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Comprendre le parcours de la baleine noire dans le golfe du Saint-Laurent

Une baleine et un baleineau dans l'océan.

La population de baleines noires, qui sont souvent victimes du trafic maritime et des activités de pêche, a baissé de 15 % en moins de 10 ans. (Archives)

Photo : Clearwater Marine Aquarium / Twitter

La troisième année complète d’observation aérienne permet de mieux prévoir la fréquentation des eaux du golfe par la baleine noire de l'Atlantique Nord, même si beaucoup de travail reste à faire pour comprendre les habitudes de ce grand cétacé.

La distribution des détections réalisées en 2020 par le programme de surveillance des baleines noires est semblable à celle observée en 2019 et 2018.

Le schéma se répète, constatent les chercheurs.

Les baleines sont d'ailleurs entrées dans le golfe environ aux mêmes dates ce printemps qu’en 2019, et ont par la suite suivi un parcours similaire.

Au début de la saison, les animaux sont détectés au nord-ouest des îles de la Madeleine. Aux mois de juin et de juillet, il va se former une concentration des observations dans la vallée de Shediac, précise Jean-François Gosselin, biologiste pour Pêches et Océans Canada à l’Institut Maurice-Lamontagne (IML).

Les baleines étaient donc encore nombreuses, cet été, entre le plateau madelinien et les côtes gaspésiennes.

Une carte qui montre où les baleines ont été aperçues.

Les baleines noires se déplacent constamment. Pêches et Océans diffuse une carte qui montre les observations aériennes. (Archives)

Photo : Capture d'écran - Pêches et Océan Canada

Au mois d'août, elles commencent à se disperser.

On observe plus d’animaux dans le nord-ouest du golfe, par exemple, à l’ouest et au nord d’Anticosti, sur le banc Parent. Il y a aussi plus d’observations à l’est des îles de la Madeleine et le long [de l'Île] du Cap-Breton. Puis en septembre, la densité qui était dans la vallée de Shediac semble avoir disparu, observe M. Gosselin.

Cette année, la recherche a été axée sur ces changements d’habitudes saisonnières de la baleine dans le sud du golfe. On voulait comprendre par où elles arrivent, où elles vont s’installer et, quand les animaux vont commencer à se disperser, par où ils vont partir pour retourner dans l’est des États-Unis, explique le chercheur de l’IML.

Les observations aériennes effectuées en septembre ont été corroborées par l’écoute sous-marine. Un hydrophone en place dans la vallée de Shediac a effectivement détecté moins de vocalisations à partir du début de l’automne.

Les animaux sont ainsi plus disséminés dans le golfe à l’automne.

Du 25 septembre au 5 octobre, il y a même eu des observations dans l’estuaire du Saint-Laurent. Au moins un individu, possiblement deux, ont été observés dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, indique M. Gosselin.

Ces observations sont plus rares dans l’estuaire, relève le chercheur, qui raconte tout de même avoir vu sa première baleine noire au large de Matane il y a environ une vingtaine d’années.

Un programme récent

Il est cependant un peu tôt pour établir un modèle stable de distribution de l’espèce dans le golfe, signale le biologiste.

Le territoire canadien où des observations de baleines franches ont déjà été effectuées s’étend sur un million de kilomètres carrés.

On cherche 400 individus dans 400 kilomètres carrés, c’est vraiment chercher des aiguilles dans une botte de foin.

Jean-François Gosselin, biologiste pour Pêches et Océans Canada à l’Institut Maurice-Lamontagne

Le chercheur rappelle que le programme de surveillance de la distribution et de l’abondance des baleines de l’Atlantique Nord dans les eaux du golfe est tout récent. Il a véritablement été lancé en août 2017, à la fin d’un été marqué par un nombre anormalement élevé de mortalités.

Vue aérienne de deux baleines noires.

Plusieurs baleines noires ont été aperçues dans le golfe du Saint-Laurent en 2018. (Archives)

Photo :  Pêches et Océans Canada

Les relevés aériens se concentrent surtout sur un territoire qui passe par la pointe de Forillon, le chenail laurentien et le plateau madelinien. Donc du sud du chenail laurentien jusqu’au détroit de Cabot, puis tout le sud du golfe sous cette ligne-là, précise le biologiste de l’IML.

Cette année, le plan était d’effectuer 11 relevés aériens systématiques comparativement à 5  dans les années précédentes. Le premier a été mené à partir du 25 avril, le dixième est en cours et l’équipe espère pouvoir en effectuer un dernier en novembre. Le programme se termine le 15 novembre.

Des hydrophones supplémentaires ont aussi été installés dans divers endroits du golfe, notamment près de l’île d’Anticosti, sur le banc des Américains près de la pointe de la péninsule gaspésienne, près des îles de la Madeleine et même au large de Mont-Louis, en Haute-Gaspésie.

Ces bouées dotées de capteurs sonores permettaient de repérer presque en temps réel les vocalises des baleines, affirme M. Gosselin.

Comme Transports Canada, Pêches et Océans les ont aussi utilisées pour appliquer des mesures de prévention comme la réduction de la vitesse des navires ou la fermeture de zones de pêche.

Combien de baleines noires dans le golfe cet été?

Des données doivent encore être traitées avant de dire s’il y a eu plus ou moins de baleines dans le sud du golfe en 2020 que par les années passées.

L’abondance des baleines est estimée selon le territoire parcouru. Si on estime qu’on couvre 10 % de l’aire de répartition, et si on a compté 10 baleines sur nos lignes, on estime qu’il y a 100 individus dans le sud du golfe, explique M. Gosselin.

C’est ainsi que Pêches et Océans évalue que le sud du golfe est fréquenté, dans le milieu de l’été, par environ 200 baleines noires, soit à peu près la moitié du troupeau de l’ouest de l’Atlantique Nord.

Le bilan 2020 sera disponible en décembre.

L'appareil vole à faible altitude.

Le Dash 7 de Transports Canada part en mission de localisation de mammifères marins dans le golfe du Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

D'autres recherches en cours, comme le suivi des baleines par émetteur satellitaire, permettront de mieux connaître, par exemple, leurs parcours et leurs temps de plongée, selon les saisons ou même les moments de la journée.

Ces éléments viendront affiner les modélisations de densité et de distribution des relevés aériens, et pourraient aider à prévenir les collisions ou les empêtrements.

Aucune mort de ces baleines n’a été signalée dans les eaux canadiennes en 2020.

Par contre, un total de 31 carcasses de baleines noires ont été repérées au large des côtes canadiennes et étasuniennes de 2017 à 2019. L’espèce a été classée cette année comme étant en danger critique par l’Union internationale de conservation de la nature.

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