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À qui ira le contrôle du Sénat et de la Chambre?

En 2016, le triomphe des républicains avait été total : ils avaient remporté les deux Chambres du Congrès et arraché une victoire surprise dans la lutte pour la Maison-Blanche. Quatre ans plus tard, la course est serrée dans plusieurs États, mais la perspective d'une revanche démocrate sur ces trois fronts électoraux est bien réelle. État des lieux.

Gros plan du dôme du Capitole, avec un drapeau américain

Le Congrès américain à Washington

Photo : AFP / WIN MCNAMEE

Le vote du 3 novembre, qui dans les faits va déjà bon train, semble s'avérer, pour de nombreux Américains, une élection référendaire sur Donald Trump, même là où son nom n'apparaîtra pas. Avec, à l'avant-plan, sa gestion d'une pandémie qui a fait près de 230 000 morts et dont le nombre de cas frôle les 9 millions.

De moins en moins d'électeurs votent pour le candidat à la présidence d'un parti et pour ceux d'une autre formation dans les courses du Congrès, explique le directeur du Center on American Politics de l'Université de Denver, au Colorado, Seth Masket. Le phénomène s'observe depuis plusieurs décennies, précise-t-il, prévoyant toutefois que cela sera encore plus marqué cette année.

Un pronostic partagé par Andra Gillespie, professeure associée de sciences politiques à l'Université Emory, en Georgie. Ce n'est pas peu dire, considérant à quel point la politique américaine est devenue polarisée, spécifie-t-elle.

Cette tendance au vote de fidélité, croit-elle, sera encore plus accentuée chez les électeurs qui ont une opinion tranchée sur la décision des élus républicains, surtout ceux du Sénat, de tenir tête ou non au président.

Les élections constituent un référendum sur Trump parce que le parti importe.

Andra Gillespie, politologue de l'Université Emory

Il faudra voir si les démocrates sont si contrariés qu'ils se présentent en nombre record pour propulser au Sénat les candidats démocrates, en partie parce qu'ils reprochent aux républicains de ne pas avoir suffisamment demandé de comptes à l'administration Trump, ajoute-t-elle.

Restés soudés derrière le président Trump contre vents et marées, notamment pendant toute la saga de la procédure en destitution, les républicains sauront sous peu si leur stratégie au cours des quatre dernières années était la bonne.

En 2018, les élections de mi-mandat avaient permis à leur formation, déjà majoritaire au Sénat, de gagner du terrain, mais les démocrates avaient réussi à reconquérir la Chambre des représentants.

Si l'on se fie aux sondages, la chute du président Trump dans les intentions de vote semble tirer des candidats républicains vers le bas dans les deux Chambres.

Liaison fatale pour les sénateurs républicains?

Du procès en destitution promptement expédié à la nomination tout aussi rapide de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême en passant par la nomination de plus de 200 juges dans les tribunaux fédéraux, les dernières années ont illustré l'importance d'un Sénat de la même couleur que la Maison-Blanche.

Avec une économie à relever, une pandémie à gérer et des tensions raciales, les enjeux élevés rendent le contrôle du Sénat d'autant plus crucial.

En 2018, la bataille féroce entourant la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême avait aidé à propulser certains républicains dans des États cruciaux, leur assurant une majorité de six sièges.

Mais les républicains affrontent cette année un vent de face. Défavorisés cette année par le cycle électoral, qui met en jeu le tiers du Sénat tous les deux ans, les républicains représentent 23 des États en jeu comparativement à 12 pour les démocrates.

Hasard malchanceux, les républicains défendent ainsi deux fois plus de sièges au cours d'une année électorale où leur porte-étendard à la Maison-Blanche est impopulaire : 12 des 14 luttes les plus serrées se passent dans des États qu'ils représentent.

Il y a des sièges dont on s'attendait qu'ils soient compétitifs : ceux de Susan Collins dans le Maine, de Martha McSally en Arizona ou de Cory Gardner au Colorado, par exemple. Mais on n'aurait pas pensé que la Georgie, la Caroline du Sud, le Kansas et le Montana le seraient aussi, signale Andra Gillespie.

La majorité du Sénat tient à trois ou quatre sièges, mais il y a bien plus que trois ou quatre sièges républicains chaudement disputés.

Seth Masket, politologue de l'Université de Denver

L'environnement politique est loin d'être idéal pour eux – et c'est un euphémisme, juge Andra Gillespie.

Plusieurs des élus républicains qui se sont attiré les foudres du président ne sont plus en politique, rappelle Seth Masket. La majorité des républicains estiment préférable pour eux de rester dans les bonnes grâces de Donald Trump plutôt que de se mettre le président et ses partisans à dos.

Mais plusieurs d’entre eux doivent composer avec le fait qu’ils se sont liés à lui dans des États où il n’est pas très populaire, ajoute-t-il.

Le défi est aussi grand pour la centriste Susan Collins, qui, elle, a gardé ses distances par rapport au président Trump, mais insuffisamment aux yeux de plusieurs des électeurs d’un État qui boude les candidats à la présidence de son parti depuis des années.

Au point où la républicaine qui a toujours facilement été réélue – la dernière fois, en 2014, elle a même devancé son adversaire démocrate par 37 points – joue sa survie politique.

Ironiquement, même Lindsey Graham, devenu l’un des plus farouches partisans de Donald Trump, se trouve en difficulté en Caroline du Sud, un État où la victoire du président est pourtant assurée et où lui-même obtient habituellement des marges de plus de 10 points.

Photo montage de Lindsey Graham, regardant vers la droite, le menton appuyé sur ses deux index, et Jaime Harrison, tenant un micro

Le sénateur républicain Lindsey Graham et son rival démocrate, Jaime Harrison.

Photo : Getty Images/Tom Williams et Reuters/Joshua Roberts

Mais plusieurs partisans du président se méfient de la conversion de celui qui se vantait jadis de son approche bipartisane et dénigrait Donald Trump pendant la course à l'investiture républicaine de 2016.

Son rival démocrate, Jaime Harrison, est au bon endroit au bon moment pour défier un élu qui a une relation compliquée avec les électeurs de son État, souligne Andra Gillespie. Le fait qu'il soit à un cheveu de battre Lindsey Graham est remarquable, et cela ne devrait pas arriver en Caroline du Sud, dit-elle.

Espoirs pour les démocrates au Sénat

Les deux femmes regardent le modérateur du débat à leur droite.

La lutte entre la candidate démocrate Sara Gideon (à gauche) et la sénatrice républicaine sortante du Maine, Susan Collins, figure parmi les luttes les plus cruciales.

Photo : Associated Press / Brianna Soukup

Pour devenir majoritaires, les démocrates devront augmenter leur représentation de quatre sièges – ou de trois s’ils remportent la présidence, car le vice-président a un rôle prépondérant en cas d’égalité.

En contrepartie, les républicains peuvent perdre un maximum de trois sièges si Donald Trump s’assure d'un deuxième mandat à la Maison-Blanche et deux si les électeurs lui montrent la porte.

Ravi en 2017 par un démocrate dans des circonstances exceptionnelles, l’Alabama est perçu comme l’État étant le plus susceptible de basculer, tous partis confondus.

Mais les gains potentiels sont plus nombreux chez les démocrates, qui espèrent bénéficier de la diversification de la population dans des États du Sud.

Selon le site prévisionniste FiveThirtyEight, ils sont largement favoris pour conserver le Michigan et ajouter le Colorado ainsi que l'Arizona dans la colonne des gains.

Le site, dont le modèle se fonde sur des simulations découlant des sondages, évalue à 77 % la probabilité d'une victoire démocrate au Sénat.

Le site d'analyse Cook Political Report prévoit pour sa part un gain net de deux à six sièges, ce qui pourrait toutefois les placer sous la barre des 51 sièges.

Selon toute vraisemblance, le contrôle du Sénat pourrait se départager en Caroline du Nord, dans le Maine et dans l'Iowa, des États où les sondages sont à l'avantage des démocrates, mais où rien n'est joué.

Andra Gillespie fait valoir qu'une forte participation en faveur de Joe Biden pourrait bénéficier aux candidats démocrates.

Des républicains vulnérables essaient de détourner l’attention de la politique nationale, mentionne Seth Masket. Au Colorado, illustre-t-il, Cory Gardner parle de ce qu’il a réalisé au Sénat pour l'État et tente de se tenir loin des discussions autour de Donald Trump. Quand vous entendez son adversaire démocrate John Hickenlooper, la politique nationale prend presque toute la place. Il parle de l’économie et du coronavirus.

Dans la mesure où un sénateur républicain sortant vulnérable peut survivre, il faut que les électeurs ne pensent pas à la politique nationale quand ils vont voter.

Seth Masket, politologue de l'Université de Denver

C’est très difficile à faire dans cet environnement, particulièrement quand la politique nationale prend tant de place et que le président Trump ramène tout à lui, avance-t-il.

Les dons affluent d'ailleurs de tout le pays pour financer les courses des démocrates susceptibles de ravir des sièges républicains, au bénéfice de Mark Kelly, en Arizona, ou de Sara Gideon dans, le Maine, qui écrasent financièrement leurs adversaires.

En Caroline du Sud, Jaime Harrison a recueilli 57 millions de dollars au troisième trimestre, fracassant le précédent record de 2018 par près de 20 millions. Son rival républicain a même supplié à plusieurs reprises les téléspectateurs de Fox News de lui venir en aide.

Même les scandales ne semblent pas ébranler les appuis démocrates : John Hickenlooper a récemment été montré du doigt pour des problèmes d’éthique à l'époque où il était gouverneur et, en Caroline du Nord, Cal Cunningham a dû admettre il y a un mois qu’il avait envoyé des textos érotiques à une autre femme que la sienne.

Avantage marqué des démocrates pour la Chambre

Seth Masket n'anticipe pas un bouleversement dans la composition de la Chambre, mais croit à des gains démocrates modestes.

Quand on demande aux gens s'ils préféreraient que le contrôle de la Chambre revienne aux démocrates ou aux républicains, la réponse pointe fortement vers les démocrates, indique-t-il. C'est souvent un prédicteur fiable. Selon FiveThirtyEight, les démocrates jouissent à ce chapitre d'une avance de 8 points de pourcentage.

Ils ont présentement une trentaine de sièges de plus que leurs adversaires.

Plusieurs républicains ont décidé de quitter le navire : l'un d'eux, devenu libertarien après avoir plaidé pour la mise en accusation de Donald Trump, a décidé de ne pas se représenter, à l'instar de 26 de ses anciens collègues. C'est trois fois plus que les démocrates.

Une situation susceptible de donner un élan supplémentaire aux démocrates, puisque les élus sortants jouissent habituellement d’un avantage aux urnes.

Plusieurs de ces républicains étaient dans des districts qui étaient âprement disputés pendant les élections de mi-mandat ou qui le sont devenus cette année, souligne Andra Gillespie.

Si 2018 a été décrite comme l'année électorale des banlieues, celles-ci s'annoncent aussi importantes en 2020.

Un quartier de banlieue en Californie

Un quartier de banlieue en Californie

Photo : Getty Images / David McNew

Et la baisse des appuis de Donald Trump dans des districts en périphérie des grandes villes, par exemple aux abords de Détroit, Atlanta ou Phoenix, pourrait nuire aux candidats de sa formation.

C'est en quelque sorte la suite de ce que nous avons observé il y a deux ans dans des districts de banlieue qui étaient autrefois républicains et qui ont commencé à changer.

Andra Gillespie, politologue de l'Université Emory

Ces districts comptent des électeurs – notamment des femmes, plus spécialement des femmes blanches ayant fait des études supérieures – qui ont été rebutés par l'administration Trump et qui peuvent être sensibles au plaidoyer des démocrates sur les soins de santé, mais aussi des personnes issues de la diversité qui ont migré dans ces districts, explique Andra Gillespie. Cela les rend plus compétitifs qu'ils ne l'étaient auparavant.

De la Californie à l'Alaska en passant par le Michigan et l'Ohio, les luttes les plus serrées se dessinent dans 60 districts situés dans 29 États, selon Cook Political Report. Deux districts républicains figurent en outre déjà dans la colonne des victoires démocrates probables.

Les sondages sont encourageants pour les démocrates, qui sont favorisés pour maintenir leur majorité. Selon FiveThirtyEight, la probabilité d'une victoire démocrate est de 98 %, la plus élevée des trois organes gouvernementaux en jeu.

Deux ans après une vague bleue qui leur a permis de ravir 40 sièges aux républicains, ils pourraient même faire des gains, selon les sites prévisionnistes.

Le site Cook Political Report privilégie un scénario qui oscille entre le statu quo et un gain net de 10 sièges. Le journal spécialisé en politique américaine Roll Call brandit pour sa part une perspective d'encore meilleur augure pour eux, avec une projection de 10 à 20 sièges.

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