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Des locataires dénoncent les pratiques discriminatoires de propriétaires à Moncton

Sophie Doucette.

Sophie Doucette est directrice générale du Lieu historique national du Monument-Lefebvre de Memramcook.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des règles discriminatoires mises en place par certains propriétaires de logements rendent encore plus difficile la recherche d'appartements à Moncton. Il s'agit d'un défi supplémentaire pour les locataires, qui doivent déjà payer le gros prix pour se loger.

La pénurie de logements abordables dans la région de Moncton, au Nouveau-Brunswick, frôle la crise. Des gens qui travaillent à temps plein n'arrivent pas à trouver un logement à prix raisonnable, et doivent parfois même ajouter un emploi à temps partiel pour pouvoir joindre les deux bouts.

Des appartements sans enfant

Les embûches ne se sont toutefois pas toutes financières. Une mère qui élève seule son enfant a essuyé de nombreux refus de propriétaires.

Sophie Doucette est la directrice générale du Lieu historique national du Monument-Lefebvre de Memramcook. Elle et sa fille ont perdu leur appartement lors d'un incendie sur la rue Gauvin le 19 septembre. Un mois plus tard, elle est toujours à l’hôtel.

Elle explique que beaucoup d'immeubles se décrivent comme étant pour adulte seulement ou bien pour personne plus âgée.

Ce qui est devenu le plus frustrant en fait, c’est quand il y avait des endroits qui refusaient les enfants, mais qui acceptaient les chiens. Ça, c’était très difficile à comprendre.

Sophie Doucette, mère d'une famille monoparentale de la classe moyenne du Nouveau-Brunswick

Sophie Doucette affirme comprendre un peu la logique de vouloir créer des espaces pour des communautés de personnes retraitées, mais souligne qu'il serait tout de même possible de créer un équilibre, pour qu’il n’y ait pas exclusivement que cela sur le marché.

Des pratiques discriminatoires

Mais le comble, selon elle, ce sont les informations personnelles que lui ont demandées des propriétaires, comme ceux de l'entreprise Killam Apartment.

Nationalité, numéro d'assurance sociale, situation familiale, salaire : il faut remplir un formulaire pour se retrouver sur la liste d’attente.

Selon Yves Goguen, professeur de droit de l'Université de Moncton, ce formulaire pose des questions discriminatoires et ne devrait pas être permis.

 Yves Goguen, professeur de droit de l'Université de Moncton

Yves Goguen, professeur de droit de l'Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada

À savoir si on va utiliser ce formulaire-là pour discriminer, ça, c’est une autre question. Mais tout simplement se poser la question, ça va trop loin, croit-il.

Plusieurs immeubles ont aussi des listes d'attente pour leur processus de sélection, mais difficile de savoir comment est géré ce processus.

Si j’ai un enfant, est-ce que ça veut dire que j’ai quatre points de moins que la personne qui est célibataire puis qui n’a pas d’enfants ? Celui qui fait un revenu plus haut que le mien a-t-il la priorité ?, se demande Sophie Doucette.

Elle aimerait acheter une maison dans un an ou deux. Le coût des loyers de locations augmente toujours, donc j’essaie de me retirer de ce scénario-là.

Le défi de trouver un logement

Après l'incendie, Sophie Doucette s'attendait à avoir de la difficulté à se trouver un nouveau logement.

J’étais consciente que j’allais difficilement pouvoir trouver quelque chose d'équivalent au même prix que je payais, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit une aussi grosse différence, dit-elle.

C'est inquiétant. Je me dis, je ne suis pas parmi la population la plus vulnérable. Comment des mères de famille monoparentales, qui travaillent au salaire minimum, et ont deux ou trois emplois font-elles pour joindre les deux bouts, quand moi j'y arrive difficilement avec une carrière professionnelle ?

Sophie Doucette, mère d'une famille monoparentale de la classe moyenne

Elle et sa fille de dix ans auront seulement un logement en décembre, qui coûtera 300 $ de plus par mois que ce qu'elle payait avant l'incendie. Le logement est pratiquement identique à celui de la rue Gauvin, selon elle.

Pour boucler son budget, la directrice du Monument-Lefebvre a pris un deuxième emploi à temps partiel.

À un moment, sa fille lui a fait remarquer qu’elle parlait toujours d'argent Je ne m'en étais même pas rendu compte que je l'exposais à mes craintes et mes soucis dans tout ça, se désole Sophie Doucette.

Nouvelle ligne directrice contre la discrimination

La Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick a rendu publique, mercredi, une nouvelle ligne directrice intitulée Les programmes spéciaux et la définition de l’équité et de la discrimination (Nouvelle fenêtre).

Elle dit encourager les employeurs et les fournisseurs de logements et de services à mettre en œuvre des programmes spéciaux afin de pousser la société vers un changement systémique. Les programmes spéciaux, explique-t-elle, donnent aux gouvernements et au secteur privé un mécanisme unique pour intégrer l’égalité réelle et la non-discrimination dans leur milieu de travail et leurs activités.

Dans son document, la Commission donne quelques exemples de programmes spéciaux en matière de logement, dont celui d’une coopérative d’habitation qui a établi un programme pour attribuer un nombre fixe de maisons à titre préférentiel aux membres de la communauté LGBTQ.

D’après le reportage de Jean-Philippe Hugues

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