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Un inspecteur détaille des techniques de blanchiment d'argent dans les casinos

Une table de blackjack.

La commission d'enquête sur le blanchiment d'argent s'intéresse aux casinos.

Photo : Associated Press / Jessica Hill

Lundi, un inspecteur de la Société des loteries de la Colombie-Britannique, Steve Beeksma, a détaillé devant la Commission Cullen sur le blanchiment d'argent, les transactions suspectes sur lesquelles il a enquêté pendant plus de 10 ans.

Steve Beeksma a commencé sa carrière dans les casinos en 2000 comme agent de sécurité. Il a travaillé dans plusieurs casinos de la Colombie-Britannique puis a gravi les échelons de la hiérarchie jusqu'à devenir inspecteur pour la Société des loteries en 2010.

En interrogeant les employés et en examinant les images des caméras de vidéosurveillance, il a appris comment des clients s'y prenaient pour échapper aux questions sur l'origine de leur argent.

Le raffinage

Steve Beeksma raconte qu'au début des années 2010, il voyait souvent des clients déposer des dizaines voire des centaines de milliers de dollars en coupures de 20 $ en échange de jetons de casino.

Généralement, on voyait des liasses d'une valeur de 10 000 $ retenues par des élastiques, a-t-il décrit devant la commission. Il a ajouté que ces liasses étaient transportées dans des sacs de papier, des valises ou des sacs à dos.

Certains clients auraient ensuite demandé que les jetons leur soient remboursés en coupures de 100 $. Il a notamment cité des incidents survenus en 2012 et 2014 concernant des sommes de plusieurs centaines de milliers de dollars.

On appelle ça du raffinage, explique-t-il, quand un joueur possède de petites coupures et se rend au casino avec l'intention de les convertir en plus gros billets. Les gros billets attirent moins l'attention si la personne veut, par exemple, déposer la somme à la banque.

Depuis 2015, les casinos ont l'obligation de signaler le dépôt de sommes équivalentes ou supérieures à 10 000 $, mais Steve Beeksma a témoigné que certains clients déposaient des sommes légèrement inférieures à cette limite pour éviter de devoir justifier l'origine des fonds.

L'échange de jetons

Steve Beeksma dit aussi avoir constaté à plusieurs reprises des échanges de jetons dans un casino de Richmond. Cette pratique consiste à troquer des jetons de différentes valeurs avec un autre joueur. Selon lui, les montants échangés pouvaient atteindre 20 000 $.

L'inspecteur raconte ainsi qu'en 2012, au casino River Rock de Richmond, des joueurs qui étaient pris à échanger leurs jetons recevaient un avertissement. Au bout du troisième avertissement, les contrevenants étaient bannis du casino.

Austin Cullen écoute le témoignage de Steve Beeksma dans une visioconférence publique.

Les audiences de la commission d'enquête sont diffusées en direct sur Internet.

Photo : Vimeo / cullencommission.ca

Or, devant la commission, l'inspecteur a déclaré que le vice-président de la Société des loteries responsable de la sécurité et de la conformité, Terry Towne, lui aurait interdit d'interroger les clients pris en train d'échanger des jetons, sous prétexte que les inspecteurs de la société n'étaient pas des policiers.

Terry Towne n'est pas sur la liste des témoins qui seront interrogés par la commission, mais d'autres hauts responsables de la Société des loteries y figurent.

Les prêts sans intérêt

Depuis 2015, et notamment depuis la publication du rapport German en 2018, l'interrogatoire de clients qui déposent de gros montants ou des sommes à l'origine suspecte est plus systématique, selon Steve Beeksma.

Le procureur général de la province, David Eby, au podium. La ministre des Finances, Carole James, derrière. À leurs côtés, les auteurs des rapports, Maureen Maloney et Peter German.

En 2019, le dépôt d'un second rapport de Peter German (au fond à droite) sur le blanchiment d'argent a suscité beaucoup d'attention.

Photo : Radio-Canada / Adrien Blanc

Les interrogatoires lui auraient ainsi permis d'apprendre que certains clients jouaient avec de l'argent qui n'était pas le leur, mais qui provenait de prêts sans intérêt.

On peut se demander s'ils sont sincères, a-t-il déclaré. Il semble peu probable que quelqu'un leur prête autant d'argent et n'en tire rien en échange.

Les audiences de la commission Cullen se poursuivent jusqu'en avril.

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