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Mauve est un verbe pour ma gorge, d’Anna Quinn, finaliste du Prix de poésie 2020

Anna Quinn a les yeux fermés et le menton déposé sur sa main.

Anna Quinn est en lice pour le Prix de poésie Radio-Canada 2020.

Photo : Anthony Paquet

Radio-Canada

Anna Quinn a 21 ans et est originaire de Québec. Elle poursuit actuellement des études en arts visuels et médiatiques à l’Université du Québec à Montréal. Selon elle, la poésie dépasse les mots; celle-ci se trouve dans la beauté des images, et même souvent dans la laideur. « Nous créons la poésie lorsque nous décidons de la voir », affirme-t-elle.

Les opinions exprimées par les auteurs et autrices ne reflètent pas nécessairement celles de Radio-Canada. Certaines personnes pourraient s'offenser du contenu des textes. Veuillez noter que certains textes s'adressent à un public averti.

Mauve est un verbe pour ma gorge

**

sais-tu depuis combien de temps
on s’évapore

voici une histoire en forme de
cercueil

il pleut de l’arsenic dans la chambre
s’embrasser ne dilue pas 
le poison

**

au commencement un nœud
mais il est invisible
j’ai lancé des mouettes dans ton regard
mes doigts te passaient au travers

tu as fait un tas avec le dehors
l’a laissé
sur le pas de la porte

ces plages entre nous
n’en finissaient plus de s’étendre

il était déjà trop tard pour la tendresse

**

devant le miroir tu te pratiques
à imiter les magiciens ceux
disparaissant à l’autre bout de la salle
pour revenir changés en pierre 

apprends-moi
à lire le braille dans ta voix 

à mesurer
l’étanchéité de tes doigts
ce qu’il faudra pour te transvider

complètement

**

les plus démunis savent
avec quelle douceur tu les achèves

rien à envier à personne
tu me découpes

une peau de clémentine déroulée one shot

mauve est un verbe pour ma gorge
j’imagine un champ de dahlias un
froissement de forêts

toutes particules suspendues
ce n’est pas exactement une
caresse

**

ton poing est un cure-dent
qui transperce le jour

dans la cour
quelqu’un a déterré quelques mauvaises
versions de nous

elles se regardent
en mâchant leurs organes l’une d’elles
chante

je suis une femme battue ce n’est pas
un poème c’est
une déclaration d’amour

**

s’évanouir entre le grille-pain et
le carrelage

le plafond joue au planétarium

d’ici je peux calculer
en kilomètres les merveilles nous séparant
de l’itinérance
je peux relier les supernovae entre elles

tracer le contour fictif de tes
serments :

tu m’as dit

on aura deux enfants un opéra un chien
une ferme du temps à mordre

c’est me mettre des cils temporaires
la neige pogne dedans
(je pense)

vas-tu aussi frapper
le temps

**

tête-épaules-genoux-orteils
dents-
ventre-jambes
cartographie de mes lésions

j’ai à la langue un présent
qui ne cessera
jamais de fondre nos épaules
portent des escaliers sans fin

quelqu’un le soir
imbibe les oreillers de chloroforme
pendant ce temps nous léchons l’asphalte
j’avoue

parfois je déclare grève générale
j’arrête de respirer

**

rien n’est écrit nulle part
surtout pas nous

une parenthèse dans
tes cheveux

je suis encore à Saint-Michel-de-Belchasse
sur la glace
où on tombait en riant
tu vois
la neige a fondu ma dépouille
baigne dans le fleuve

**

(ce silence
n’est pas un silence
mais un placenta au fond d’un lavabo trop
blanc)

**

plonger dans la gadoue de tes iris
déposer l’ancre en toi dépecer
tes larmes
tout cela m’évite l’égarement

tu chuchotes veux-tu jouer dehors avec moi
j’habiterai le calme suivant
la noyade
et le goût du miel qui vient avec

(quand tu pleures
j’ai l’impression que les outardes migrent)

**

ton déguisement d’homme
se fait frapper sur la 138
pendant que tu habites la chair d’un orignal
trouvé là-bas

qui de toi ou de l’orignal
a les meilleures chances de 
survie

qui de nous
se changera en coffre-fort

**

comme ton rire déboîte mon réel je
cherche sur toi la voie praticable

les lucioles de ta salive
s’en prennent à la supériorité de la lune
tu me dis la pauvreté
est belle sur toi 

je te voudrais partiel

comme l’atmosphère rapetisse
nous
rampons

il faudrait collecter les
résidus de lumière
s’accumulant dans tes paroles ce sont
des bourgeons redoutables

des couteaux capables de percer
la couche d’ozone

**


Découvrez les autres finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2020

Véritable tremplin pour les écrivaines et écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles (fictions) et poèmes inédits soumis au concours.

Vous aussi, vous écrivez? Participez à nos prix de création!

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