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25 ans après le référendum de 1995, les francophones du Canada sont plus autonomes

Un rassemblement en pleine campagne référendaire

Depuis le référendum de 1995, les communautés francophones en milieu minoritaire se sont fortement développées et ont acquis une autonomie par rapport au Québec.

Photo : Radio-Canada

Près de 25 ans après le référendum sur la souveraineté du Québec, la situation de la francophonie canadienne a beaucoup évolué, alors même que des discours évoquant la disparition des francophones dans les autres provinces persistent encore.

En 2018, la journaliste, écrivaine et essayiste Denise Bombardier avait mis en colère les francophones à l’extérieur du Québec après avoir déclaré, dans l’émission Tout le monde en parle: À travers le Canada, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu.

Plusieurs années auparavant, une autre Québécoise, la députée du Bloc québécois Suzanne Tremblay, a elle aussi fait réagir les francophones en milieu minoritaire, quand elle a déclaré en chambre : Pouf! les francophones hors Québec en parlant de l’assimilation.

Cette déclaration, faite dans le contexte du référendum de 1995, avait amené des francophones de Moncton, d’Ottawa et de Winnipeg à organiser des rassemblements pour manifester leur vitalité.

À la suite de cette déclaration, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) avait écrit au chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, pour lui demander de destituer la députée, qui était alors critique du Bloc québécois pour les dossiers de Patrimoine canadien, y compris les langues officielles.

À quelques jours de l’anniversaire du référendum de 1995, Stéphanie Chouinard, professeure adjointe de sciences politiques au Collège militaire royal du Canada, à Kingston, constate qu'il y a des trames de fond qui persistent depuis les 25 dernières années et qui datent même d’avant le référendum.

Une femme pose pour la caméra dans une rue résidentielle.

Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia Tremblay

L'un des grands arguments du nationalisme et du séparatisme au Québec, c'est que la langue française ne peut survivre qu'à l'intérieur du cadre québécois. Notre survivance, notre vitalité à l'extérieur du Québec, démontre le contraire, poursuit-elle.

Des communautés aux institutions plus fortes

Depuis 1995, les francophones en milieu minoritaire sont pourtant parvenus à développer leurs communautés pour atteindre une certaine autonomie, notamment par rapport au Québec.

Raymond Théberge parle avec une femme.

Raymond Théberge est le commissaire aux langues officielles du Canada.

Photo : Commissariat aux langues officielles

Les communautés se questionnaient beaucoup sur l’avenir, se rappelle l’actuel commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, qui exerçait à l’époque en tant que président-directeur du Centre d’études franco-canadiennes de l’Ouest au Collège universitaire de Saint-Boniface (l’ancêtre de l’actuelle université) à Winnipeg.

Ce que j’ai constaté dans les différentes provinces [où j’ai travaillé], c'est qu'on a vu la mise en place d'un réseau institutionnel plus solide et plus robuste dans les communautés, dit-il.

On l'avait réalisé avant, mais c'était encore plus clair. On devait investir dans nos institutions pour assurer la vitalité de nos communautés.

Raymond Théberge, commissaire aux langues officielles

C’est notamment le cas en ce qui concerne l’éducation. C'est vraiment à partir des années 1990, avec l’arrêt Mahé en Alberta ou le renvoi relatif à la Loi sur les écoles publiques au Manitoba en 1993, qu’on a vu la jurisprudence prendre un tournant beaucoup plus bénéfique pour les communautés francophones hors Québec, reprend Stéphanie Chouinard.

C'est par l'entremise des tribunaux qu'on a été en mesure de développer plusieurs de [nos] institutions.

Stéphanie Chouinard professeure adjointe de sciences politiques au Collège militaire royal du Canada

Il y a eu aussi la création d'un réseau associatif beaucoup plus fort, beaucoup plus ambitieux et en mesure de répondre aux besoins de nos communautés, relève Raymond Théberge.

On est rendu à un stade où nos communautés se sont prises en main partout à travers le Canada, abonde le président de la FCFA, Jean Johnson.

Un homme est photographié avec salle de réunion comme toile de fond.

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Jean Johnson

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Et il n'y a pas de gêne quand on regarde le nombre d'étudiants qui s'inscrivent dans les programmes d'immersion. Ça veut dire que la société anglo dominante commence à s'éveiller davantage sur l'importance et l'avantage que la langue française peut apporter dans leur vie et la vie de leurs enfants, poursuit-il.

Des francophones toujours méconnus au Québec

Mais 25 ans plus tard, les francophones en milieu minoritaire restent méconnus au Québec et leur disparition programmée revient régulièrement dans le discours public.

Tout ce développement-là, du point de vue institutionnel, du point de vue des outils en éducation, en économie ou dans les arts, par exemple, ça reste un développement en silo et donc la grande majorité de ce développement reste méconnu, voire même inconnu, au Québec, explique Stéphanie Chouinard.

Pourtant, un travail de rapprochement est en cours. La réalité, c'est qu'aujourd'hui, on est en train de travailler sur une stratégie de rapprochement autant avec la société québécoise qu'avec le gouvernement du Québec, assure Jean Johnson.

Même si les communautés ont une plus grande autonomie et dépendent moins, pour certains aspects, du Québec qu’en 1995, le Franco-Albertain est catégorique : Je vois difficilement une francophonie qui vivrait sans le Québec parce que c'est vraiment le coeur dans la langue française au Canada. Une plus grande collaboration semble même se dessiner.

Avant la pandémie, on voulait tenir un sommet sur la francophonie au Québec, relève Raymond Théberge.

Certains éléments changent, notamment par les réseaux sociaux qui participent à une plus grande connaissance du fait francophone à l'extérieur du Québec, remarque Stéphanie Chouinard.

Par l'entremise d’Instagram, Facebook ou même Twitter, les jeunes, qui sont plus politisés, sont peut-être mieux à même [de diffuser de la connaissance] sur le fait français, espère-t-elle.

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