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Des examens reportés empêchent des milliers de médecins de compléter leurs résidences

Un médecin résident ausculte un enfant.

Un médecin résident ausculte un enfant.

Photo : iStock

L’annulation de deux séances d’examens menées par le Conseil médical du Canada soulève l’inquiétude chez de nombreux médecins.

Les résidents qui doivent réussir ce test pour obtenir un permis d’exercice complet se sont vu offrir des permis temporaires, et dans certaines circonstances, restreints.

La seconde partie de l’examen d’aptitude du Conseil médical du Canada (CMC) est normalement offerte deux fois par année. La session prévue au printemps dernier avait été annulée en raison de la pandémie de COVID-19. Jusqu’au tout dernier moment, le CMC a tenté de maintenir les séances d’examens prévues la semaine dernière.

Le conseil a finalement dû se résoudre à les annuler. L’annonce a été faite le 22 octobre, soit 2 jours avant la date prévue de l’évaluation. Un peu plus de 2000 médecins attendent de passer cet examen pour pouvoir poursuivre leur formation, ou leur parcours professionnel.

Nous avons retardé la décision d’annuler l’examen le plus longtemps possible, dans l’intérêt fondamental des candidats qui souhaitent passer l’examen.

Conseil médical du Canada, communiqué du 22 octobre 2020

L’association Médecins résidents du Canada (MRC) est satisfaite de l’annulation des séances d’automne. Selon la présidente du regroupement qui représente près de 6000 médecins résidents au pays, Esther Kim, la sécurité des résidents est l’absolue priorité.

La tenue de cet examen nécessite la proximité avec des évaluateurs dans des lieux fermés, le déplacement de centaines de résidents, parfois d’une province à l’autre, parfois de milieux plutôt sécuritaires vers des points chauds de la COVID-19, affirme la Dre Kim.

Égoportrait d'une femme masquée

Laura Finkelberg est résidente en psychiatrie à l’Université McMaster, à Hamilton, en Ontario.

Photo : Avec l'autorisation de Bob Hearn

Laura Finkelberg, résidente en psychiatrie à l’Université McMaster, affirme qu’elle craignait pour la santé de ses parents et de ses patients à l’idée de participer à cette évaluation. Elle s’inquiète toutefois de l’impact de ces reports sur la carrière de plusieurs de ses collègues.

Des permis d’exercice temporaires et restreints

Depuis l’annulation, au printemps, de la première mouture de ces examens, le Conseil médical du Canada s’est entendu avec les organismes responsables de l'octroi des permis dans chacune des provinces et chacun des territoires canadiens pour permettre aux médecins d’exercer dans l’intérim.

Ces organismes sont, par exemple, le Collège des médecins au Québec et l’Ordre des médecins et chirurgiens en Ontario.

Les permis délivrés dans ces circonstances sont toutefois temporaires, et souvent restreints.

Le Dr Arjun Chandra a par exemple effectué sa formation aux États-Unis. Il détient un permis d’exercer complet dans l’État de New York. Mais le permis temporaire qui lui a été octroyé après l’annulation de l’examen ne lui permet pas de lancer sa pratique de médecine familiale à Toronto comme il l'avait prévu.

Un homme portant des vêtements de sport regarde la caméra.

Le docteur Arjun Chandra travaille dans une clinique à temps partiel parce qu'il est incapable de trouver un superviseur.

Photo : Radio-Canada

Je pensais pouvoir faire cet examen et être autonome, maintenant je dois être supervisé au moins un an sans pouvoir prendre mes propres patients.

Dr Arjun Chandra

Le Dr Olivier Fortin, qui préside la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ), croit aussi que ces permis temporaires exercent un stress supplémentaire sur les médecins qui entament leur pratique dans l’incertitude.

Nous on trouve ça inacceptable qu’il y ait un stress qui continue sur ces médecins-là et qu’à un moment donné ils puissent se voir retirer leur permis affirme-t-il.

La présidente de Médecins résidents du Canada, Esther Kim, affirme être convaincue que les organismes provinciaux de délivrance des permis continueront de travailler avec les résidents pour leur permettre d’exercer en attendant de pouvoir réussir les examens.

Les régions éloignées et les communautés autochtones plus vulnérables

Mais en attendant que les résidents puissent passer leurs examens, la nécessité de superviser les résidents qui auraient pu devenir autonomes représente un fardeau pour le système, selon la docteure Michele Cohen.

La Dre Cohen, qui est aussi professeure à l’Université Queen’s, affirme que les communautés éloignées, et les communautés autochtones par exemple, ont un moins grand bassin de médecins expérimentés disponibles pour superviser des résidents.

Les communautés rurales vont probablement avoir plus de difficulté, et ce sont ces communautés qui ont besoin de nouveaux docteurs, de docteurs en général.

Dre Michele Cohen, médecin de famille

La pertinence de l’examen remise en question

Même avant la pandémie de COVID-19, la pertinence de cet examen en particulier était remise en question.

Le Dr Olivier Fortin souligne que l’examen a été mis en place il y a près de 3 décennies et que, depuis, les résidents sont évalués à de multiples reprises au cours de leur formation et de leur résidence.

Ces médecins-là ont fait 7 ans d’études universitaires, ils ont fait 3 ou 4 examens déjà et celui-là [...] il semble superflu, et c’est pour ça qu’il y a un mouvement canadien de remise en question.

Dr Olivier Fortin, président de la Fédération des médecins résidents du Québec

La Dre Guiliana Guarna est résidente en obstétrique à l’Université McMaster. Elle soutient que la deuxième partie de l'examen d'aptitude du Conseil médical du Canada (EACMC) évalue des connaissances générales en médecine qui, pour la plupart, ne serviront plus jamais dans sa carrière.

Plus je m’éloigne de mes cours de médecine et plus j’apprends dans ma spécialisation, plus le travail de révision sera complexe parce que j’oublie ces notions qui ne me servent pas dans le quotidien, affirme la Dre Guarna.

Le Conseil médical canadien affirme travailler à la mise en place de plateformes permettant de procéder à ces évaluations de manière virtuelle. Aucune date n’a encore été avancée.

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