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« Émeutes de la faim » dans plusieurs villes du Nigeria

Des personnes marchent près d'un bâtiment transportant des sacs qui semblent lourds.

Des centaines de personnes pillent un entrepôt où sont stockés des céréales et du riz, à Jos, au Nigeria.

Photo : afp via getty images / Ifiok Ettang

Agence France-Presse

Les pillages de masse se multiplient au Nigeria malgré la répression et les appels au calme. Le soulèvement populaire, qui a commencé il y a deux semaines dans le pays le plus peuplé d'Afrique, semble se transformer peu à peu en « émeutes de la faim ».

Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux ont choqué le Nigeria samedi. Elles montraient le pillage d'un entrepôt de nourriture à Jos, dans le centre du pays, où étaient stockés des dizaines de milliers de sacs de céréales, de riz ou des paquets de pâtes, destinés à être distribués à la population pendant le confinement du coronavirus en mars-avril dernier.

Des foules compactes de gens ont escaladé l'entrepôt pour récupérer de la nourriture. Quelques heures plus tard, il n'en restait plus rien, la population s'étant enfuie avec tous les sacs de céréales, mais ayant aussi arraché la tôle du toit et enlevé les éclairages, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Donc pendant le confinement, nous avions faim, et ils cachaient la nourriture!

Mafeg Pam, une habitante de Jos

Quel genre de gouvernement avons-nous? Nous sommes faibles et beaucoup meurent de faim. Ils ont caché cette nourriture depuis le début du confinement (fin mars). Tous les prix ont augmenté. Comment faisons-nous pour survivre? raconte à l'AFP Mohammed Ibrahim, sur la route qui mène à l'entrepôt, parcourue de personnes portant des sacs estampillés Ne pas vendre. Gouvernement du Nigeria.

Le chanteur Seun Kuti, le fils du roi de l'Afrobeat Fela Kuti qui a passé sa vie à dénoncer la corruption au Nigeria, a diffusé un message sur Instagram samedi où il interpelle les élites : vous avez passé toutes ces années à piller [....], si les riches peuvent piller, les pauvres aussi.

Dans plusieurs villes du pays, les pillages de masse se poursuivaient, comme à Ede, dans le sud-ouest, où plusieurs milliers de personnes ont également envahi et pillé un immense entrepôt de nourriture, bloquant toute circulation dans la ville vendredi, selon un témoin contacté par l'AFP.

Des maisons de politiciens locaux ont également été vandalisées dans plusieurs États, dont celui du Calabar dans le sud-est. La situation était plutôt calme néanmoins à Lagos où la fièvre est retombée après des jours de violences inédites qui ont totalement paralysé la ville. Le couvre-feu y a été allégé et les habitants autorisés à sortir de chez eux de 8 h du matin à 18 h le soir.

Un jeune garçon porte un sac de céréales sur sa tête.

Un jeune garçon porte un sac de céréales sur sa tête, lors du pillage d'un entrepôt, à Jos, au Nigeria.

Photo : afp via getty images / Ifiok Ettang

Le chef de la police a publié un communiqué samedi soir pour rappeler les foules à l'ordre. Ça suffit. Les actes de vandalisme [...] nous obligent à stopper cette déviance vers l'anarchie. Nous invitons les populations à ne pas paniquer et à se joindre à la police et aux services de maintien de l'ordre pour protéger les communautés, écrit Franck Mba, le porte-parole national de la police dans un communiqué samedi soir.

Premier producteur de pétrole d'Afrique, le Nigeria est réputé pour être l'un des États les plus corrompus au monde. Le pays, qui compte 200 millions d'habitants, est secoué par des mouvements de contestation populaire, nés à Lagos. Les manifestations qui étaient d'abord contre les violences policières sont maintenant dirigées contre le pouvoir.

La répression sanglante de manifestations pacifiques à Lagos mardi soir, qui a fait 12 morts, selon Amnistie internationale, a indigné le pays et la communauté internationale.

Selon l'ONG, au moins 56 personnes ont été tuées dans tout le pays en deux semaines de soulèvement.

Le président Muhammadu Buhari, ancien général putschiste dans les années 1980, puis élu démocratiquement en 2015 puis 2019, a regretté les nombreuses vies perdues, mais n'a donné aucun bilan officiel sur le nombre de victimes jusqu'à présent.

Dans une allocution télévisée jeudi soir, il a prévenu qu'il n'autoriserait personne à mettre en péril la paix et la sécurité de l'État et regrettait d'avoir été trop faible pendant ces deux semaines de contestation.

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