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Projet Montréal écarte une autre élue de son caucus

Une conseillère d’arrondissement qui avait critiqué la fermeture de la marina de Lachine est exclue du parti.

Mme Provost dans un parc.

Julie-Pascale Provost ne fait plus partie du caucus lachinois de Projet Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Julie-Pascale Provost siégera dorénavant comme indépendante.

La conseillère d’arrondissement du district du Canal, à Lachine, a appris vendredi qu’elle avait été exclue du caucus de Projet Montréal, le parti de la mairesse Valérie Plante.

Mme Provost a compris ce qui se passait lorsque le journal local l’a contacté pour lui demander comment elle entendait payer pour faire paraître sa chronique bihebdomadaire maintenant que sa formation politique n’était plus responsable de son budget.

Je ne peux pas croire qu’on m’a exclue du parti sans me le dire en premier, dit-elle. Ça me fait capoter.

Je suis profondément déçue de la façon dont les choses se déroulent. Je suis blessée, aussi [...] Je m’explique mal la façon cavalière avec laquelle on me revoie. Il me semble que c'est un grand manque de respect à mon égard.

Julie-Pascale Provost, conseillère d’arrondissement du district du Canal, à Lachine

D'autant plus qu'en lui confirmant son expulsion par texto, la directrice générale de Projet Montréal, Raphaëlle Rinfret-Pilon, n'a invoqué aucune raison pour justifier la décision du parti. Les explications viendront par courriel sous peu, s'est-elle contentée d'écrire.

« Un manque de collaboration et de solidarité »

La nouvelle a été annoncée publiquement par Projet Montréal en début de soirée, alors que la photo de Mme Provost avait déjà disparu du site web de la formation politique.

Par voie de communiqué, le directeur des communications du parti, Julien Acosta, a fait savoir que l'exclusion de Mme Provost découlait d'une décision unanime de l’ensemble du caucus et du conseil de direction de Projet Montréal.

Cette décision fait suite à de nombreuses tentatives au cours des derniers mois d’établir un climat de collaboration entre Mme Provost et l’ensemble des parties prenantes de l’arrondissement, incluant les élu.e.s, fonctionnaires et citoyen.ne.s, poursuit-il.

Le manque de collaboration et de solidarité de Mme Provost a grandement affecté le travail d’équipe et eu un impact négatif sur les services aux citoyens.

Julien Acosta, directeur des communications de Projet Montréal

Notre demande d'entrevue avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, la mairesse de l'arrondissement de Lachine, Maja Vodanovic, ou avec tout autre représentant du parti été déclinée par Projet Montréal.

Par courriel, M. Acosta a toutefois précisé que depuis trois ans, les relations entre Mme Provost et les autres élu.e.s de Lachine et du parti, les fonctionnaires, les partenaires et même les bénévoles du parti [étaient] très difficiles, au point d’être devenues contre-productives, ce pourquoi le parti a conclu que le temps était venu de couper les liens.

Dans une infolettre envoyée vendredi, le président du caucus de Projet Montréal, Craig Sauvé, ainsi que Mme Rinfret-Pilon, ont même évoqué une relation de travail devenue manifestement toxique, affirmant que depuis 2017, les relations entre Mme Provost et ses collègues avaient été au mieux tendues, sinon ouvertement acrimonieuses.

Une conseillère qui dérange

Cette exclusion, Mme Provost la redoutait sans la souhaiter, elle qui dit toujours partager les valeurs de Projet Montréal.

La conseillère d’arrondissement avait pris position publiquement contre l'administration dans le dossier de la fermeture de la marina de Lachine – un projet phare de Projet Montréal, qui aimerait transformer le site en parc riverain d'ici 2025 au coût de 25 millions de dollars.

À plus d'une reprise, Mme Provost a dénoncé ce qu'elle considère comme un manque de transparence, d'information et de préparation dans ce dossier, notamment de la part du responsable des grands parcs au comité exécutif de la Ville de Montréal, Robert Beaudry. J'ai voulu marquer ma dissidence, dit-elle. Il aurait fallu consulter les gens en amont.

Pour cette raison, elle a notamment voté contre la résiliation de l’opérateur du port de plaisance, le 14 septembre, et contre l’adoption du budget d’arrondissement, le 5 octobre dernier. Et dire qu’en prévision de mon investiture, on m’avait dit qu’il n’y avait pas de ligne de parti à Projet Montréal soupire-t-elle.

Mme Provost confirme que les trois années passées à Projet Montréal ont été extrêmement difficiles. Je n'ai jamais eu à vivre un climat de travail comme celui-là, dit-elle, se rappelant avoir été régulièrement rabrouée en réunion par la mairesse Vodanovic devant les autres élus et les fonctionnaires de l'arrondissement.

Le climat de travail était hostile à mon égard; une prise de parole difficile, avec une mairesse hargneuse.

Julie-Pascale Provost, conseillère d’arrondissement du district du Canal, à Lachine

Cela étant dit, Mme Provost affirme que d'autres élus entretenaient, comme elle, une relation difficile avec la mairesse de l'arrondissement.

Une médiation de groupe organisée par le Service des ressources humaines de la Ville de Montréal a même débouché sur des recommandations et un plan d'action, mais en vain.

Julie-Pascale Provost est la troisième élue à être chassée du parti de Valérie Plante depuis 2017, après Giuliana Fumagalli, en août 2018, et Sue Montgomery, en janvier dernier. Son exclusion signifie la fin du règne sans partage de Projet Montréal à la mairie d'arrondissement de Lachine, où la formation avait remporté cinq sièges sur cinq il y a trois ans.

Le conseillère promet malgré tout de terminer son mandat. C'est un devoir de rester, dit-elle.

Une femme « intégre » et « droite », souligne l'opposition

Pour l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville, l'expulsion de Julie-Pascale Provost du caucus de Projet Montréal n'est pas surprenante. Il y a une tendance dans ce parti à écarter les femmes fortes, remarque Alan DeSousa, porte-parole d'Ensemble Montréal dans le dossier de la marina de Lachine.

Selon lui, la conseillère paye le prix d'avoir posé des questions difficiles à son administration, et ce, même si Projet Montréal avait pris l'engagement électoral en 2017 (Nouvelle fenêtre) d'offrir une vie démocratique [...] moins partisane et de continuer de laisser ses élus voter librement.

M. DeSousa soutient que Julie-Pascale Provost est une femme intègre, une femme droite, qui a une certaine rigueur et qui ne mérite pas ce qui lui arrive.

Sous-entendre qu'elle aurait des problèmes de comportement pour l'expulser du caucus de Projet Montréal représente selon lui une façon trop commode – trop facile, dit-il – de se débarrasser d'une conseillère qui ne faisait que défendre l'intérêt de ses concitoyens dans le dossier du port de plaisance.

Vue aérienne de la marina de Lachine.

Quelque 450 bateaux étaient amarrés à la marina de Lachine cet été.

Photo : Radio-Canada

La saga de la marina de Lachine, d'ailleurs, est encore loin d'être terminée. Pour empêcher sa fermeture définitive, les plaisanciers ont déposé une demande d'injonction, qui sera débattue à la mi-janvier.

Jointe vendredi, leur porte-parole, Josée Côté, a déploré l'exclusion de Julie-Pascale Provost de Projet Montréal, affirmant qu'il s'agissait d'une situation inacceptable dans notre démocratie.

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