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Biden, favori pour remporter la présidentielle américaine contre Trump, mais...

L'ironie est notable : une élection déterminante pour l'avenir des États-Unis oppose deux septuagénaires, Donald Trump et Joe Biden, deux politiciens, au-delà de cette similitude, à la personnalité et aux visions diamétralement opposées. Sur papier, le candidat démocrate est favorisé. Mais le scrutin de 2016 et les quatre années qui ont suivi ont montré que tout pouvait arriver. État des lieux.

Montage photo de Donald Trump et Joe Biden, l'air sérieux, tous les deux sur un fond noir

La campagne de Donald Trump est ciblée par des pirates iraniens, tandis que celle de Joe Biden est visée par des pirates chinois.

Photo : Montage – Saul Loeb/AFP et Tom Brenner/Getty Images

Le premier martèle un « choix entre un cauchemar socialiste et un rêve américain ». Se posant en rassembleur d'un pays divisé, le deuxième y voit une « bataille pour l'âme du pays ». Lequel des deux les Américains porteront-ils à la tête des États-Unis?

Près de 240 millions d'Américains sont appelés aux urnes pour décider s'ils accorderont un deuxième mandat au président Trump ou s'ils lui préféreront l’ancien vice-président de Barack Obama.

Les sondages sont encourageants pour le candidat démocrate. Mais les 78 000 voix qui ont privé Hillary Clinton des 46 grands électeurs des bastions démocrates du Michigan, du Wisconsin et de la Pennsylvanie en 2016 ont laissé les démocrates méfiants et traumatisés.

Quatre ans plus tard, l’outsider qui a cette fois-ci un bilan à défendre est un moteur du vote pour les deux camps. Plus de 70 % de ses partisans disent voter pour lui, et environ les deux tiers des électeurs pro-Biden citent d’abord leur opposition au président, selon le Pew Research Center.

La présidentielle est souvent un référendum sur le président, mais avec un président qui polarise, c'est encore plus vrai cette année.

Les gens focalisent sur Donald Trump en partie à cause de son style de gouvernance et du fait qu'il cherche à être le centre de l'attention chaque jour. Il est sur Twitter, il donne des entrevues. Les gens réagissent davantage à ses propos ou à ses actions.

Une citation de :Seth Masket, directeur du Center on American Politics de l'Université de Denver, au Colorado

Le taux d’approbation du travail du président est l’un des facteurs souvent utilisés pour prévoir l’issue de l’élection, indique Andra Gillespie, professeure associée de sciences politiques à l'Université Emory, en Georgie.

Sous la barre des 50 % dans les semaines précédant l’élection, le démocrate Jimmy Carter et le républicain George H. W. Bush ont tous deux été battus. Selon la moyenne pondérée compilée par le site d'analyse statistique FiveThirtyEight, Donald Trump, lui, recueille un taux d'approbation de 43,7 %.

En comparaison avec ses prédécesseurs, les appuis du 45e président américain restent tout aussi obstinément stables qu'incroyablement bas au cours de ses quatre ans de mandat.

L'évolution, du début à la fin de leur mandat, du taux d'approbation des présidents Truman, Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan, Bush père, Clinton, Bush fils, Obama et Trump.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'évolution du taux d'approbation du président Trump est très atypique, comme l'illustre ce graphique de la maison de sondage Gallup.

Photo : Gallup.com

Point focal de l'élection, sa gestion d'une pandémie qui continue de progresser. Cette dernière a jusqu'ici fait près de 230 000 victimes et plus de 9 millions de cas, et continue de peser sur une économie dont la reprise est inégale et fragile.

Selon FiveThirtyEight, 57,6 % des Américains désapprouvent la façon dont le président Trump, qui continue de minimiser les risques de la COVID-19 après en avoir été lui-même atteint, a géré la crise.

Ce n’est pas quelque chose d’abstrait pour les électeurs. Cela affecte chaque aspect de leur vie, cela détermine s’ils peuvent aller au travail ou à l'école, s'ils peuvent aller magasiner, aller au restaurant ou comment ils vont voter. Et c'est quelque chose qu'ils lient beaucoup au président Trump.

Une citation de :Seth Masket, politologue de l'Université de Denver

C’est l’un des arguments phares de Joe Biden, qui, lui, promet d’écouter les scientifiques et de protéger les Américains.

Ironiquement, le moment sert bien celui avec qui les démocrates ont conclu un mariage de raison, à l'histoire personnelle marquée par les tragédies. Le politicien de longue date a perdu sa femme et sa fille dans un accident automobile dans les années 1970, puis son fils, mort d’un cancer, il y a quelques années.

Il a de l’empathie, il est très doué pour établir des liens avec les personnes qui vivent une perte. Ce sont des compétences qui s'avèrent très importantes cette année, alors que tant de personnes sont confrontées à la maladie et à la mort. Cela offre en outre un contraste avec le président Trump, qui veut surtout que les gens passent à autre chose, fait valoir Seth Masket.

Des électorats qui vont faire la différence

En cette ère de polarisation, Andra Gillespie prévoit que chaque candidat recueillera une majorité écrasante des voix exprimées par les électeurs qui s'identifient à sa formation.

Au bout du compte, ce qui va compter, c'est surtout la participation des électeurs des deux partis dans les États importants du Collège électoral, explique-t-elle. Si les démocrates réussissent davantage à faire voter leur base électorale que les républicains, ils vont gagner. Et si les républicains font un meilleur travail, alors je m'attends à ce que Donald Trump gagne.

La bataille se livrera cette année dans 13 États clés, principalement dans le Midwest, dans la Pennsylvanie voisine et dans la Sun Belt, dans le sud du pays, où le président se retrouve à jouer en défensive dans une poignée d’États traditionnellement républicains.

Andra Gillespie souligne à quel point le profil de ces États importe.

Il n’y pas une élection demain. Il y a 50 élections différentes dans autant d’États. Et la démographie varie d’un État à l’autre.

Une citation de :Andra Gillespie, politologue de l'Université Emory

En 2016, Donald Trump a remporté de justesse trois États du mur bleu démocrate grâce à la défection de Blancs de la classe ouvrière.

Mais l'abstention d'une part importante de l'électorat afro-américain des grandes villes comme Philadelphie, Pittsburgh, Détroit et Milwaukee, sorti en grand nombre pour Barack Obama, a elle aussi joué contribué à lui livrer ces États, précise Andra Gillespie.

La politologue évoque les hispanophones d’États comme le Texas, l’Arizona et le Nevada ou encore les Afro-Américains en Georgie et en Caroline du Nord, des communautés qui appuient davantage les démocrates.

Tous ces électorats ont l’occasion de jouer un rôle central dans plusieurs États clés si la course est serrée. Leur participation pourrait être déterminante entre une victoire et une défaite.

Une citation de :Andra Gillespie, politologue de l'Université Emory

Si Joe Biden l’emporte, il devra probablement remercier les personnes de plus de 65 ans, dit Seth Masket, au sujet d’un groupe démographique qui a davantage voté républicain ces dernières années et a été l'un des socles électoraux de Donald Trump.

Conséquence probable de sa gestion de la pandémie, les sondages indiquent que les aînés appuient majoritairement son rival démocrate.

C’est bon signe pour Joe Biden, insiste Andra Gillespie, puisqu’ils forment le groupe dont le taux de participation est le plus élevé.

Le fait de réduire l’écart avec son adversaire dans des électorats qui lui sont acquis peut lui aussi s’avérer déterminant. À l’échelle nationale, si Joe Biden obtient plus de 40 % des votes des Blancs, il fera mieux que les candidats démocrates ne l'ont fait depuis très longtemps, et cela va probablement être de bon augure pour lui, spécifie Andra Gillespie, invoquant la direction des sondages.

La même chose pourrait être dite de Donald Trump, qui a pris des appuis aux démocrates dans l'électorat latino, particulièrement en Floride, où la communauté cubaine se montre sensible à son message antisocialiste.

L’ampleur des appuis féminins au candidat démocrate est aussi à surveiller : selon plusieurs sondages récents, le candidat démocrate devance le président sortant par plus de 20 points chez les femmes.

La banlieue, champ de bataille électoral

Une affiche de la campagne de Joe Biden en banlieue de Columbus

Une affiche de la campagne de Joe Biden en banlieue de Columbus, en Ohio

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Les électeurs sont de plus en plus répartis entre des villes démocrates et des zones rurales républicaines, indique Seth Masket.

Entre les deux, les banlieues, traditionnellement républicaines, sont à gagner. Mais le mouvement des banlieues vers les démocrates, déjà amorcé avant Donald Trump, semble s’accélérer.

Comme lors des élections de mi-mandat de 2018, les zones de combat électoral se tracent en périphérie des métropoles comme New York, Atlanta, Chicago ou Philadelphie.

Selon un sondage récent de PBS/NPR/Marist, Joe Biden mène avec 56 % des intentions de vote contre 42 % chez les électeurs probables en périphérie des grands centres urbains.

Hostile au président Trump, une part importante de cet électorat plus instruit et plus aisé – particulièrement des femmes – a tourné le dos à son parti il y a deux ans, un virage à l’origine de la conquête démocrate de la Chambre des représentants.

Espérant renverser la vapeur par son message de loi et d'ordre, au centre de sa campagne de réélection, Donald Trump agite le spectre d'une criminalité rampante si son rival était élu, insistant sur les débordements des manifestations contre la brutalité policière dans des villes comme Minneapolis, au Minnesota, Portland, en Oregon, Kenosha, au Wisconsin, ou Chicago, en Illinois.

Un manifestant à genoux devant des policiers en rang, un l'asperge de poivre.

Des agents fédéraux dans les rues de Portland lors d'une manifestation contre le racisme le 29 juillet.

Photo : AP / Marcio Jose Sanchez

Accusant Joe Biden de vouloir abolir les banlieues et détruire le mode de vie américain, il promet à celles qu’il appelle les femmes au foyer de retourner leurs maris au travail et vante sa décision de renverser une politique de l'ère Obama qui visait à favoriser l’accès des Noirs à la propriété.

Les femmes de banlieue devraient m'aimer plus que n'importe qui ici ce soir. Les femmes de banlieue, voudriez-vous m'aimer s'il vous plaît? J'ai sauvé vos foutus quartiers, d'accord? On a sauvé la banlieue aux États-Unis.

Une citation de :Donald Trump, au cours d’un rassemblement en Pennsylvanie

Donald Trump semble penser que les femmes des banlieues sont blanches, commente Andra Gillespie, mais leur diversité pourrait contribuer à expliquer qu’il ait perdu du terrain. En 30 ans, leur population blanche a chuté de 81 % à 68 %, selon une étude du Pew Research Center.

Il arrive qu'il pleuve à Los Angeles...

Joe Biden devance le président par 8,6 points de pourcentage à l’échelle nationale, selon la moyenne compilée par FiveThirtyEight, une avance qui s'est réduite dans les deux dernières semaines, mais qui reste confortable.

Des chiffres qui laissent peu de doute sur l’identité du gagnant du vote populaire, même en tenant compte de la marge d’erreur, s’entendent les experts.

La question est de savoir comment les appuis pour les deux candidats seront distribués dans les 50 États au sein du Collège électoral, souligne la politologue de l'Université de la Georgie.

Car la course qui importe, c'est celle aux 270 grands électeurs, qui se jouera dans les 13 États clés.

En 2016, Donald Trump a d'ailleurs remporté haut la main le Collège électoral, même si Hillary Clinton a recueilli près de trois millions de voix de plus. Seize ans plus tôt, le républicain George W. Bush était lui aussi devenu président en perdant le vote populaire.

Seth Masket rappelle que plusieurs indécis avaient ultimement tranché en faveur du candidat républicain dans les derniers jours de la campagne, mais ajoute qu’à une semaine du vote, Joe Biden jouit d’une avance plus nette que celle d'Hillary Clinton.

À ce point-ci, une victoire de Donald Trump serait très surprenante, estime le politologue. Est-ce impossible? Non, mais il faudrait que beaucoup de choses se passent bien pour lui à la dernière minute.

Une citation de :Seth Masket, politologue de l'Université de Denver

L’une des erreurs de 2016 a été de sous-estimer le vote des électeurs moins instruits, particulièrement les Blancs, une catégorie d’électeurs qui répond moins aux sondages, rappelle de son côté Andra Gillespie. La grande question est de savoir si cette population est échantillonnée et pondérée avec précision pour donner le véritable pouls de l'électorat.

Joe Biden mène cependant aussi dans les intentions de vote dans davantage d'États clés. Sa marge de manœuvre pour remporter le Collège électoral est plus grande que celle de son rival, souligne la politologue.

Il semble en bonne position pour maintenir les acquis démocrates de 2016, reconquérir au moins deux des bastions démocrates échappés par Hillary Clinton, peut-être les trois, et pourrait même étendre sa carte électorale.

Le président sortant défend des États qui n'auraient pas dû se trouver au centre de luttes âprement disputées, par exemple en Iowa ou en Ohio ou même en Arizona, en Georgie, en Caroline du Nord et au Texas, quatre États historiquement républicains.

Parmi les luttes les plus chaudes, il faut entre autres garder dans sa mire la Floride, que Donald Trump doit impérativement gagner, et la Pennsylvanie, qui pourrait se révéler décisive.

Selon FiveThirtyEight, dont le modèle se fonde sur des simulations découlant des sondages, la probabilité d'une présidence Biden atteint 89 %. Cela ne signifie pas une défaite assurée du président, insistent les experts du site.

Trump a une chance significative de remporter l'élection, selon nos prévisions – à peu près les mêmes que des probabilités de pluie dans le centre-ville de Los Angeles. Il arrive qu'il pleuve là-bas.

Une citation de :Extrait du site FiveThirtyEight

Plusieurs courses sont trop serrées pour être prédites, et il suffit d'une seule voix pour faire basculer tous les grands électeurs d'un État dans la colonne d'un candidat.

Les sites prévisionnistes envisagent donc des scénarios allant d'une victoire relativement modeste au Collège électoral, pour l'un ou l'autre, ou un balayage de Joe Biden.

La dernière fois qu’un président l'a emporté par plus de 10 points, c’était Ronald Reagan, en 1984, rappelle Seth Masket. Selon ce qu’indiquent les sondages, ce n’est pas impossible, mais ce serait stupéfiant historiquement. Ce serait un dur réveil pour le Parti républicain.

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