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Chronique

Le Gala de l’ADISQ en péril… en 2021?

Un trophée doré en gros plan sur fond noir.

L’an prochain, qu’est-ce que l’industrie musicale célébrera?

Photo : Radio-Canada

L’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) célèbre cette semaine ses artisans et artisanes ainsi que ses artistes, qui en ont grandement besoin. Profitons-en, car le Gala de l’ADISQ est peut-être en péril. Celui de 2021, on s’entend…

Après le Gala de l’Industrie, diffusé sur le web lundi, on enchaîne avec Le Premier Gala de l'ADISQ, préenregistré et présenté sur Télé-Québec mercredi, et le Gala de l’ADISQ, à regarder en direct dimanche sur ICI Télé.

Il s'agit d'un sacré casse-tête pour les équipes de production en pleine pandémie, mais ironiquement, les œuvres célébrées sont presque toutes parues avant l’arrivée du coronavirus en raison de la méthode de sélection de l’ADISQ, qui se termine des mois avant la tenue des galas.

Les disques et spectacles en nomination ont vu le jour entre le 1er juin 2019 et le 31 mai 2020. Il est toutefois permis aux artistes ayant lancé un album après le deuxième lundi d’avril de l’inscrire au gala de l’année suivante.

Cette année, le portrait global des nominations est donc fidèle à la réalité en dépit de la pandémie. Toutefois, l’an prochain, qu’est-ce que l’industrie musicale célébrera?

Reports ou annulations

Depuis la mi-mars, les artistes ont dû reporter, déplacer ou annuler leurs tournées, ce qui représente des centaines de concerts. Auteurs, autrices, compositeurs, compositrices, interprètes, éclairagistes, spécialistes du son, etc. Tout le monde est à l’arrêt. Des pertes de revenus colossales pour les créateurs et les créatrices ainsi que pour les équipes techniques.

Des voitures sont devant une scène sur laquelle jouent des musiciens et des musiciennes.

L'Orchestre symphonique de Montréal s'est produit dans un endroit inhabituel : l'aéroport Montréal-Trudeau.

Photo : Antoine Saito

Il y a bien eu une poignée de spectacles extérieurs dans les cinéparcs durant l’été et quelques concerts en salle (avec un public de moins de 250 personnes) de la fin du mois d’août au 30 septembre, mais tout le monde l’a fait à perte. Personne n’a fait un sou avec des salles aux trois-quarts vides et la mise en place de mesures sanitaires.

L'idée qu’il n’y aura aucun concert en salle avec public d’ici le printemps prochain, c’est-à-dire jusqu’à la fin de la prochaine période de recensement de l’ADISQ, est loin d’être exclue. Si c’est le cas, je me répète : qu’est-ce qu’on célébrera l’an prochain?

Sûrement pas la catégorie de l'artiste ayant le plus rayonné hors Québec ou celle de l’artiste de la francophonie s’étant le plus illustré au Québec.

S’il n’a pas de concerts d’ici le printemps, les catégories de l’année telles que celles de l’agence de spectacles, de la conception d’éclairage et projections, de l'entreprise de promotion de spectacles, de l'équipe de diffusion de spectacles, de la mise en scène et scénographie, de la salle de spectacles, du script ou de la sonorisation de l'année, toutes célébrées lundi au Gala de l’Industrie, n’auront vraisemblablement pas droit de cité.

Pas plus que celles du spectacle de l'auteur-compositeur-interprète ou de l'auteure-compositrice-interprète, du spectacle de l'interprète, du spectacle anglophone, du spectacle dans une autre langue, et peut-être du spectacle d'humour. Ça fait beaucoup.

Les moyens de créer

La pandémie n’empêche pas les artistes de créer de la musique, mais encore faut-il avoir les moyens de le faire… La récente demande d’allègement réglementaire de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) faite auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) n’est pas une bonne nouvelle. Si elle est retenue, le financement canadien (Musicaction, Factor, Fonds des médias) essentiel aux artistes recevrait moins d’argent.

Qu’elle le soit ou non, combien de disques verront le jour d’ici le printemps? La production sera-t-elle moindre que par les années passées? L’inverse serait étonnant. Au point de menacer le gala? Probablement pas. Au point de menacer certaines catégories? Peut-être bien.

Philippe Rezzonico

Bien sûr, les artistes continueront d'emprunter l’avenue virtuelle et de donner des concerts en ligne payants sur les diverses plateformes de diffusion. Ces derniers sont essentiels pour eux et pour le moral des mélomanes qui sont en sevrage. Sauf que la majorité de ses événements sont uniques. Une histoire d’un soir, pourrait-on dire. Or, formalité, la réglementation de l’ADISQ stipule que les spectacles en nomination doivent avoir été présentés cinq fois, minimum.

Il y a aussi des règles équivalentes pour les catégories d’interprètes et pour celle du groupe ou duo de l’année. Pour être admissible, il faut avoir offert au moins 20 prestations. Combien d’artistes présenteront 20 concerts durant la pandémie? Moins que les doigts d’une seule main?

Refonte prévisible

Il semble évident que l’ADISQ devra recourir à son système de modifications à la réglementation. Chaque année, durant l’hiver, on ajuste et reformule des éléments des réglementations existantes. Cette année, par exemple, on a apporté des précisions quant au statut des artistes dans la catégorie de la révélation de l'année.

Tout cela est de la petite bière à côté de ce qui pourrait ressembler à une refonte majeure de la réglementation en vue de l’an prochain. Je noircis peut-être indûment le portrait en parlant d’un gala en péril. Cependant, entendons-nous, sans un retour en salle des artistes au cours des six prochains mois, le contenu du Gala de l’ADISQ 2021 sera modifié et le nombre de catégories de prix sera réduit, même si on ajoute celle de l'artiste s’étant le plus illustré durant le confinement…

Cela dit, je me préoccupe bien plus de la perspective globale que des contraintes de production ou de la refonte d’un cahier de charge.

La crise de la COVID-19 est en train de miner encore davantage des artistes qui étaient déjà fragiles bien avant l’arrivée de la pandémie. Nous sommes peut-être en train d’assister à une transformation radicale de notre écosystème musical, sinon à son effondrement.

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