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Des travailleurs domestiques surchargés pendant la pandémie

Le nombre d'heures de travail de près de la moitié des travailleuses domestiques sondées a presque doublé depuis le début de la crise.

Une travailleuse domestique nettoie les vitres d'un appartement à Beyrouth.

Plus d'une travailleuse domestique sur trois a perdu son emploi de façon temporaire ou permanente à cause de la pandémie, selon le rapport.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Un nouveau rapport de Migrant Rights Network dénonce l'exploitation des travailleuses domestiques migrantes pendant la crise de la COVID-19. Plus de 200 d'entre elles, majoritairement des femmes racisées, racontent leur cauchemar des derniers mois.

Dans ce rapport intitulé Derrière les portes closes (Nouvelle fenêtre) (disponible en anglais seulement), ces femmes racontent leurs histoires d'abus : le travail quotidien sans interruption, des milliers de dollars en salaire impayé, des employeurs qui demandent de rester à la maison pendant des mois, des expulsions pendant la pandémie et les conséquences de la séparation avec leurs familles.

Nous parlons de femmes migrantes et racisées qui viennent au Canada avec un permis de travail limité de 24 mois pour travailler chez un employeur à domicile afin de s'occuper d'enfants, de personnes malades et de personnes âgées, précise le défenseur des droits des travailleurs migrants et directeur général de ​Migrant Workers Alliance for Change, Syed Hussan.

Pendant la COVID-19, [c'est] pratiquement 24 heures par jour, 7 jours sur 7. Les travailleurs sont incapables de se plaindre par crainte de perdre leur emploi, de compromettre leur demande de résidence permanente ou parce qu'ils sont liés à leur permis de travail.

Marlyn Lopez, ancienne travailleuse domestique de Toronto

Méthodologie

Au cours des deux derniers mois, 201 travailleuses migrantes ont répondu à un sondage sur leurs expériences de vie et de travail pendant la pandémie. Les répondantes sont de l'Ontario (141), de la Colombie-Britannique (40), de l'Alberta (14), ainsi que du Québec (3), du Manitoba (1) et du Nouveau-Brunswick (1). La plupart des répondantes ont continué à travailler pendant la pandémie, mais plusieurs ont perdu leur emploi.

Source : Rapport Behind Closed Doors: Exposing migrant care worker exploitation during COVID-19

Salaire impayé, coincée chez son patron

Près de la moitié des répondantes qui ont continué de travailler pendant la crise sanitaire affirment avoir fait de plus longues journées. Plus de 40 % d'entre elles disent ne pas avoir été payées pour leurs heures supplémentaires.

Avec les écoles fermées et nos employeurs travaillant à domicile, notre travail s'est énormément intensifié. Mais nous n'avons pas été payés pour toutes les heures supplémentaires que nous avons travaillées.

Extrait tiré du rapport

Plusieurs femmes qui ont affirmé ne pas avoir été payées convenablement pour leur travail. Certaines étaient payées pour 35 heures pour une semaine de 50 à 65 heures de travail, explique la coordonnatrice de ​Migrant Workers Alliance for Change, Karen Cocq.

Selon le rapport, cela représente en moyenne 226 $ en salaire impayé par semaine ou 6552 $ par travailleur au cours des six derniers mois.

Elles ont subi une exploitation extrême pendant la COVID-19. Elles travaillent presque tout le temps.

Karen Cocq

La COVID-19 a exacerbé l'exploitation de ces femmes migrantes, ajoute Karen Cocq.

La charge de travail s'est intensifiée, le contrôle des employeurs sur les travailleurs aussi, note le rapport.

Selon les témoignages recueillis, ces femmes ont été isolées et certaines séquestrées. Certains employeurs auraient refusé d'autoriser ces travailleuses à quitter leur domicile par peur qu'ils ne contractent le virus.

Un répondant sur trois (37,5 %) qui a continué à travailler dit ne pas être autorisé à quitter la maison, à prendre les transports en commun, à faire l'épicerie, à envoyer des fonds à leur famille ou à consulter un médecin pendant la pandémie.

Extrait tiré du rapport

Les employeurs étaient libres d'aller et venir, mais leurs employés ne l'étaient pas. Les travailleurs migrants, dont la très grande majorité sont des femmes [racisées], ont été coupés de leurs réseaux de soutien social et personnel, incapables même d'envoyer des fonds à des familles à l'étranger dans le besoin, peut-on lire dans le rapport.

Pour de nombreux travailleurs domestiques migrants, la perte de leur emploi est rapidement devenue synonyme de perte de logement.

Plus d'une employée sur trois a perdu son emploi de façon temporaire ou permanente à cause de la pandémie, selon le rapport.

Ces travailleuses migrantes ont fait une série de recommandations dans ce rapport, y compris la demande immédiate d'un statut d'immigration complet et permanent pour tous.

Cette mesure faciliterait la réunification familiale qu'ils souhaitent.

Le gouvernement fédéral doit immédiatement répondre à ce problème. La solution la plus efficace c'est la résidence permanente. Ça permet aux travailleuses de défendre leurs droits et de quitter un emploi qui serait abusif.

Karen Cocq, ​Migrant Workers Alliance for Change

Selon la coalition de défense des droits des travailleurs migrants, le Canada compte environ 25 000 travailleurs domestiques qui vivent presque tous chez leurs employeurs.

Ottawa lance des consultations pour les travailleurs agricoles

Le gouvernement fédéral a annoncé mardi le lancement de consultations pour améliorer la qualité de vie des travailleurs étrangers temporaires du secteur agricole.

Toutefois, cette initiative ne concerne pas les travailleurs domestiques pour l'instant.

Des employeurs, travailleurs et groupes de soutien aux travailleurs seront sondés.

Ces consultations se concentreront sur l’hébergement et les conditions de vie des travailleurs agricoles migrants, durement touchés par la COVID-19.

C’est absolument nécessaire de faire plus que consulter, dit Karen Cocq en réponse à l'annonce. Elle reconnaît que c'est une occasion de plus d'entendre les principaux concernés, mais elle rappelle qu'il faut immédiat résoudre le statut temporaire des travailleurs temporaires au pays.

Le gouvernement recueillera des commentaires et propositions sur les exigences en matière d’hébergement jusqu’au 22 décembre.

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