•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La grippe espagnole à Val-Jalbert : des allures de fin du monde

Il y a très exactement 102 ans, le petit village de Val-Jalbert était frappé de plein fouet par la grippe espagnole. La fin d’octobre et le début de novembre avaient été particulièrement meurtriers. Retour sur ce sombre pan historique.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une borne-fontaine devant une maison.

Il y avait de l'eau courante au village, ce qui était rare à l'époque.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Inhabité depuis près d’un siècle, le village de Val-Jalbert est figé dans le temps. Pourtant en se promenant à travers ses vestiges, entre ses maisons abandonnées, parfois écroulées, on a l’impression que l'endroit possède encore une âme.

En errant sous la pluie froide du mois d’octobre 2020, alors que le monde est plongé en pleine pandémie, il est facile d’imaginer le désarroi des villageois lorsque la grippe espagnole s’est invitée à la même période en 1918.

Au total, 14 personnes, surtout des femmes et des enfants, ont été emportées par des complications liées au virus. Ça semble peu, mais sur une population de 500 habitants, c’était beaucoup. D’autant plus que tous les décès ont eu lieu en 16 jours seulement.

Des pierres tombales sont toujours bien visibles dans le cimetière de Val-Jalbert.

Dans le petit cimetière de Val-Jalbert, certaines pierres tombales témoignent du passage de la grippe espagnole.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Le village de Val-Jalbert a été créé en 1901 par Damase Jalbert. L’entrepreneur y a entrepris la construction d’un moulin à pulpe.

L'installation est rachetée quelques années plus tard par la Compagnie de pulpe de Chicoutimi. Une usine plus performante est inaugurée et des centaines de personnes habitent dans le petit village industriel qui est construit à proximité.

Val-Jalbert est doté d’eau courante, d’électricité et d’un système d’égout, ce qui est très moderne pour l’époque.

Des problèmes financiers et la transformation de l’industrie des pâtes et papiers entraînent la fermeture définitive de l’usine et du village en 1927.

Source : Village historique de Val-Jalbert

Des maisons semblent sur le point de s'écrouler.

Chaque été, des milliers de personnes visitent le village pour en voir les vestiges.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Comment est arrivé le virus dans le village? Personne ne le sait précisément. Chose certaine, il s’est propagé comme une traînée de poudre.

Il faut dire qu’il y avait pratiquement une seule entreprise dans le village. Presque tous les hommes travaillaient à l’usine de pulpe.

Les 180 ouvriers s'étaient rencontrés dans la même usine dans la même journée. C'est sûr que ça n’aide pas pour la propagation. Ça fait que s’il y en avait un qui l'avait, c'était vite colporté au village à la grandeur parce que tous les jours, en 24 heures, ce monde-là était quasiment tout en contact en même temps, pointe le responsable de l’animation théâtrale et de l’interprétation au Village historique de Val-Jalbert, Martin Cloutier. Qui plus est, les familles étaient nombreuses et tous les membres s’entassaient dans des maisons de taille réduite.

L'intérieur d'une maison de Val-Jalbert est très endommagé.

L'intérieur de plusieurs maisons est très abîmé en raison du poids des années.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Martin Cloutier raconte que le bedeau du village a creusé des tombes presque jour et nuit pendant un peu plus de deux semaines pour enterrer les gens qui succombaient les uns après les autres. Ironiquement, le cimetière avait été aménagé en retrait du village lors de sa création, comme en prévision de ce qui allait se passer.

Par son avant-gardisme, Val-Jalbert a installé son cimetière à l'extérieur du village. Ça, on va voir ça jusqu'au début des années 1900. Les cimetières, on va les tasser justement pour empêcher l'éclosion de bactéries. Val-Jalbert est comme ça. Son cimetière est à la sortie du village, explique Martin Cloutier.

La pierre tombale d'une personne morte en 1918 est toujours debout.

Au total, 14 personnes sont mortes de la grippe espagnole à Val-Jalbert.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Si les épitaphes sont aujourd’hui partiellement effacées, certaines pierres tombales témoignent encore de ce sombre pan historique.

Le nombre de victimes ne fait pas de doute, mais il en va autrement pour le nombre de personnes qui ont contracté la maladie.

Il a un mythe autour de Val-Jalbert qui vient d'un article de journal qui disait que toute la population de Val-Jalbert était infectée. La semaine d'après, on a rectifié le tir dans le journal et en fait on parle plutôt d'une infection d'environ 35 familles, ce qui est quand même pas mal pour un village comme Val-Jalbert, explique l’historien Jérôme Gagnon.

Le toit d'une maison s'est effondré.

Plusieurs maisons n'ont pas résisté au passage du temps.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Épidémie régionale

La grippe espagnole n’a pas touché seulement Val-Jalbert. Elle s’est propagée dans toute la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les sources les plus conservatrices parlent de quelques centaines de victimes, mais il est impossible d’évaluer avec précision combien de personnes ont succombé après avoir attrapé la maladie.

Quand on regarde des courbes de décès, on s'aperçoit clairement qu'il y a un peak qui survient au cours des mois d'octobre et de novembre 1918. Au-delà de ça, par contre, c'est dur de déterminer qui est décédé de la grippe espagnole, mentionne Jérôme Gagnon.

Il précise que le virus a attaqué davantage les gens dans certains secteurs.

Ça s'est répandu pas mal à travers toute la région, mais en particulier chez les populations ouvrières, les populations urbaines, les populations où les conditions de vie étaient peut-être un peu plus difficiles.

Jérôme Gagnon, historien

C'est donc ce qui se serait produit à Val-Jalbert. Si la grippe espagnole a donné un coup dur au village, c'est vraiment la transformation de l'industrie des pâtes et papiers qui a entraîné sa fermeture en 1927.

Des maisons de Val-Jalbert sont toujours debout.

Il reste une quarantaine de bâtiments sur les quelque 80 que comptait le village lorsqu'il était habité.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !