celle de gauche montre Mark Zuckerberg et celle de droite montre Jack Dorsey.

Mark Zuckerberg et Jack Dorsey, respectivement PDG de Facebook et PDG de Twitter

Photo : Getty Images

Agence France-Presse

Les patrons de Twitter, de Facebook et de Google s'accordent au moins sur un point : la loi sur l'immunité des réseaux, que nombre de personnes élues veulent réformer, ne protège pas que les plateformes, mais aussi les internautes, y compris les personnalités politiques et organisations qui s'en servent à loisir.

À la veille de leur audition au Sénat américain mercredi, ils ont défendu l’article 230 du Communications Decency Act, qui empêche les poursuites judiciaires liées aux contenus publiés par des tiers.

Cette loi est considérée comme la pierre angulaire de la liberté d'expression en ligne. Mais pour les membres du Sénat, qui ont convoqué les patrons, c'est surtout un moyen pour les plateformes de ne pas prendre leurs responsabilités.

L'article 230 encourage l'expression et permet aux plateformes de modérer les contenus, a souligné Mark Zuckerberg, le dirigeant de Facebook, dans le discours qu'il devrait lire devant la commission du Commerce.

Jack Dorsey assis devant un micro regarde vers la gauche avec un air préoccupé.

Le patron de Twitter, Jack Dorsey

Photo : Reuters / Jim Bourg

L'homme à la tête de Facebook plaide que sans cette loi, les plateformes censureraient plus de contenus pour ne pas prendre de risques d'être tenues responsables, et s'exposeraient à des poursuites pour avoir retiré des incitations à la haine ou à la violence.

Je ne pense pas que quiconque dans cette pièce ou le peuple américain veuille moins de liberté d'expression ou plus de harcèlement en ligne, note de son côté Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, dans son intervention.

Un contexte électoral mouvementé

Cet argument central s'inscrit dans un contexte de tensions à quelques jours des élections du 3 novembre. Les réseaux se voient largement reprocher, notamment à gauche, de ne pas suffisamment modérer les échanges sur leurs services et de laisser passer trop de contenus racistes, violents ou insultants.

À la droite, le camp républicain les accuse, sans preuve tangible, de favoriser le camp démocrate.

En juin, le gouvernement et des personnes élues se sont mobilisés pour traduire la colère de Donald Trump contre la Silicon Valley en une réforme de l’article 230.

Le sénateur républicain Roger Wicker, qui préside la commission du Commerce, a ainsi proposé une loi qui rognerait l'immunité des plateformes, forçant les plateformes à prouver le caractère raisonnable et objectif de leur décision quand elles retirent des contenus.

Les géants du web jugés négligents

Au moindre tweet marqué comme faux, Trump pleure comme un bébé, dit Hany Farid, spécialiste des plateformes à l'Université de Berkeley. Alors que les réseaux sont dominés par les voix conservatrices!

Ils devraient faire attention à ce qu'ils souhaitent, parce que sans l’article 230, tous ces enfoirés racistes, homophobes, xénophobes et islamophobes seraient virés de la plateforme.

Hany Farid

Ce chercheur, qui a témoigné au Congrès sur l’article 230, soutient une réforme de la loi, mais pour des raisons très différentes de la droite.

Sur YouTube (Google), 70 % des vidéos regardées sont recommandées. Donc ces plateformes sont des éditeurs, pas seulement des hébergeurs, puisqu'elles décident, avec leurs algorithmes, des contenus que vous voyez.

Hany Farid

Il reproche aux réseaux sociaux leur négligence, qui a entraîné selon lui des violences dans le monde réel, des massacres en Birmanie aux interférences dans les élections américaines et ailleurs en 2016.

L’article 230 protège, de fait, le statut d'hébergeur des réseaux, par opposition aux éditeurs que sont les médias.

Transparence réclamée

Facebook et Twitter assurent être favorables à plus de transparence sur leur processus de modération. Mark Zuckerberg a indiqué à plusieurs reprises qu'il était pour des régulations sur les contenus. Il va jusqu'à soutenir une mise à jour de l’article 230.

Jack Dorsey ne va pas si loin, et s'inquiète à l'idée qu'une réforme ne favorise les monopoles existants.

Dans certaines circonstances, des régulations à l'emporte-pièce peuvent renforcer les entreprises qui disposent de larges parts de marché et qui ont les ressources pour appliquer les nouvelles règles à grande échelle.

Jack Dorsey

L'argument pourrait faire mouche, au moment où Google, Facebook, Apple et Amazon sont accusés d'abus de position dominante.

C'est aussi le raisonnement de nombreuses personnes militantes, car l’article 230 protège également les forums et blogues des répercussions en cas de comportements répréhensibles des utilisateurs et utilisatrices.

Selon Shireen Mitchell, une des membres du Real Facebook Oversight Board (Véritable conseil de surveillance de Facebook), qui accuse la plateforme de ne pas lutter suffisamment contre les contenus problématiques, avant de changer l’article 230, il faudrait que les réseaux respectent leurs propres règlements.

S'ils appliquaient leurs propres règles, nous n'aurions pas la moitié de ces problèmes, estime-t-elle.

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