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De nombreux Montréalais songent à quitter la métropole

42 % des Montréalais pensent déménager de l'île, mais selon un spécialiste, on serait loin d'un mouvement massif.

Portrait de Rachel Claude dans un escalier extérieur.

Malgré tous les inconvénients liés à la pandémie, c'est le prix des maisons à Montréal qui pousse Rachel Claude à penser quitter la ville.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Déjà découragés par le prix des maisons, de nombreux Montréalais réfléchissent à leur avenir, poussés par le confinement et le télétravail. Au début d'octobre, près d’une personne sur deux songeait à quitter la ville, selon un sondage commandé par Radio-Canada.

Les nouveaux restaurants branchés, l’ambiance des bars et de la vie nocturne, c’est pour ça que Rachel Claude a déménagé à Saint-Henri, dans le sud-ouest de Montréal.

J’ai toujours dit à mes parents que ce n’était pas envisageable pour moi d’acheter sur la Rive-Sud. Je suis une fille de la ville. J'aime ça quand ça bouge. J’aime ça quand il y a de l’action, explique la jeune femme en contournant les bacs de recyclage éparpillés sur l’étroit trottoir de la rue St-Ferdinand.

C’est la pandémie qui a fait en sorte que mon copain et moi, on a commencé à regarder les maisons sur la Rive-Sud.

Rachel Claude, résidente de Montréal

Sondés sur leurs intentions de quitter la ville, 42 % des répondants disent qu’ils vont probablement ou très probablement partir. C’est majeur, lance Michel Berne d’Ad Hoc recherche, qui a mené la consultation.

Le sondeur ne croit pas que la moitié des Montréalais vont déménager du jour au lendemain. Quand on exprime une intention de quitter une ville, ce n’est pas aussi facile à concrétiser que de changer de marque de yogourt. C’est seulement une proportion qui va se concrétiser.

Cependant, même si seulement une partie de ces gens plient bagage, selon lui ça demeure considérable.

La pandémie, ce n’est pas la cause fondamentale. C’est un déclencheur, un détonateur.

Michel Berne, associé Ad Hoc

Ce qui pousse Rachel Claude à vouloir quitter Montréal, c’est le prix des maisons. C’est trop cher, dit-elle, surtout pour un premier achat. Financièrement, le couple ne veut pas se retrouver avec le couteau sur la gorge. D’ailleurs, 76 % des Montréalais qui pensent déménager le feraient pour payer moins cher.

Avec le confinement et le télétravail, le manque d’espace dérange certains Montréalais. On travaille de la maison, mon copain et moi, dit Rachel Claude. Acheter un 4 ½ ou un 3 ½ à Verdun, ça ne serait pas assez. Surtout si on continue à travailler de la maison. C’est pour cela que l’on s’est tournés vers la Rive-Sud.

Je n’ai jamais vu autant de gens de Montréal acheter sur la Rive-Sud.

Micheline Lapierre, Groupe Garcia & Lapierre

La mère de Rachel Claude est courtière en immobilier sur la Rive-Sud depuis 35 ans. Ma fille qui n’a jamais rien voulu savoir de la Rive-Sud, maintenant, elle ne veut plus rien savoir de Montréal, illustre-t-elle.

Depuis avril, Micheline Lapierre constate d'ailleurs que sa fille est loin d’être la seule à quitter la métropole. La plupart des acheteurs qu’elle rencontre viennent de Montréal.

Micheline Lapierre

Micheline Lapierre estime n'avoir jamais vu autant d'intérêt des Montréalais pour des résidences de la Rive-Sud.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La courtière du Groupe Garcia & Lapierre nous a d’ailleurs donné rendez-vous devant une maison de Longueuil qu’elle vient de vendre à des Montréalais. J’ai commencé les visites samedi. Et le dimanche soir, la maison était déjà vendue. Le prix demandé était 459 000 $. On l’a vendue beaucoup plus cher.

Notre sondage montre par ailleurs que l'électorat de Valérie Plante se fragilise.

De la surenchère, de plus en plus loin de Montréal

Lorsqu’elle met une maison sur le marché, Mme Lapierre peut recevoir plusieurs offres en même temps. J’ai déjà eu 18 offres d’achat pour une même maison. En 35 ans, je n’ai jamais vu autant d’acheteurs se ruer sur une même propriété.

J’ai fait une offre d’achat sur une propriété à Saint-Basile-le-Grand. La maison s’est vendue 95 000 $ de plus que le prix demandé! Mme Lapierre ajoute que plusieurs acheteurs souhaitent s’éloigner jusque dans les Cantons de l’Est.

Michel Berne, de la firme Ad Hoc recherche, note que la moitié des citoyens qui expriment la volonté de quitter la ville souhaitent sortir du Grand Montréal. La pandémie amène une révélation, il est possible de faire du télétravail.

Le sondeur estime que le modèle traditionnel du travail est solidement remis en question. Bien des gens viennent de réaliser que le télétravail est possible et ils ont l’intention d’en profiter.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une maison à vendre à Montréal

Déménager pour payer moins cher

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Exode ou phénomène cyclique?

Le professeur Jean-Philippe Meloche, de l’Université de Montréal, ne croit pas qu’un exode se prépare dans la métropole. Il faut se rappeler que les taux d’inoccupation des logements à Montréal sont à un niveau très, très bas, voire à un niveau record.

Spécialiste en économie urbaine, M. Meloche parle plutôt d’un phénomène récurrent. Le professeur de l’UdeM rappelle qu’il y a beaucoup de logements locatifs à Montréal. Les gens dans les logements locatifs sont des gens en mouvement, donc ce n’est pas étonnant que là où il y a plus de logements locatifs, les gens ont plus l’intention de bouger.

Selon le professeur Meloche, [la ville] n’est pas vraiment en train de se vider, il y a un cycle. Il souligne toutefois que le cycle est un peu cassé à l’heure actuelle : le robinet qui alimente la métropole en nouveaux arrivants est présentement fermé.

Il y a beaucoup moins d’immigrants et les étudiants étrangers ne sont pas au rendez-vous. Donc on peut avoir une impression que la ville est en train de se vider, soutient le professeur. Mais en réalité, aussitôt qu’on va rallumer le robinet, ça risque de repartir de plus belle.

Méthodologie : Ce sondage a été commandé par Radio-Canada auprès de la firme Ad hoc Recherche, qui a consulté entre le 30 septembre et le 4 octobre un panel web de 1454 adultes capables de s’exprimer en français ou en anglais dans le Grand Montréal. Un échantillon probabiliste de la même taille aurait une marge d’erreur maximale de plus ou moins 2,6 % à un niveau de confiance de 95 % ou plus, et la marge d’erreur serait supérieure dans les sous-échantillons. La moitié environ des répondants (720) résidaient dans un des 19 arrondissements de la Ville de Montréal. LL’ensemble des résultats a été rendu disponible mardi matin sur le site web d’Ad hoc Recherche (Nouvelle fenêtre).

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