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COVID-19 : un centre de dépistage dédié aux Autochtones pour « combler des lacunes »

Une infirmière en combinaison de sécurité avec masque, charlotte et gants fait un test de dépistage de la COVID-19 à un homme.

Le nouveau centre de dépistage pour les Autochtones a ouvert ses portes lundi à Toronto.

Photo : Reuters / Gonzalo Fuentes

Toronto a désormais son centre de dépistage de la COVID-19 dédié aux membres des communautés autochtones. Ce centre était attendu depuis plusieurs mois par les membres de la communauté.

Le centre de dépistage a ouvert ses portes lundi dans le nord-ouest de la ville. Il a été aménagé dans un édifice situé à côté du refuge pour hommes autochtones dirigé par l’organisation Na-Me-Res.

En langue ojibwé, on appelle cela un Auduzhe Mino Nesewinong, c’est-à-dire un endroit pour respirer sainement, explique Steve Teekens, le directeur général de Na-Me-Res, qui offre des services culturels, de santé et de logement.

Na-Me-Res a collaboré avec les organisations Well Living House, Seventh Generation Midwives Toronto et le service de santé autochtone de l’Hôpital Women’s Collegepour ouvrir ce centre de dépistage.

Celui-ci est ouvert à tous les membres des communautés autochtones, souligne Steve Teekens.

L’idée d’ouvrir ce centre a germé lorsque le refuge pour sans-abri qu’il dirige a eu un cas de COVID-19. La Ville a tardé à répondre à mes questions, on devait se débrouiller seuls avec la situation, raconte-t-il.

Steve Teekens dans son bureau en entrevue.

Steve Teekens est le directeur général de l'organisation Na-Me-Res.

Photo : CBC/Rhiannon Johnson

Créer un espace sécuritaire

Il suffit d’avoir prêté dernièrement attention aux médias pour savoir qu’il y a du racisme dans le système de santé à l’égard des peuples autochtones, rappelle M. Teekens.

Lorsque les soins de santé pour les Autochtones sont entre les mains d’Autochtones, vous n’entendrez pas des histoires de racisme, de discrimination ou de personnes qui ont peur d’aller se faire tester. Il est donc important que nous ayons nos propres services et que nous puissions fournir des soins de qualité.

Steve Teekens, directeur général de Na-Me-Res

Nous voulions proposer ce centre dès le début, mais il nous a fallu plusieurs mois avant de pouvoir être opérationnels. Nous avons dû suivre un processus minutieux pour l’ouvrir de manière sécuritaire, ajoute M. Teekens.

Sur place, il y a deux salles de dépistage à la COVID-19 et une salle d’attente pour les personnes sans-abri qui doivent attendre d’être placées dans des centres d’isolement.

La salle où les personnes qui sont sans domicile fixe peuvent attendre sereinement, le temps que l'organisation leur trouve un endroit sécuritaire où rester isolés en attendant leur résultat (ou s'ils sont déclarés positifs).

La salle où les personnes qui sont sans domicile fixe peuvent attendre sereinement, le temps que l'organisation leur trouve un endroit sécuritaire où rester isolés en attendant leur résultat (ou s'ils sont déclarés positifs).

Photo : Radio-Canada

La Dre Janet Smylie, directrice du groupe Well Living House affilié à l'Hôpital St. Michael's, explique que ce centre devenait une nécessité, surtout avec l’augmentation des demandes de tests de dépistage.

Pour les premiers peuples à Toronto, les Premières Nations, les Inuit et les Métis, nous sommes assez nombreux à Toronto, plus de 70 000. Je sais que cela reste relativement petit pour la population générale de la ville, mais c’est l’une des plus importantes au pays, précise-t-elle.

Des facteurs de risque accrus

Les obstacles sont nombreux pour ces communautés, selon la Dre Janet Smylie.

Par exemple, la professeure à l’Université de Toronto explique que les Autochtones présentent certains facteurs pouvant les exposer à un risque accru de contracter la COVID-19 ou encore d’avoir de graves complications s’ils attrapent le virus.

Il y a des problèmes de surpeuplement dans les logements, mais aussi dans le contexte urbain, à Toronto, une personne sur quatre des peuples autochtones est sans abri ou mal logée, dit-elle.

Il y a aussi les ménages multigénérationnels qui sont plus courants dans les communautés. Sans oublier certains problèmes de santé chroniques comme le diabète, les troubles respiratoires, comme l’asthme ou la bronchite chronique qui sont plus courants, souligne-t-elle.

On a tout construit sur la force de la communauté.

Dre Janet Smylie, directrice du groupe Well Living House
La Dre Janet Smylie.

Dre Janet Smylie, directrice du groupe Well Living House affilié à l'Hôpital St. Michael's

Photo : Radio-Canada

Avoir des données plus précises

Il n’y a pas vraiment de données précises sur les groupes racialisés et la COVID-19 : combien reçoivent le test, etc. explique Steve Teekens.

Ce manque de données sur le coronavirus chez les Autochtones est dénoncé depuis le début de la pandémie par plusieurs groupes qui ont lancé leurs propres recherches sur la question.

Le centre de dépistage de Toronto travaille de concert avec le projet de recherche We Count Covid, visant à recenser les lacunes dans les services offerts aux Autochtones. Nous avons des employés qui sont des agents de sensibilisation et qui vont faire un suivi auprès des personnes positives pour s’assurer qu’elles sont capables de s’isoler de manière sécuritaire, indique M. Teekens.

Car ce qu’il faut aussi prendre en compte, c’est la culture, selon lui. Les liens de parenté ainsi que l’esprit de communauté et d’entraide est important pour les peuples autochtones. Il faut donc soutenir les personnes dans leur démarche s’ils doivent s’isoler et tout au long du processus, même après le résultat, souligne M. Teekens.

La Dre Janet Smylie explique que les liens sont tissés serrés au sein de la communauté, particulièrement dans les zones urbaines, d’où l’importance de créer ses propres services.

Pour toucher les communautés, l’organisation utilise les médias sociaux, mais aussi les nombreux organismes autochtones de la ville pour faire passer le mot.

Il fallait également mettre en place des activités de sensibilisation spécifiques aux cultures autochtones, explique-t-elle, ce que ce nouveau centre de dépistage fait désormais.

Selon elle, les données actuelles ne sont d’ailleurs pas totalement fiables en ce qui concerne les peuples autochtones. Il doit y avoir beaucoup plus d’Autochtones à Toronto qui ont été infectés par la COVID-19 et qui n’ont pas été testés, ou ne se sont pas identifiés comme tels, notamment car ils craignent l’hôpital, assure-t-elle.

L'une des deux salles de dépistage dans le nouveau centre de dépistage avec des appareils médicaux.

L'une des deux salles de dépistage dans le nouveau centre de dépistage.

Photo : Radio-Canada

Des tests rapides attendus

L'Ontario doit bientôt commencer à utiliser un test de dépistage de la COVID-19 qui permet d'avoir un résultat en moins de 15 minutes. Les régions éloignées et notamment les communautés autochtones seront parmi les premières à pouvoir l'utiliser.

J’ai bon espoir qu’on pourra aussi utiliser ces tests dans nos centres ensuite, cela pourrait aider les sans-abri particulièrement pour éviter d’avoir à trouver un centre d’isolement lorsque ce n’est pas nécessaire, mais aussi pour identifier les contacts rapidement, surtout dans des situations où les gens vivent dans des familles nombreuses, ajoute la Dre Janet Smylie.

Dans le nord du Manitoba, ces tests rapides sont attendus avec impatience. Près d’un tiers des Premières Nations de la province ont eu des cas de coronavirus.

Les communautés autochtones de plus en plus touchées

En date du 22 octobre, plus de 1100 membres des Premières Nations avaient reçu un test positif à la COVID-19 selon les données des Services aux Autochtones du Canada. Parmi ce nombre, il y avait 320 cas actifs, 72 hospitalisations et 15 décès.

L’Alberta demeure la région la plus touchée, suivie de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique. Les cas augmentent aussi en Ontario.

Statistique Canada, recensement de la population en 2016Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Statistique Canada, recensement de la population en 2016

Photo : Statistique Canada

Les Services aux Autochtones précisent qu’en date du 30 septembre, le pourcentage de membres des Premières Nations vivant dans les réserves déclarés positifs à la COVID-19 représentait le tiers du taux de la population canadienne en général.

Ces chiffres ne prennent en compte que les cas répertoriés dans les réserves, pas les cas en ville. Or d’après le dernier recensement de Statistique Canada en 2016, l’ensemble des régions urbaines de l’étude comptait 731 480 Autochtones, soit 44 % de la population autochtone totale.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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