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Sortir de sa zone de confort pour écrire des histoires d’horreur

Une femme écrit à l'ordinateur et a aussi un stylo dans la main.

Écrire des histoires d'horreur et de cruauté n'est pas facile pour tout le monde, surtout quand ce n'est pas notre style habituel.

Photo : getty images/istockphoto / Rawpixel

Cecile Gladel

Écrire des histoires d’horreur et de cruauté quand ce n’est pas sa spécialité peut représenter un défi. Sept écrivaines racontent leur expérience à ce sujet.

Dans le recueil D’autres mondes, la majorité des nouvelles sont signées par des femmes. En ayant des femmes qui écrivent de l’horreur, on a un point de vue féminin et féministe, fait valoir l’une des autrices, Jeanne Dompierre.

Par ailleurs, la majorité des textes sont aussi signés par des femmes dans un autre recueil, Cruelles, dont les nouvelles parlent de la cruauté des femmes. Réhabiliter la cruauté des femmes à travers les récits, c’est témoigner de leur humanité. C’est leur redonner leurs sentiments, leur vécu, leur identité... Parce que les femmes sont elles aussi parfois amorales, dangereuses, enragées, non fiables, imprévisibles et menaçantes, explique l’écrivaine Fanie Demeule, qui codirige le recueil avec Krystel Bertrand.

Fanie Demeule souriant dans un studio de radio.

L'autrice Fanie Demeule

Photo : Radio-Canada / Thomas Lafontaine

Des autrices qui ont participé à ces deux recueils soulignent les écueils rencontrés lors de la rédaction de nouvelles qui les faisaient sortir de leur style ou de leurs sujets habituels.

Accepter ses limites

Pour certaines, il est important de ne pas aller au-delà de ses limites, question de protéger sa santé mentale.

Il n’y avait pas un degré de cruauté à atteindre [dans le recueil]. Chaque personne est différente. On ne peut pas leur demander d’aller trop loin, car ça peut rouvrir des blessures. Le pire scénario est [de se sentir] obligée de sortir ses tripes en ne sachant pas si [on] est vraiment prête. Ça fait plus de mal que de bien.

Fanie Demeule

L’autrice souligne que le recueil renferme des histoires de cruauté de degrés divers. Il y a des personnes qui étaient plus promptes à aborder ces zones-là. Le but est que le texte, indépendamment de son degré d’intensité et de cruauté, soit bon, précise Fanie Demeule.

Quand trouver le sujet est difficile

Jeanne Dompierre travaille très bien sous la contrainte, et elle était ravie qu’on lui fournisse une raison de sortir de sa zone de confort. L’autrice n’avait jamais écrit d’histoire d’horreur et n’en consomme pas. Je suis rentrée naïvement dans ce projet; ça m’empêchait de dormir la nuit. Je me faisais peur et j’ai fini par choisir un sujet, raconte-t-elle.

La femme sourit et regarde devant elle.

L'autrice Jeanne Dompierre

Photo : Martine Doyon/Québec Amérique

Jeanne Dompierre a d’abord décidé d'écrire une nouvelle qui n’est pas celle publiée dans le recueil. Je m’y suis embourbée et enlisée, raconte-t-elle. J’ai passé sept mois sur cette nouvelle. Après 15 versions, c’était long et ça sonnait faux. J’étais dans un tunnel. Un mois et demi avant la date limite, elle a tout mis à la poubelle.

Finalement, trois semaines avant la date limite, elle a trouvé le bon sujet en lisant la revue The Economist : L’erreur que j’ai faite, c’est que je me suis accrochée à ma première idée.

La poète Laurence Veilleux, elle, a choisi un sujet sur lequel elle a l’habitude d’écrire. J’ai voulu rester dans l’horreur de ce qu’on peut faire à un corps, précise-t-elle.

Elle sourit au micro.

La poète Laurence Veilleux

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Toutefois, écrire en prose a été plus compliqué pour elle. La lutte contre le désir de retourner à son style naturel a été ardente. Ma façon de décrire le monde se fait par la poésie. J’ai passé plusieurs mois à essayer de faire une nouvelle dans un style qui semblait conforme.

Finalement, pour s’inspirer, elle s’est plongée dans l'œuvre d’Anne Hébert, et ça a fonctionné. Je suis allée chercher l’horreur par le rythme. Je suis très contente; ça clasheavec le reste, mais je suis restée fidèle à moi-même, croit Laurence Veilleux.

Affronter ses peurs

Traiter de cruauté quand on ne la connaît pas personnellement est déstabilisant. Je suis assez douce et j’ai écrit une nouvelle assez sombre. Il y a une incompatibilité qu’autant de noirceur sorte de toi. On éprouve une certaine empathie envers [son] personnage; c’est vertigineux. On prend un risque, explique Fanie Demeule.

La jeune femme porte une casquette et sourit.

L'autrice Chloé Varin

Photo : Chloé Varin

Chloé Varin s’est aussi mise en danger avec l’écriture de sa nouvelle dans D’autres mondes, un défi qu’elle a apprécié, car elle le trouvait enrichissant, même si ça n’a pas été facile.

Il faut cibler ce qui nous fait peur. Ce qui m’écœure, c’est la cruauté envers les animaux; j’ai donc décidé d’écrire sur ce sujet. Mais je me retenais; je me demandais où m’arrêter.

Chloé Varin

De son côté, Chloé Savoie-Bernard ne regarde pas de films d’horreur. En participant à D’autres mondes, elle a donc décidé de travailler avec les choses qui lui faisaient peur, mais en privilégiant son sujet de prédilection : le rapport au corps.

La jeune femme regarde devant elle en souriant.

L'autrice Chloé Savoie-Bernard

Photo : Chloé Savoie-Bernard

Pour s’inspirer, elle a consulté des blogues et des comptes de personnes qui se plaignaient de grossophobie. Elles partageaient des captures d’écran de commentaires violents qu’elles avaient reçus. En pensant à ces commentaires méprisants, je me suis juste poussée à l’extrême en me demandant ce que ça pourrait donner, explique Chloé Savoie-Bernard.

La conceptualisation de sa nouvelle a été difficile : J’ai pris ça comme une expérience; c’est une tentative de répondre à la commande. Je ne sais pas si je suis satisfaite, mais rien de tout cela n’a été facile.

La contrainte qui inspire

Cependant, sortir de ses habitudes et de ce qu’on connaît peut aussi être inspirant et facile. C’est ce qui s’est passé à la fois pour Marie-Pier Lafontaine et pour Camille Deslauriers, qui ont chacune écrit une nouvelle dans Cruelles.

Elle sourit au micro.

L'autrice Marie-Pier Lafontaine

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

C’était la première fois que Marie-Pier Lafontaine avait une contrainte d’écriture.

J’étais contente et stressée. Je voulais rester proche de ce que je fais, mais on était totalement ailleurs. Ça me sortait de ma zone de confort, mais c’était du pur plaisir.

Marie-Pier Lafontaine

Elle raconte avoir rapidement eu une intuition en lisant l’histoire d’une très jeune enfant qui s’était enlevé la vie et qui avait laissé des indices à ses parents pour trouver son corps. C’est très cruel et intéressant. Ça m’a pris un mois à écrire, dit-elle.

Portrait en noir et blanc de l'autrice Camille Deslauriers, souriante, cheveux lâchés. Elle porte des lunettes.

L'autrice Camille Deslauriers

Photo : Françoise Picard Cloutier

Même sentiment pour Camille Deslauriers, qui a apprécié sortir de son carré de jardin habituel. L’écriture s’est faite assez facilement de son côté : C’est une histoire que j’ai approchée scène par scène. C’est sûr que c’était épouvantable; parfois, je me relisais et je n’en revenais pas.

Les recueils Cruelles (Nouvelle fenêtre) et D’autres mondes (Nouvelle fenêtre) sont en vente en librairie.

Véritable tremplin pour les écrivaines et écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours. 

Vous écrivez des nouvelles? Envoyez-nous vos textes inédits d’ici le 31 octobre 2020.

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