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COVID-19 : de plus en plus de parents prennent en charge l’éducation de leurs enfants

Un père aide sa fille avec ses devoirs à la maison.

Certains conseils scolaires offrent des programmes de formation par correspondance à la maison.

Photo : iStock / bernardbodo

Thalia D’Aragon-Giguère

La pandémie de COVID-19 a forcé le système scolaire ontarien à se réinventer en offrant notamment une rentrée virtuelle aux élèves de la province. Face aux insatisfactions relatives à la qualité de l’enseignement en ligne et aux imprévisibilités du contexte sanitaire, l’école à la maison devient une option convaincante pour certaines familles en Ontario.

Les adolescents se croient souvent invincibles, confie Anne Dupont Salter, mère de deux enfants âgés de 14 et 15 ans. Pour elle, il n’était pas question d'envoyer sa fille et son garçon à l’école en pleine pandémie.

On s’est dit comme famille qu’on allait limiter l’exposition potentielle à la COVID-19 à une seule personne par jour, explique cette enseignante en immersion française, qui est retournée au travail en septembre.

Mme Dupont Salter a choisi un programme d'enseignement par correspondance du Centre d’études indépendantes (CEI) de l'Ontario plutôt que d’inscrire ses enfants aux cours en ligne du Conseil scolaire de Limestone, à Kingston.

Ce sont des cours qui sont offerts depuis des années et qui sont conçus pour être réalisés à distance. Ce ne sont pas des cours qu’un professeur sans expérience avec l’enseignement en ligne doit faire parce qu’il n’a pas le choix.

Anne Dupont Salter, mère et enseignante en immersion française au primaire

Même si les professeurs ont vraiment fait un effort presque surhumain de masse depuis juin, c’est difficile d’assurer un enseignement de haute qualité en ligne, avoue Mme Dupont Salter.

Ce constat résonne dans d’autres ménages ontariens.

Depuis le début de la pandémie, le CEI a enregistré une forte augmentation des inscriptions à leurs ressources d’apprentissage numériques.

La demande accrue nous a incités à accroître l’offre de certains produits et à lancer une journée portes ouvertes où les parents et les élèves ont accès gratuitement au matériel, indique Mitch Patten, vice-président des communications au CEI.

Si le ministère de l’Éducation de l’Ontario confirme qu'aucune donnée sur l’enseignement à domicile n’est disponible avant la fin de l’année scolaire, la Fédération ontarienne des parents enseignants (FOPE) assure également avoir connu une hausse importante de leurs membres.

Une femme aide un enfant à faire ses devoirs.

La Fédération ontarienne des parents enseignants représente désormais plus de 500 membres.

Photo : iStock

Le nombre de membres dans notre association a doublé par rapport à la période de rentrée scolaire précédente, note Marian Buchanan, responsable francophone à la FOPE. Beaucoup plus de parents ont choisi de faire l’enseignement à domicile cette année.

Beaucoup [de parents] ont d’abord essayé l’option à distance offerte par l’école, mais se sont bien vite rendu compte que ça ne leur convenait pas après tout.

Marian Buchanan, responsable francophone à la FOPE

La pandémie a convaincu plusieurs parents de finalement saisir l’occasion de prendre en charge l’éducation de leurs enfants comme ils ont toujours voulu le faire, dit Mme Buchanan.

Elle souligne que d’autres familles auraient quant à elles préféré demeurer dans le système scolaire traditionnel, mais que les lacunes du modèle d’apprentissage en ligne les ont poussées à découvrir de nouveaux horizons.

La recherche de qualité et de souplesse en famille

Pour Phyllis Dalley, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, les parents s'inquiètent avant tout de la qualité de l'enseignement et de l’encadrement dispensés aux élèves durant la pandémie.

Selon elle, l’école à la maison a permis à plusieurs familles de créer leur propre bulle scolaire tout en assurant la qualité de l'acquisition des savoirs de leurs enfants.

L’éducation à domicile existe depuis fort longtemps. Cette option est choisie plus souvent aujourd’hui en raison de la pandémie.

Phyllis Dalley, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa

D'après Mme Buchanan, le contexte sanitaire actuel a également permis à certains parents de s’affranchir du sentiment de désapprobation véhiculé par leur entourage à l’égard de l’école à la maison.

Très vite, ces parents se rendent compte que c’était la bonne décision, que leurs enfants sont maintenant plus épanouis et font de nets progrès, et qu’eux, parents, sont en effet bien capables de s’occuper eux-mêmes de l’éducation de leurs enfants, fait-elle remarquer.

La famille d’Anne Dupont Salter a par ailleurs été charmée par la notion de flexibilité rattachée à l’instruction à domicile. Chaque enfant a décidé de faire une matière par jour, précise-t-elle. Ils travaillent à leur [rythme] tout en respectant une échéance.

Cette formule à la maison se révèle souvent plus adaptée aux besoins des différentes familles, selon Mme Buchanan. C’est une question de liberté et de souplesse, mentionne-t-elle. Par contraste, ce qui semble se passer actuellement dans le système scolaire, c’est une mise en œuvre trop rigide [...] et un emploi du temps inutilement institutionnel.

L’émergence d’une troisième voie dans les conseils scolaires

Certains conseils scolaires ontariens proposent également d’accompagner les familles qui optent pour l’école à la maison avec un appui pédagogique par correspondance. C’est le cas notamment du Conseil scolaire Viamonde, l’un des deux conseils scolaires francophones de Toronto.

Un nouveau programme intitulé VIAcorrespondance, prévu pour la fin octobre, vise à guider les parents à travers la prise en charge de l’éducation de leurs enfants, explique Julie Vanghelder, directrice des communications. Le conseil scolaire propose [cette option] pour demeurer un allié indispensable à l’éducation des jeunes francophones, ajoute-t-elle.

Disponible dans certains conseils scolaires anglophones et francophones, la formation par correspondance à la maison offre la possibilité pour les familles de demander une exemption tout en demeurant inscrites dans un conseil scolaire, précise Mme Vanghelder.

Une élève fait des exercices de mathématiques en ligne.

Pour participer aux programmes de formation par correspondance, les familles doivent remplir une demande d’exemption de l’apprentissage synchrone.

Photo : Annie Spratt/Unsplash

Cette option répond à une exigence du ministère de l’Éducation de l’Ontario rendue publique à la fin du mois d’août, selon les conseils scolaires contactés.

Pour favoriser un accès réel à l'éducation, des mesures alternatives d'apprentissage doivent être mises en place à l'intention de tous les élèves exemptés, notamment un enseignement par correspondance, par écrit ou par média électronique.

Ministère de l’Éducation, extrait de la note politique no. 164 concernant les exigences relatives à l'apprentissage à distance

À ce moment, l’élève recevra des travaux à la maison et sera évalué en fonction des preuves d’apprentissage soumises, souligne Virginie Oger, conseillère aux communications au Conseil scolaire catholique MonAvenir.

Au Conseil scolaire de Limestone, on assure que les écoles sont en contact avec les familles qui font l’instruction à domicile afin de leur expliquer les options d’apprentissage disponibles pour leurs enfants, s’ils souhaitent s’engager à nouveau.

Je ne savais pas qu’il y avait une troisième option, s’étonne Anne Dupont Salter, qui a dû désinscrire sa fille et son garçon de leur conseil scolaire pour utiliser les services du CEI. C’était soit à l’école soit en ligne, sinon on devait sortir les enfants de la commission scolaire [pour faire l’école à la maison]. Il n’y avait pas d’entre-deux.

Les défis de la rétention des familles dans le système

La professeure Dalley estime que le manque de communication au sujet des options d’apprentissage disponibles viendrait avant tout d’une surcharge administrative due à la pandémie.

Avec le débordement [de la rentrée], il se peut tout simplement que ce soit un oubli et que l’on n’ait jamais pensé que la bulle scolaire à la maison serait une option aussi populaire, mentionne-t-elle.

La lourdeur administrative des changements en lien avec la pandémie peut amener des conseils scolaires à hésiter à rendre les programmes disponibles en masse par manque de capacités de gestion. Il ne faut pas oublier que les conseils scolaires francophones ont le plus souvent des équipes très petites.

Phyllis Dalley, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa

Les fonds n’ont pas nécessairement suivi l’offre de ce type de programmes, ajoute Mme Dalley. Plus on multiplie les modes de livraison, plus ça devient un casse-tête administratif.

Phyllis Dalley dans son bureau.

Phyllis Dalley, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa (archives).

Photo : Radio-Canada

Pour sa part, Mme Buchanan de la FOPE demeure convaincue que cette option aurait répondu aux attentes de bien des parents.

C’est le manque de ce genre de solutions qui est responsable de l’exode des familles qui ont d'abord essayé l’apprentissage à distance avant de quitter le système pour cause d’insatisfaction, considère-t-elle.

Ça ne conviendrait pas aux parents qui veulent vraiment dispenser une éducation alternative [...], mais ça semblerait, en effet, être la meilleure solution pour retenir les élèves dans le système tout en les laissant rester à la maison.

Marian Buchanan, responsable francophone à la FOPE

Le ministère de l'Éducation n'accorde par ailleurs aucun fonds aux conseils scolaires pour les enfants qui font l'école à la maison à temps plein. L'instruction à domicile est dispensée indépendamment, indique Ingrid Anderson, porte-parole du ministère.

Le conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB) a récemment annoncé un manque à gagner de 42 millions de dollars en subvention. Le plus grand conseil scolaire au pays a recensé, en octobre, 5500 inscriptions de moins que prévu, alors que plusieurs familles ont privilégié l'école privée ou à la maison.

Malgré la popularité grandissante de l’instruction à domicile, Mme Dupont Salter et sa famille envisagent tout de même de renouer avec l’enseignement traditionnel. En temps de non-pandémie, mes enfants vont retourner à l’école, dit-elle. C’est vraiment la meilleure façon d’apprendre, d’après nous.

Mme Dalley partage cet avis. L'éducation représente bien plus que des matières scolaires, raconte-t-elle. C’est aussi un lieu de socialisation et le sentiment d'appartenance à une communauté. C’est voir autre chose que ce que l'on voit si on reste seulement chez soi.

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