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Enfermé dans son studio à 87 ans pour une poignée de cas de COVID dans sa RPA

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Un aîné dans une chaise berçante en entretien Messenger

Yvon Pouliot ne peut communiquer qu'à distance depuis début octobre. Une éclosion de COVID dans sa résidence exige qu'il demeure dans son studio pour une période de 28 jours.

Photo : Radio-Canada

Confiné dans un studio de 28 mètres carrés en raison d’une éclosion dans sa résidence pour personnes âgées, Yvon Pouliot dénonce une mesure qu’il juge excessive. Le Manoir de l’Ormière qu’il habite compte deux usagers infectés, mais les résidents des 344 unités doivent demeurer dans leur appartement, sans droit de circuler dans les corridors.

Si je pouvais sortir d’ici, je le ferais et ce ne serait pas long, affirme Yvon Pouliot, 87 ans, autonome et confiné à l’intérieur d’un studio où tiennent son lit, une cuisinette, une télévision et son piano électronique, grâce auquel il réussit à s’occuper.

Sa résidence, le Manoir de l’Ormière situé dans le quartier Neufchâtel, applique le décret imposé par la santé publique. Depuis début octobre, cette RPA est en situation d’éclosion et, en plus, en zone rouge : dans ces conditions, aucune sortie dans la communauté n’est permise, rappelle le ministère de la Santé dans un courriel.

C'est pas des malades ici, c'est pas un hôpital, c'est pas un CHSLD : c'est une résidence privée, puis je paie pour avoir des services et je ne les ai pas, dénonce M. Pouliot dans un entretien qu'il a accordé à Radio-Canada à distance, par Messenger.

Ma chute à déchets est à 50 pieds et même ça, je n’ai pas le droit de sortir pour y aller.

Yvon Pouliot

Pourtant, le MSSS rappelle qu’un statut d’éclosion partielle peut être appliqué à certaines RPA. Ce statut permet aux résidents de sortir pour marcher.

Une légitimité « exceptionnelle » pour une « période exceptionnelle »

Le confinement imposé aux résidents du Manoir de l’Ormière brime leur liberté, selon la professeure à la Faculté de droit de l’Université Laval Christine Morin, spécialisée en protection juridique des aînés.

Elle indique toutefois que ce qui serait inacceptable en temps normal peut parfois devenir la norme temporaire lors de périodes exceptionnelles comme une pandémie.

Pour des raisons de santé publique, le gouvernement adopte des mesures qui sont aussi exceptionnelles, explique la professeure.

Par contre, la gradation des contraintes et des limites est hyper importante, parce que normalement, ces contraintes seraient tout à fait inacceptables, ajoute Mme Morin.

Il faut s'assurer de prendre les mesures les plus légères possible, celles qui portent le moins atteinte aux libertés des personnes âgées dans les circonstances.

Christine Morin, professeure à la Faculté de droit de l'Université Laval

Tant que le Manoir de l’Ormière respecte les consignes du gouvernement, sans imposer de lui-même des restrictions qui n’émanent pas de la santé publique, le confinement des résidents demeure légitime, selon elle.

La ligne est toutefois mince et la Commission des droits et libertés a déjà eu vent de situations qui la franchissaient, selon Germain Royer, agent d'éducation et de coopération à la commission.

Barrer des portes, c'est des choses qu'on a entendues. Contrôler les allées et sorties ou menacer les gens d'expulsion s'ils ne respectent pas les règles en place dans la résidence aussi, se rappelle-t-il.

Le danger, souligne-t-il, est de discriminer les aînés en raison de leur âge en les brimant de leur liberté.

Toutefois, une situation peut commander, pour des raisons de santé publique, la suspension temporaire et justifiée de certaines libertés, indique M. Royer.

Un regret : ne pas avoir déménagé à temps

Yvon Pouliot, coincé chez lui pour la deuxième fois en six mois, regrette de ne pas avoir imité certains amis qui ont déménagé de leur RPA pour éviter un second confinement.

Même s’il s’ennuie dans un petit logement, il n’entend pas avoir recours à une contestation formelle de sa situation.

Je ne suis plus à l’âge de porter plainte, dit celui qui se déplace avec une canne parce que des fois, le pied part de travers, explique-t-il avec le sourire.

Moi, j'espère que les gens qui dirigent ont assez de jugement pour faire ce qu'il y a de mieux.

Yvon Pouliot

Avec les informations de Félix Morrissette-Beaulieu et de Marie-Pier Bouchard

Un statut aux contours flous

  • Le statut d’éclosion partielle évoqué par le ministère de la Santé n’est pas connu par tout le monde dans le réseau.
  • La directrice générale du Manoir de l’Ormière, Marie-Hélène Guay, a indiqué à Radio-Canada croire que ce statut n’existe pas.
  • Dans l’abondante information fournie sur le site du MSSS, on retrouve, parmi les directives soumises aux RPA, une mention du statut.
  • Impossible de trouver, cependant, les critères qui le justifient. 

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