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Analyse

Eric Girard prépare le chemin du retour à l'équilibre budgétaire

M. Girard en conférence de presse

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le ministre des Finances du Québec nous invite, depuis quelques semaines, à amorcer une réflexion sur nos choix en matière de finances publiques. Eric Girard parle d’effort collectif, se questionne sur le modèle québécois, annonce un chemin pour revenir à l’équilibre budgétaire sur lequel les Québécois pourraient être appelés à se prononcer en 2022, année électorale.

M. Girard nous a accordé une entrevue d’une demi-heure début octobre, entrevue que nous avons diffusée le 12 octobre à Zone économie. Il a aussi répondu à des questions sur les finances publiques dans le cadre de la Commission des finances publiques de l’Assemblée nationale, le 19 octobre.

De ces deux interventions publiques, je retiens 10 choses.


1. Le ministre nous prépare, sans nous annoncer le même chemin pavé d’austérité et de rigueur de l’ère Couillard-Coiteux-Leitao, un effort pour revenir à l’équilibre budgétaire.

Au bout de la crise de la COVID-19, une fois que les programmes de soutien ne seront plus nécessaires, il va rester un déficit structurel, a dit le ministre le 19 octobre à Québec. Et il est là, l'effort que nous allons devoir faire collectivement, en vertu de notre loi, sur cinq ans, pour revenir à l'équilibre budgétaire, a-t-il ajouté.

Ce déficit structurel sera de l’ordre de 5 à 8 milliards, a dit le ministre en entrevue à Zone économie. La Chaire de recherche en fiscalité et finances publiques de l’Université de Sherbrooke l'évalue pour sa part à 4 milliards de dollars.


2. L’objectif, c’est de revenir au déficit zéro en 2025-26.

Il est important d'être ambitieux et de viser un retour à l'équilibre, a dit le ministre en Commission. Nous allons tracer le chemin, énoncer en toute transparence ce qui est nécessaire pour y arriver. Et ce sera difficile. C'est important de le dire que c'est ambitieux. [...] Nous avons une loi qui dit qu'on doit retrouver l'équilibre budgétaire d'ici cinq ans et nous allons tracer la voie qui va montrer en toute transparence ces efforts qui sont nécessaires pour revenir à l'équilibre.


3. Le ministre affirme qu’il n’y aura pas de compressions dans le secteur de la santé pour revenir à l’équilibre budgétaire...

Le 19 octobre, il a rappelé que la promesse électorale de la CAQ prévoyait une croissance annuelle de 4,1 % en santé. Il maintient cette cible évoquant maintenant une moyenne pondérée. Autrement dit, au bout des quatre années du mandat de la CAQ, on vise une moyenne annuelle de 4,1 %.

Dans les faits, nous aurons une forte hausse cette année des dépenses en santé, plus de 10 %, a fait savoir le ministre à Zone économie, en raison de la crise de la COVID-19. Donc, pour revenir à cette moyenne de 4,1 %, il faut s’attendre à ce que le gouvernement réduise la croissance des dépenses en santé.

Dans l’entrevue qu’il nous a accordée, le ministre a dit que son objectif, à l’avenir, est de pouvoir arrimer les dépenses avec notre capacité de payer, c’est-à-dire les revenus. Les revenus vont croître approximativement de 4 % par année, soit 2 % d’inflation et 2 % de croissance. On voudra donc avoir une croissance des dépenses de 3 à 3,5 %.

C’est une croissance relativement faible, ce qui a fait dire au député libéral Gaétan Barrette en Commission le 19 octobre que ça nous amène probablement, disons, des ceintures très serrées dans les cinq prochaines années en santé, sinon des coupures.


4. Québec prévoit toujours un déficit d’environ 15 milliards de dollars pour l’exercice 2020-21, qui comprend une provision de 4 milliards.

On a un peu plus de marge de manœuvre actuellement, du fait que le confinement a été légèrement moins drastique que prévu, a dit le ministre Girard. Il a été, néanmoins, extrêmement sévère, on a fermé 40 % de l'économie (pendant 8 à 10 semaines). Mais le déconfinement s'est aussi mieux passé que prévu.

Le ministre affirme que les transferts fédéraux massifs depuis le début de la pandémie ont permis aux Québécois de voir leur revenu disponible augmenter. Cela dit, selon le député libéral Carlos Leitao, critique en matière de finance dans l’opposition officielle, entre 2,7 et 3 milliards de la provision auraient déjà été utilisés ou seraient en voie de l’être.


5. Sur le plan économique, le ministre vise un retour à la normale en 2022.

On est à ce qu'on va appeler la période de récupération, a-t-il dit en Commission. On va vouloir reprendre le temps perdu. L’objectif, c’est de revenir au niveau de production de la fin 2019 quelque part en 2022, afin de rétablir le niveau de revenu pour l’État.

Je veux faire attention. La normalité, je ne suis pas convaincu que ça implique le retour des croisières à Québec. On verra. Vous savez, il y aura des changements [...]. Il y a des secteurs de l'économie qui sont affectés de façon beaucoup plus permanente. Mais, à partir de 2022, il y aura un retour à la normale où il y aura l'opportunité de récupérer la croissance qui a été perdue sur la somme des années 2020 et 2021.


6. Mais, avant, il est clair pour le ministre que l’incertitude demeure grande sur le plan financier.

Je veux être bien honnête avec tous les Québécois : les six prochains mois vont être difficiles. Le virus est toujours là, il n'y a pas de remède, il n'y a pas de vaccin. Et j'ai déjà mentionné que le quatrième trimestre sera un peu plus faible que nous aurions voulu qu'il soit.


7. Le gouvernement ne prévoit pas de hausses d’impôt.

Notre gouvernement, bien sûr, aimerait avoir plus de revenus, mais en générant ces revenus à l'aide d'une croissance économique plus forte, pas en augmentant les impôts ou la taxe de vente. Et les Québécois sont déjà suffisamment taxés. Lorsqu'on compare le fardeau fiscal des entreprises québécoises par rapport aux autres provinces, les entreprises sont plus taxées.


8. Le ministre Girard semble enclin à vouloir lancer une discussion sur l’avenir du modèle québécois.

Voici ce qu'il a déclaré à Zone économie :

Le Québec est la province qui intervient le plus dans son économie : 25 % de son PIB, la ponction, le niveau de dépenses du gouvernement, c’est le modèle québécois. Mais, le modèle québécois, il faut constater qu’en 2020, nous sommes 23 % de la population canadienne et 20 % de l’économie canadienne. Donc, notre modèle n’est pas parfait. Il y a des ajustements à faire à notre modèle pour fermer l’écart de richesse. [...] On a besoin de plus d’investissements privés. On a déjà des investissements publics importants. On a une fiscalité des entreprises qui est élevée. On a des taxes sur la masse salariale qui sont élevées. Et on a beaucoup de crédits d’impôt. Cette combinaison n’a pas permis au Québec d’être le leader au Canada économiquement. Il y a des ajustements à faire.


9. Le Fonds des générations est extrêmement utile, il est là pour rester. Voilà.

Mais, il faut bien réaliser ce que ça veut dire. Le vrai déficit ou le vrai surplus, c’est la somme avant le versement au Fonds des générations. Ça fait des années qu’on le dit et Eric Girard est le premier ministre des Finances à l’exprimer publiquement.

Présentement, dit-il, les contributions sont de l'ordre de 2,6 milliards de dollars. Ça va augmenter dans le temps. Dans 5 ans, ça va être rendu à 4 milliards de dollars et dans 7-8 ans, on sera rendu à 5 milliards de dollars. Ce qui veut dire, au sens des comptes publics, que, lorsque nous serons à l'équilibre, dans les faits, nous serions à 5 milliards de surplus dans 8 ans.


10. Enfin, en entrevue à Zone économie, le ministre Girard a attiré notre attention sur une information fort intéressante et importante...

Au cours des 5 dernières années, a-t-il dit, nous n’avons pas réussi collectivement à dépenser ce que nous avions prévu. C’est de l’ordre de 1 à 2 milliards par année.

Le ministre a reconnu avoir accéléré des dépenses à la fin de son premier exercice budgétaire pour atteindre le niveau de croissance des dépenses prévu. Il y a certainement un travail à faire au ministère des Finances et au Conseil du Trésor pour mieux évaluer les besoins en matière de dépenses.

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