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Un projet de mine de charbon en Alberta passe sous la loupe

Un tas de charbon.

L'exploitation du charbon représenterait un nouveau souffle économique pour le sud-ouest de l'Alberta, mais avec quelles conséquences environnementales?

Photo : Getty Images / cbpix

Un marathon d’audiences de cinq semaines débute mardi pour déterminer si la compagnie Benga peut aller de l’avant avec son projet de mine de charbon métallurgique dans la région de Crowsnest Pass, dans le sud-ouest de l’Alberta. Entre espoir économique et inquiétudes environnementales, le projet divise.

Lorsque Anne Lapointe regarde par sa fenêtre, le paysage montagneux lui coupe encore le souffle. La région de Crowsnest Pass, où elle habite depuis plus de 11 ans, est, selon ses mots : Banff sans les autocars de touristes.

Pour moi, c’est un paradis.

Anne Lapointe, propriétaire, York Creek B&B

Le constat est autant une bénédiction qu’une malédiction. Cette belle région est peu peuplée, et la courbe ne va qu’en descendant. En 2019, Crowsnest Pass n’avait plus que 5530 habitants, 13 % de moins qu’il y a 20 ans.

La population vieillit, et on a besoin de nouvelles familles qui arrivent ici, qui viennent payer des taxes et nous aident à passer au travers, explique celle qui est propriétaire d’une maison d'hôte à Coleman.

La communauté de Crowsnest Pass près de Calgary en Alberta.

La communauté de Crowsnest Pass est située à 230 km au sud-ouest de Calgary en Alberta.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Cet espoir de sang neuf est ce qu’offre la compagnie Benga, une filiale de l’entreprise australienne Riversdale Resources. En 2013, elle a acheté le bail de Grassy Mountain, un réservoir de charbon à quelques kilomètres au nord de la municipalité de Blairmore.

Des emplois, des taxes et un renouveau

Benga souhaite y produire 4,5 millions de tonnes de charbon par an pour une durée approximative de 25 ans. Ce charbon ne sert pas à produire de l’électricité, mais du métal. Les gros marchés de l’Asie et de l’Amérique du Sud sont dans la ligne de mire de l’entreprise.

Carte indiquant la localisation du projet de mine de charbon Grassy Mountain au nord des communautés de Coleman et Blairmore. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le projet minier se situe dans la région de Crowsnest Pass, dans le sud-ouest de l'Alberta.

Photo : Agence d'évaluation d'impact du Canada

Pour la région, cette mine à ciel ouvert offrirait également 500 emplois durant la construction, puis 385 postes à plein temps pendant la durée de vie de la mine.

C’est une chance d’offrir de bons emplois et de bons salaires à nos résidents, s’enthousiasme le maire de Crowsnest Pass, Blair Painter.

Des travailleurs et des chevaux sur un site minier.

Mineurs, chariots à charbon et bâtiments près du chemin de fer incliné à Lethbridge en 1890.

Photo : Archives du Musée Galt, Lethbridge, photo # 19750119002

Le projet est intéressant pour les personnes de la région, note le maire. La communauté de Crowsnest Pass a été bâtie par les travailleurs du charbon. Le réservoir de Grassy Mountain était exploité jusque dans les années 1960 et a été fermé sans véritable réhabilitation de la terre. Benga promet de changer cela.

Nous sommes une communauté de mineurs.

Blair Painter, maire de Crowsnest Pass

Et si les mines ont fermé de ce côté de la frontière albertaine, ce n’est pas le cas en Colombie-Britannique. Anne Lapointe rappelle qu'un grand nombre des habitants de la région traversent la frontière quotidiennement pour se rendre dans les mines de l’entreprise vancouvéroise Teck.

Inquiétudes pour l'eau

Or, même ceux qui soutiennent le projet s'inquiètent pour l'environnement. La région de Crowsnest Pass et les communautés autochtones des alentours sont toutes en discussion avec Benga, mais aussi des intervenantes dans les audiences de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada.

Nous voulons nous assurer que ce projet nous laissera avec un air propre, une eau propre et un minimum d’effet sur l’environnement, résume Blair Painter, qui croit aux promesses environnementales de la compagnie.

De nombreuses organisations environnementales et des groupes de citoyens sont convaincus, au contraire, que le projet aura un effet négatif sur l'environnement.

Leur plus grande inquiétude : la gestion du sélénium. L’extraction du charbon libère de grandes quantités de cet oligoélément, qui peut être toxique pour la faune et les êtres humains. La compagnie Teck se bute encore à ce problème environnemental.

Dans les documents déposés auprès de l’agence, Benga affirme avoir des mesures en place pour atténuer les effets du sélénium sur l’eau.

On n’a jamais vu aucune mesure de mitigation qui fonctionne. Alors nous allons avoir un problème de sélénium à l'avenir, affirme Katie Morrisson, la directrice de la section albertaine de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP).

La crainte d'une prolifération de mines

Un groupe de plus d’une centaine de propriétaires terriens, connu sous le nom de Livingstone Landowners, partage ces craintes. Toute cette zone alimente en eau le sud de l’Alberta [...] Il y a un risque potentiel pour la qualité de l’eau potable et celle utilisée pour l’agriculture, explique Bill Trafford, le président du groupe.

Il craint également que ce feu vert n'en apporte d’autres dans la région. Une demi-douzaine de projets miniers sont à divers stades d’exploration, et le gouvernement provincial a supprimé l’interdiction de mines de charbon dans les Rocheuses.

Les risques pour l’environnement sont énormes, et les bénéfices, modestes, dans le meilleur des cas.

Bill Trafford, président, Livingstone Landowners

M. Trafford s'interroge également au sujet de l'intérêt économique du projet alors que de nombreux fonds d'investissement excluent les mines de charbon de leur portefeuille.

Chacune de ces inquiétudes sera examinée par un comité de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada du 27 au 30 novembre. Les audiences seront diffusées sur YouTube.

Avec des entrevues de Tony Seskus et Robson Fletcher

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