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Guinée : Alpha Condé déclaré vainqueur, des violences éclatent

Alpha Condé.

Le président de la Guinée, Alpha Condé, le jour du vote à Conakry.

Photo : Getty Images / JOHN WESSELS

Agence France-Presse

Le président guinéen sortant, Alpha Condé, 82 ans, a gagné la présidentielle, remportant ainsi un troisième mandat controversé, selon les résultats provisoires annoncés samedi par la commission électorale et qui ont entraîné immédiatement des violences à Conakry.

Annonçant ces résultats encore provisoires, le président de la commission électorale, Kabinet Cissé, a déclaré que M. Condé avait remporté 59,49 % des voix au scrutin du 18 octobre.

Son principal adversaire, Cellou Dalein Diallo, qui s'est proclamé vainqueur de la présidentielle avant la publication des résultats, a obtenu 33,5 % des suffrages, selon la commission.

Nous allons protester contre ce hold-up électoral par la rue, a déclaré à l'AFP l'opposant, bloqué dans son domicile de Conakry par la police : Nous allons quand même saisir la Cour constitutionnelle, sans se faire trop d'illusions.

Dès l'annonce des résultats, des affrontements ont éclaté entre forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes, et manifestants, a constaté un journaliste de l'AFP. Des bérets rouges étaient en appui aux policiers et aux gendarmes et des tirs étaient entendus.

Un policier antiémeute court vers des manifestants.

Des supporteurs de l'opposant Cellou Dalein Diallo ont confronté les autorités à Conakry après l'annonce des résultats des élections en Guinée.

Photo : Reuters / STRINGER

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé à une solution pacifique par le dialogue de la crise postélectorale, demandant à MM. Condé et Diallo, d'empêcher la violence.

Le secrétaire général exhorte également les leaders d'opinion et la presse à mettre un terme à tous les discours incendiaires et appels à la dissension d'inspiration ethniciste, a déclaré son porte-parole dans un communiqué.

Nous sommes dans la rue tant que Cellou Dalein ne nous demandera pas de rentrer, a assuré à l'AFP l'un des manifestants, Souleymane Cisse, chauffeur.

Dans un communiqué, son parti, l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a affirmé que le bilan provisoire de ces exactions inouïes était [...] de 27 morts et de près de 200 blessés par balles, tandis qu'un bilan officiel a fait état de 10 morts, sans qu'il soit possible d'obtenir un bilan des violences de source indépendante.

L'UFDG a et ses alliés ne renonceront pas aux manifestations dans les rues et sur les places publiques pour protester contre ce hold-up électoral.

Un communiqué de l'UFDG

La tension était déjà montée d'un cran vendredi, les violences faisant au moins cinq morts dans ce pays d'Afrique de l'ouest à l'histoire particulièrement troublée et sanglante.

Les autorités ont réquisitionné l'armée tandis que de nouveaux affrontements entre jeunes supporteurs de M. Diallo et forces de sécurité avaient éclaté à Conakry et en province.

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a mis en garde les acteurs politiques guinéens, leur rappelant que quiconque commet, ordonne, incite, encourage et contribue à des crimes tels que définis par les statuts de la CPI, peut être poursuivi par les tribunaux guinéens ou par la CPI.

La Guinée est plongée depuis un an dans une profonde crise. Des mois de mobilisation contre l'éventualité d'un troisième mandat de M. Condé, à plusieurs reprises durement réprimée, ont fait des dizaines de morts civils.

Comme redouté de toutes parts, après une campagne émaillée d'incidents, les esprits se sont échauffés avec la présidentielle.

Un policier observe des manifestants à Conakry.

Un officier de la police antiémeute observe des manifestants après la publication des résultats préliminaires pour cinq communes de Conakry, le 21 octobre 2020.

Photo : Getty Images / JOHN WESSELS

M. Diallo, battu par M. Condé en 2010 et 2015, avait proclamé sa victoire dès lundi en se fondant sur les données remontées par ses partisans envoyés dans les bureaux de vote pour ne pas s'en remettre à la commission électorale et à la Cour constitutionnelle, inféodées au pouvoir selon lui.

Le pouvoir l'accuse de souffler sur les braises. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le parti de M. Condé, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), traite M. Diallo de pyromane, et parle d'appel au meurtre et à la guerre civile de sa part.

La Guinée s'est retrouvée vendredi avec un accès à Internet fortement dégradé. Netblocks, un groupe qui surveille de telles coupures, a expliqué soupçonner une action de l'État guinéen.

Une telle censure avait déjà été observée en mars à l'occasion d'un référendum constitutionnel et de législatives controversées.

M. Condé n'était pas encore officiellement candidat à sa succession. La nouvelle Constitution visait à moderniser le pays, selon lui. Elle marquait l'avènement d'une nouvelle République, qui remettait donc, estime-t-il, son compteur présidentiel à zéro et lui permettait de se représenter.

Un Front national de la défense de la Constitution, M. Diallo en tête, menait alors la contestation anti-Condé.

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