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Les appels de détresse se multiplient chez les jeunes

Plusieurs organismes de soutien en santé mentale ont vu le nombre d’appels de détresse de jeunes et d'étudiants bondir depuis l’arrivée de la deuxième vague de COVID-19.

Une femme porte un masque et regarde par la fenêtre de chez elle.

Les Québécois ont le moral dans les talons depuis le début de la pandémie.

Photo : Getty Images / Ozgurcankaya

Jean-Rémy Provost, le directeur général de Revivre, ne cache pas son inquiétude. Chaque année, son organisme aide des milliers de Québécois aux prises avec des problèmes de santé mentale, mais depuis le début de la pandémie, les appels ont fortement augmenté.

On effectue entre 30 à 40 % d’interventions supplémentaires par rapport à 2019, explique-t-il. Mais ce qui inquiète encore plus Jean-Rémy Provost c’est la recrudescence, depuis deux mois, d'appels à l'aide en provenance de jeunes et d’étudiants. Ça se passe à un rythme effréné. Il y a une immense anxiété chez les jeunes, développe-t-il.

Jean-Rémy Provost croit que beaucoup de jeunes ne voient pas le bout du tunnel et que l’absence de socialisation accentue leur anxiété. Lors de la première vague, on voyait le printemps arriver. Là, il y a la peur d’être enfermé qui s’installe, les heures d’ensoleillement commencent à baisser.

Le téléphone n’arrête pas de sonner non plus dans les centres d’appels de la ligne Info-Social 811 et de l’organisme Tel-Aide.

Les appels sont à la hausse en ce moment, on va sûrement devoir demander plus de 7000 heures à nos bénévoles pour s’assurer que toutes les personnes qui appellent reçoivent l’écoute nécessaire.

France Wagner, présidente de Tel-Aide Montréal

L’inconnu, ne pas savoir ce qui va arriver, la solitude ou le confinement sont les préoccupations qui reviennent le plus souvent lors des appels téléphoniques auxquels répond Tel-Aide.

Jean-Rémy Provost s’inquiète de voir que de nombreuses personnes qui appellent à Revivre fondent beaucoup d’espoir sur la fin des 28 jours de confinement, demandés par le gouvernement Legault.

Les restrictions mises en place pour freiner la propagation de la COVID-19 pourraient être prolongées au-delà de cette période. Il y a des gens qui vont être immensément découragés s’ils s’attachent à la fin de cette période. On essaie de dire aux gens de conjuguer avec la pandémie au lieu d’attendre.

Détresse dans le milieu de la restauration

L’impossibilité de se projeter a aussi durement ébranlé le moral des restaurateurs, des organisateurs d’événements et de leurs employés, souvent jeunes.

Martin Enault, le président du conseil d’administration de Revivre, dit recevoir, à titre personnel, entre 50 à 60 appels par semaine. Je ne suis pas intervenant ni thérapeute, mais les gens m’appellent pour me poser des questions, chercher des références, parce qu’ils savent que je vis avec des troubles de santé mentale.

Dans son réseau, trois personnes se sont suicidées au cours des derniers mois.

Les problèmes de santé mentale étaient déjà importants avant la pandémie dans les milieux de la restauration et de l’événementiel, mais la crise sanitaire est venue les aggraver, estime Martin Enault. Un constat que partage Samantha Vila, une étudiante à l’UdeM qui écrit une thèse sur la santé mentale des travailleurs de la restauration.

Les travailleurs de cette industrie sont souvent précaires, ce sont souvent des femmes, des immigrants, des jeunes. Ils n’ont pas, la plupart du temps, d’assurance emploi ou santé, explique-t-elle.

Il faudrait que le gouvernement arrête de dire qu’il y a des ressources disponibles quand il n’y en a pas. Les seules ressources disponibles ce sont les organismes comme Revivre ou les cliniques privées

Martin Enault, président du conseil d’administration de Revivre

Le directeur général de Revivre, Jean-Rémy Provost, est conscient que l’on ne peut pas faire abstraction des règles sanitaires, mais il croit que l’on doit davantage s’attarder à la santé mentale des Québécois si l’on ne veut pas se retrouver avec une augmentation des troubles anxieux et dépressifs au printemps.

Ça mériterait d’être regardé d’un peu plus près par le gouvernement. Ce n’est pas seulement une question d’argent, mais aussi de consultations et des concertations entre les CLSC, les CIUSSS et les organismes qui oeuvrent en santé mentale, explique-t-il.

L'aide annoncée tarde à se concrétiser

À la fin du mois d'août, la ministre de l'Enseignement supérieur, Danielle McCann, a annoncé une aide de 10 millions de dollars pour bonifier l'offre de soutien en santé mentale offerte aux étudiants, mais sur le terrain les résultats tardent à se faire sentir.

Mme McCann prenant la parle au Salon bleu.

Danielle McCann a admis que l'aide annoncée peut prendre un certain temps avant de se concrétiser sur le terrain.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Interrogée à ce sujet en entrevue à RDI, Danielle McCann a expliqué que cette aide pouvait prendre un certain temps avant d'arriver sur le terrain.

Elle s’est dite préoccupée par l’augmentation des troubles de santé mentale chez les étudiants. On est en train de regarder les mesures que l’on peut prendre pour faire certains ajustements, pour essayer que les étudiants aient davantage de contacts, mais aussi qu’il y ait davantage d’activités et de travaux d’équipe, même si c’est à distance, a-t-elle indiqué.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a par ailleurs annoncé la semaine dernière une aide de 900 000 $ à l'organisme Tel-jeunes, submergé d'appels depuis le début de la crise.

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