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COVID-19 : des prisonniers malades dénoncent leurs conditions de détention à Calgary

Vendredi, il y avait 55 personnes infectées au sein de la prison, 5 employés et 50 détenus.

Image aérienne du Centre correctionnel de Calgary.

Le Centre correctionnel de Calgary peut accueillir jusqu'à 427 détenus.

Photo : Google Maps

Radio-Canada

Alors qu’une éclosion de COVID-19 a été déclarée au centre correctionnel de Calgary, plusieurs détenus infectés racontent qu’ils ont été mis à l’écart dans des cellules d'isolement et qu’ils vivent dans des « conditions inhumaines ».

CBC/Radio-Canada s’est entretenu avec six prisonniers actuellement en cellule d’isolement, des cellules communément appelées le trou et normalement réservées aux détenus qui ont enfreint le règlement de la prison.

CBC/Radio-Canada a accepté d'accorder l’anonymat à ces prisonniers, car ils ont peur d’être sanctionnés s’ils sont nommés. Les noms employés dans ce texte sont donc fictifs.

Selon les dernières données disponibles, 55 personnes ont été déclarées positives à la prison, soit 5 employés et 50 détenus.

Je ne sais pas pourquoi nous sommes en isolement [carcéral], dit James. Nous n’avons rien fait de mal, n'est-ce pas? Mais nous avons vraiment l'impression que oui.

James et les cinq autres détenus qui ont accepté de témoigner ont récemment reçu un résultat positif à un test de dépistage de la COVID-19. Plusieurs d’entre eux avouent en savoir très peu sur la maladie et ses effets. Un des prisonniers affirme que la seule chose qu’on lui a dite c’est : Parmi vous, 99 % d’entre vous vont survivre.

Les détenus disent avoir reçu peu de soins médicaux depuis qu’ils sont en isolement.

Des conditions d’hygiène déplorables, selon les détenus

Ils racontent qu’ils sont bien souvent deux dans les cellules d'isolement prévues pour accueillir une seule personne et que l’un des deux dort donc sur un matelas à même le sol. J’ai la tête au niveau de la porte, décrit Noah. Mon oreiller est contre les barreaux.

Des prisonniers déplorent l'état de leur cellule et assurent qu’ils ont réclamé, sans succès, des produits d’entretien pour la nettoyer. Ils se demandent quand cela a été fait pour la dernière fois. Certains disent qu’il y a de la morve et des excréments sur les murs.

Vous devriez voir les toilettes, souligne Liam. C’est sale. Mais c’est pas seulement ça, il y a l’odeur aussi.

C’est vraiment dur, résume Mark.

Les toilettes [ne fonctionnent pas]. Ce n’est pas du tout un environnement stérile. Je n’ai pas d’eau propre pour me laver les mains.

Mark, détenu au centre correctionnel de Calgary

Les prisonniers expliquent que, dimanche, ils ont pu prendre une douche glacée, la première en trois jours. Mark précise toutefois qu’après cela ils ont dû remettre leurs vêtements, qui n’ont pas été nettoyés depuis une quinzaine de jours.

Le même jour, disent-ils, ils ont aussi pu sortir de leurs cellules, le temps d'une promenade dans la cour, mais à 6 h du matin. On n'a pas envie de sortir à 6 h du matin quand on est malade et qu’il fait super froid, dit Elijah. C’est ce qu’on fait aux gens qui sont punis.

Il ajoute que les boulettes de viande qu’on lui a servies dimanche sentaient la nourriture pour chiens et que l’odeur l’a presque fait vomir.

Ils devraient nous donner de la soupe, ajoute Liam, qui précise que son codétenu et lui arrivent à peine à sortir de leur lit. Mon codétenu n’a pas touché à sa nourriture depuis quatre jours [...] On a l’impression que, quand on mange, ça nous rend encore plus malades.

Je me sens comme un paria. J’ai l’impression d’être traité différemment, même ici.

Noah, détenu au centre correctionnel de Calgary

Je ne sais pas quoi faire. Je suis vraiment déprimé et ça rend les choses encore pires, confie Noah. Je suis perdu.

Un autre prisonnier, qui souffrait déjà d’un problème de santé, s’inquiète de ne pas réussir à combattre le virus. Je suis stressé, j’ai peur. Je veux sortir de là tout de suite, dit-il.

Des mesures de protection, selon le gouvernement

Dans un courriel envoyé à CBC/Radio-Canada, Ina Lucila, une porte-parole de Kaycee Madu, le ministre provincial de la Justice, confirme que la province et Services de santé Alberta ont mis en place des mesures afin de contenir l’éclosion au centre correctionnel de Calgary.

De par leur nature, beaucoup de ces mesures de protection de la santé, par exemple le fait d'isoler les détenus pour éviter la propagation de l'infection, entraînent des changements comme le placement des détenus dans des espaces différents des espaces habituels, écrit-elle.

Mme Lucila ajoute que d'autres changements peuvent avoir des conséquences sur les horaires, tels que les moments où les détenus sortent de leurs cellules, prennent leurs repas, ont accès au téléphone ou à la buanderie.

Elle assure que la prison continue de répondre aux besoins de base, dont les repas, les médicaments [et] les matelas. La maintenance, par exemple quand il faut déboucher les tuyaux, est faite aussi rapidement que possible, dans un délai raisonnable, précise la porte-parole du ministre de la Justice.

Elle souligne que les employés et les détenus sont invités à faire part de leurs préoccupations, qu'elles sont étudiées et que des ajustements sont apportés au besoin.

Une violation des lois, selon un avocat

Selon l’avocat d’Edmonton et président de l'Association canadienne de droit pénitencier Tom Engel, la situation décrite par les détenus est absolument inacceptable.

N'importe quelle cour jugerait cela cruel et inhumain et en violation des règles internationales et nationales, assure M. Engel. C’est sans conteste une violation de la Charte des droits et libertés.

Les soins de santé dans les prisons albertaines sont généralement mauvais, affirme l’avocat qui avait, à l'annonce de l’éclosion au centre correctionnel de Calgary, demandé à ce que la population carcérale soit réduite.

Donc, il y a quelqu’un qui est malade, et inquiet pour sa santé, qui est mis avec d'autres prisonniers, eux aussi malades. Certains ont peut-être des problèmes de santé mentale, qui sait?

Selon Tom Engel, ces détenus devraient contacter des avocats et commencer à prendre des notes sur ce qui se passe au sein de la prison. Ils pourraient être amenés à témoigner plus tard, dit-il.

Avec les informations de Joel Dryden

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